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La récupération de certains contenants en verre diminue au Québec

Des bouteilles de kombucha
Des bouteilles de kombucha Photo: Radio-Canada / Alexandre DUVAL
Radio-Canada

Pendant que les enjeux liés à notre consommation de plastique font la manchette, d'autres matériaux comme le verre passent plutôt inaperçus. Pourtant, le taux de récupération de certains contenants de verre connaît une baisse marquée au Québec depuis quelques années.

Un texte d’Alexandre Duval

C’est le cas pour les bouteilles de verre dont la consigne est établie à 5 ¢. Ces contenants à remplissage unique (CRU) contiennent plusieurs types de boissons pétillantes, mais pas la bière.

Même s'ils peuvent être récupérés avec le système de consigne ou avec celui de la collecte sélective, le tiers de ces contenants vendus l'an dernier a terminé au dépotoir ou dort toujours quelque part.

Cela représente environ 7 millions de bouteilles non récupérées en 2017, uniquement pour les CRU de verre à 5 ¢. Cette situation ne semble pas en voie de s'améliorer.

En 2009, le taux de récupération des CRU de verre à 5 ¢ était de 79 %. Ce pourcentage a légèrement fluctué pour atteindre 83 % en 2013. Depuis, la tendance est immanquablement à la baisse : en 2017, il n’était plus que de 66 %.

L'utilisation des CRU de verre à 5 ¢ est pourtant en expansion. En 2009, il s’en est écoulé 10 millions au Québec; en 2017, ce nombre avait bondi à 20 millions.

« Il y a une prolifération de nouveaux contenants en verre sur le marché », explique Frédérick Saint-Onge, directeur des opérations chez Boissons gazeuses environnement (BGE).

On n'a qu'à penser au kombucha, à toutes sortes de jus pétillants, des limonades pétillantes qui sont toutes embouteillées en verre.

Frédérick Saint-Onge, directeur des opérations chez BGE
Frédérick Saint-Onge, directeur des opérations chez Boissons gazeuses environnement Frédérick Saint-Onge, directeur des opérations chez Boissons gazeuses environnement Photo : Radio-Canada

D’une part, de nombreux consommateurs semblent ignorer que ces produits sont consignés. Il reste donc de la sensibilisation à faire, selon M. Saint-Onge.

« Contrairement à une cannette, où la mention de consigne est inscrite sur le dessus […] sur les bouteilles de verre ça va être directement intégré dans l'étiquette du produit. »

Des bouteilles de verre à remplissage unique consignées à 5 ¢Des bouteilles de verre à remplissage unique consignées à 5 ¢ Photo : Radio-Canada / Alexandre DUVAL

D’autre part, contrairement à la bière, les produits tels que le kombucha sont souvent consommés à l’extérieur de la maison. Ils sont donc plus susceptibles de se retrouver à la poubelle.

« On a un taux de peut-être 85 % ou 90 % de récupération pour les contenants consommés à domicile. À l'extérieur du domicile, c'est différent : le taux est peut-être plus proche des 50 %. »

C'est là-dessus qu'on travaille pour aller chercher les contenants qui seraient perdus ou jetés chaque année.

Frédérick Saint-Onge, directeur des opérations chez BGE

NDLR : BGE n'exclut pas que son taux de récupération pour 2016 et 2017 soit sous-estimé. Une étude est en cours pour actualiser le facteur de majoration qui lui permet de calculer la proportion de contenants qui sont récupérés avec la collecte sélective.

Quel impact environnemental?

Le fait que des contenants de verre se retrouvent au dépotoir a des conséquences environnementales plus limitées que pour d’autres matières, selon Frédéric Bouchard, un ingénieur spécialisé en économie circulaire.

« Le verre reste quand même une matière qui est bonne. C'est fait à partir de sable, de silice », rappelle-t-il. Toutefois, c’est le gaspillage de la matière première qui est problématique.

Évidemment, si on l'encapsule dans des sites d'enfouissement, c'est une matière inerte qui va rester là des millions d'années et qui n'aura pas d'usage.

Frédéric Bouchard, ingénieur spécialisé en économie circulaire
Frédéric Bouchard, président de Second cycle et ingénieur spécialisé en économie circulaireFrédéric Bouchard, président de Second cycle et ingénieur spécialisé en économie circulaire Photo : Radio-Canada

« Si on réintroduit [le verre] dans la boucle d'économie circulaire, ça veut dire qu'on va extraire moins de sable dans les carrières », explique-t-il.

L’enjeu est donc de s’assurer que les consommateurs récupèrent leurs CRU de verre, peu importe que ce soit par l’entremise de la consigne ou de la collecte sélective, selon M. Bouchard.

« Les centres de tri sont rendus à un niveau de performance qui fait en sorte qu'on n'a pas beaucoup à perdre à envoyer nos matières consignées au bac bleu, mis à part notre petit 5 à 10 ¢ qu'on perd », illustre-t-il.

La consigne remise en question?

La question qui se pose est alors de savoir si des montants plus élevés de consigne pourraient amener plus de consommateurs à récupérer leurs contenants de verre. À cela, Recyc-Québec répond par la négative.

« Je ne pense pas que ça puisse changer la tendance du consommateur, affirme Stéphane Devernal, directeur du programme de la consigne chez Recyc-Québec. Je concentrerais davantage mes efforts d’action vers la sensibilisation et l’éducation. »

Les statistiques démontrent que même les CRU de verre consignés à 10 ¢ et 20 ¢, utilisés pour certains types de bières, connaissent une baisse du taux de consignes remboursées depuis environ 2012.

Ce problème doit toutefois être remis en perspective, selon M. Devernal, parce que les bouteilles de verre ne comptent que pour 7 % des ventes de CRU, comparativement à plus de 80 % pour l'aluminium et environ 11 % pour le plastique.

Vers le remplissage multiple?

Malgré tout, Recyc-Québec dit se préoccuper de la récupération du verre. Pour ce faire, l'organisme veut encourager les embouteilleurs à se tourner vers les contenants à remplissage multiple (CRM).

Les CRM comprennent notamment les fameuses bouteilles de bière en verre brunâtre, qui sont réutilisables. C'est l'industrie brassicole qui assure la gestion des CRM, au Québec.

C’est sûr que le geste est beaucoup plus environnemental. Quand on peut remplir un contenant environ 15 fois, c’est la solution idéale.

Stéphane Devernal, directeur du programme de la consigne chez Recyc-Québec

Selon l’Association des brasseurs du Québec (ABQ), qui représente 90 % des ventes de bière dans la province, le système de consigne des CRM a fait ses preuves au fil des ans.

Bon an, mal an, de 92 % à 94 % de ces bouteilles est récupéré, estime le directeur général de l'ABQ, Patrice Léger Bourgoin.

La bonne vieille bouteille brune, la bouteille transparente également qui est utilisée largement dans le marché, les consommateurs l'associent à la consigne depuis des décennies alors le signal est clair.

Patrice Léger Bourgoin, directeur général de l'Association des brasseurs du Québec
Patrice Léger Bourgoin, directeur général de l'Association des brasseurs du QuébecPatrice Léger Bourgoin, directeur général de l'Association des brasseurs du Québec Photo : Radio-Canada

M. Bourgoin affirme que les études se contredisent au sujet de l'impact réel des montants de la consigne. Il pense néanmoins que le système devra être revu pour mieux refléter le comportement des consommateurs.

« Le nouveau gouvernement va devoir faire son choix à l'égard de la modernisation de la consigne, un dossier qui est en chantier au Québec depuis maintenant 18 mois. »

Environnement