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« El Chapo » : le président du Mexique nie avoir accepté des pots-de-vin

Le président du Mexique Enrique Pena Nieto au palais national à Mexico en septembre dernier.
Le président sortant du Mexique Enrique Peña Nieto nie les allégations de pots-de-vin versés par des trafiquants. Photo: The Associated Press / Rebecca Blackwell
Associated Press

Deux présidents du Mexique ont nié les allégations d'un avocat américain, selon lesquelles ils auraient accepté des pots-de-vin pour protéger des trafiquants de drogue.

L'avocat du trafiquant de drogue mexicain Joaquín « El Chapo » Guzman a déclaré à un jury de New York, mardi, que son client n'était pas le véritable dirigeant du cartel qui avait envoyé des centaines de tonnes de cocaïne aux États-Unis.

Jeffrey Lichtman a plutôt montré du doigt un autre réputé trafiquant, Ismael « El Mayo » Zambada. Il a avancé que M. Zambada avait réussi à s'évader en payant des millions de dollars en pots-de-vin à un ancien président et au président actuel du Mexique.

L'ancien président Felipe Calderon a vigoureusement réfuté ces informations sur Twitter, qu'il a qualifiées « d'absolument fausses et irresponsables ».

Un porte-parole du président actuel Enrique Peña Nieto a parlé d'allégations « fausses et diffamatoires ».

Le procès d'« El Chapo » a commencé mardi avec les déclarations d'ouverture.

Le procureur adjoint Adam Fels a soutenu pour sa part que l'accusé avait « envoyé des meurtriers pour éliminer les compétiteurs » et avait « mené une guerre contre ses partenaires de longue date... dont ses propres cousins ».

Un long procès

Guzman, qui est détenu en isolement depuis son extradition vers les États-Unis au début de l'année dernière, a plaidé non coupable à l'accusation d'avoir amassé une fortune de plusieurs milliards de dollars en transportant des tonnes de cocaïne et d'autres drogues le long d'une vaste chaîne d'approvisionnement qui s'étirait jusqu'à New York, au New Jersey, au Texas et ailleurs au nord de la frontière.

S'il est reconnu coupable, il risque une peine de prison à vie. Son sort dépendra d'un jury anonyme de sept femmes et cinq hommes. Le procès devrait durer jusqu'à l'année prochaine.

Les procureurs ont annoncé qu'ils utiliseront des milliers de documents, de vidéos et d'enregistrements comme éléments de preuve, notamment des informations sur la fusillade à l'aéroport de Guadalajara, aux refuges pour trafiquants de drogue, à l'évasion de Guzman en 2015 et à l'opération des forces de l'ordre pour le reprendre.

Pas d'esquisses des témoins

Plus d'une douzaine de témoins ayant coopéré doivent comparaître, y compris certains qui ont travaillé pour le cartel du Sinaloa de Guzman. Les procureurs affirment qu'ils risquent des représailles pour leur collaboration et le tribunal a pris des mesures pour dissimuler leur identité. Le juge américain Brian Cogan a interdit aux dessinateurs d'esquisses de la salle d'audience de les dessiner.

Les avocats de Guzman devraient s'attaquer à la crédibilité des témoins en mettant l'accent sur leurs propres antécédents judiciaires, affirmant que certains ont intérêt à mentir pour gagner la clémence dans leurs propres affaires.

Un personnage particulier

Malgré sa petite taille et son surnom qui signifie « le petit gros », Guzman était autrefois un personnage plus grand que nature au Mexique. Il a été comparé à Al Capone et à Robin des bois et a fait l'objet de ballades appelées « narcocorridos ».

S'il est connu pour avoir porté un AK-47 plaqué or et utilisé des sous-marins pour acheminer la drogue jusqu'aux États-Unis, Guzman est peut-être mieux connu pour s'être évadé au Mexique, la première fois en 2011 en se cachant au fond d'une corbeille à linge. Il s'est encore échappé en 2015 par un tunnel long d'un kilomètre creusé jusque sous la douche de sa cellule.

Sa deuxième évasion a été un oeil au beurre noir pour le gouvernement mexicain, un embarras amplifié lorsque l'acteur Sean Penn a été en mesure de le trouver et de l'interviewer dans l'une de ses cachettes au Mexique.

L'extradition de Guzman à New York a ébranlé le monde de la drogue au Mexique.

L'analyste mexicain en matière de sécurité Alejandro Hope a expliqué que cela avait créé « une sorte de guerre civile au sein du cartel du Sinaloa », qui s'est essentiellement soldée par l'arrestation de rivaux internes et a permis à ses fils de prendre le contrôle de ce qui reste, une opération affaiblie, mais certainement pas terminée.

M. Hope dit n'avoir vu aucun signe indiquant que l'extradition de Guzman et son incarcération aux États-Unis avaient un impact majeur sur les flux ou les itinéraires de la drogue.

« Mais symboliquement, je pense que c'est important. C'est un peu la fin d'une époque. Il ne reste que très peu de personnages de cette taille, de cette importance, a-t-il expliqué. Nous quittons en fait cette époque, l'ère du baron de la drogue. »

Les petits gangs dominent maintenant, a-t-il dit.

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