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Le studio Pixomondo, qui a donné vie aux dragons de Game of Thrones, s'installera à Montréal

Un dragon, la bouche ouverte.
Pixomondo est l'une des nombreuses compagnies d'animation à avoir travaillé sur la populaire série Game of Thrones. Photo: Pixomondo
Radio-Canada

Pixomondo ouvrira un troisième bureau au Canada après les Fêtes. Après Toronto et Vancouver, le studio d'effets visuels s'installera à Montréal, où il compte créer 180 emplois au cours des trois prochaines années.

Un texte de Jérôme Labbé

La venue à Montréal de ce studio hollywoodien – qui s'est notamment fait connaître grâce à son travail sur la série Game of Thrones (Le Trône de fer, en français) – a été annoncée mardi soir à Los Angeles, où la mairesse Valérie Plante dirige ces jours-ci une mission économique pour appuyer l’industrie du cinéma et attirer des tournages étrangers.

Pixomondo a accepté l'invitation de la mairesse, des gens d'affaires qui l'accompagnent, et du gouvernement canadien pour établir à Montréal « un centre d'innovation spécialisé dans les technologies de pointe que sont la réalité virtuelle, la réalité augmentée, l'intelligence artificielle et la prévisualisation ».

Le studio se spécialise surtout dans le « repérage virtuel », une technologie grâce à laquelle les cinéastes peuvent visiter des lieux de tournage, sélectionner des prises de vue et diriger des personnages durant une capture de mouvements à partir d’un environnement virtuel. « Tout ce qui est trop dangereux ou trop coûteux à réaliser sur un plateau de tournage », résume Sara Mustafa, vice-présidente aux opérations internationales de l'entreprise.

La venue de Pixomondo à Montréal n'est pas étrangère à la réputation croissante de Montréal dans l’industrie des technologies de l'information, du jeu vidéo et de l'intelligence artificielle, explique-t-elle.

Le marché à Montréal a beaucoup de potentiel et nous voudrions croître avec lui. On souhaiterait nous aussi profiter de cette vague technologique.

Sara Mustafa, vice-présidente aux opérations internationales de Pixomondo

Les contributions financières des gouvernements canadien et québécois ont aussi joué dans la décision de l'entreprise d'ouvrir un troisième bureau en sol canadien.

L'Agence de développement économique du Canada pour les régions du Québec, par exemple, a promis à Pixomondo un prêt sans intérêt pouvant atteindre 750 000 $ pour ouvrir un studio à Montréal.

Pixomondo pourra aussi profiter des crédits d'impôt offerts par Emploi-Québec et la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) – des programmes accessibles autant aux entreprises québécoises qu'aux entreprises étrangères qui viennent s'établir ici, précise Stéphane Paquet, vice-président chez Montréal International.

Un apport, pas une menace

Selon M. Paquet, il serait mal venu de voir l'arrivée de Pixomondo comme une menace envers la quarantaine d'entreprises d'effets visuels déjà présentes à Montréal, dont certaines, comme Rodeo FX, sont typiquement québécoises.

« Le talent attire le talent et ça nous prend une masse critique pour pouvoir aussi attirer des talents de l'étranger, qui vont venir travailler chez nous; qui vont faire leur épicerie chez nous; qui vont avoir un loyer chez nous; qui vont envoyer leurs enfants à l'école; et donc, ça prend cette masse critique là », plaide Stéphane Paquet.

« Moi, je ne vois pas les sociétés étrangères en opposition avec les sociétés locales, poursuit-il. Je pense que tout ça est un écosystème – un écosystème fort – qui fait en sorte que, oui, il peut y avoir de l'échange de personnel, mais la journée où Rodeo FX verra par exemple sa production diminuer un peu, eh bien ils seront très contents de pouvoir placer leurs employés pendant quelques mois, voire quelques trimestres, chez un concurrent. Parce que, quand ils vont avoir besoin de rembaucher les gens, eh bien les gens seront restés à Montréal; ils ne seront pas allés à Toronto, à Los Angeles, à Londres ou à Paris. »

Même son de cloche du côté de David Lametti, secrétaire parlementaire du ministre responsable de Développement économique Canada pour les régions du Québec, Navdeep Bains. « Chaque compagnie qu'on pourrait attirer ici à Montréal, ça va contribuer à l'écosystème, au développement, à la formation des personnes dans l'industrie, et aussi à la créativité globalement de l'industrie », juge-t-il, se félicitant du même souffle de la présence à Montréal d'entreprises comme Element AI (Canada), Thales (France), Google et Facebook (États-Unis).

Tous les acteurs du milieu ne sont pas nécessairement d'accord avec cette vision des choses. Dans un communiqué annonçant la création de 225 nouveaux emplois à Montréal, mardi, le PDG de Coveo, Louis Têtu, rappelle que les entreprises comme la sienne se disputent déjà un nombre restreint de travailleurs spécialisés. « Nous créerons peu de nouveaux emplois dans l'économie locale puisque, depuis dix ans, nous faisons face à une pénurie de main-d'œuvre dans le secteur des technologies au Canada », écrit-il. « C'est pour cette raison que nous croyons que des entreprises comme Coveo sont importantes, car les plus brillants cerveaux de notre pays peuvent être au service de sociétés locales qui sont des chefs de file mondiaux en matière de croissance et de technologie. »

Un studio oscarisé

Pixomondo a été vendu cet été à la société britannique de financement Mayfair Equity Partners pour la somme de 65 millions de dollars américains.

Outre son siège social à Los Angeles et ses antennes canadiennes, l'entreprise est aussi présente à Francfort et à Stuttgart (Allemagne), ainsi qu'à Pékin et à Shanghai (Chine). Elle compte environ 700 employés, dont 200 à Toronto et 120 à Vancouver.

Depuis sa création en 2001, Pixomondo a notamment remporté trois prix Emmy pour avoir donné vie aux dragons de Game of Thrones. Les effets visuels conçus pour le film Hugo, de Martin Scorsese, lui ont également valu un Oscar en 2012.

Le studio a aussi travaillé sur plusieurs autres productions à grand déploiement, comme la franchise Fast and Furious (Rapide et dangereux), Bridge of Spies (Le Pont des espions), Wonder Woman, Ironman, ainsi que sur Girl in the Spider's Web (Millénium : Ce qui ne me tue pas) et Overlord, deux films présentement à l'affiche.

On ne sait pas encore dans quel quartier seront implantés les nouveaux locaux de Pixomondo, mais chose certaine, « nous aurons besoin d'être près d'un métro », indique Sara Mustafa. « Préférablement au centre-ville », précise-t-elle. L'entreprise est également à la recherche d'un leader local qui pourra assumer le poste de chef de la direction.

Basée à Munich, en Allemagne, la boîte d'effets spéciaux Scanline VFX a également annoncé l'été dernier qu'elle arrivait à Montréal. La création d'environ 300 emplois avait alors été évoquée.

Selon le Bureau du cinéma et de la télévision du Québec, le chiffre d'affaires des entreprises oeuvrant dans le secteur des effets visuels et de l'animation a crû de 27 % dans les 10 dernières années.

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