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Trump attaque Macron de front après sa visite à Paris

Trump et Macron sont assis côte à côte, Trump regarde par terre.

Les deux présidents se sont rencontrés à Paris dans le cadre des célébrations de l'Armistice de 1918.

Photo : Reuters / Carlos Barria

Agence France-Presse

À peine rentré de Paris où il a célébré la paix avec les autres dirigeants du monde, Donald Trump s'est vivement attaqué mardi à Emmanuel Macron, dont il a raillé la « très faible cote de popularité ».

Dans une série de tweets matinaux particulièrement énervés, le président des États-Unis est revenu sur la proposition de son homologue français de créer une armée européenne, déjà jugée « très insultante », lors de son atterrissage en France, au début du week-end de commémorations du centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale.

« Emmanuel Macron a suggéré la création de leur propre armée pour protéger l'Europe contre les États-Unis, la Chine et la Russie. Mais c'était l'Allemagne dans la Première et la Seconde Guerre mondiale », a-t-il écrit sur Twitter.

Des soldats courent sur une plage.

Un exercice de débarquement des forces de l'OTAN en Lituanie, dans le nord de l'Europe.

Photo : AFP/Getty Images / PETRAS MALUKAS

« Comment ça a marché pour la France? Ils commençaient à apprendre l'allemand à Paris avant que les États-Unis n'arrivent », a-t-il ironisé, dans une référence très peu diplomatique à l'occupation par l'Allemagne nazie à partir de 1940 jusqu'à la Libération par les Alliés, encore vécue comme un traumatisme dans l'Hexagone.

« Payez pour l'OTAN ou non! », a-t-il poursuivi, reprenant sa supplique aux pays européens membres de l'Alliance atlantique pour qu'ils augmentent leurs dépenses militaires et dépendent moins des dépenses militaires américaines pour leur défense.

Peu importe si le président français assure que c'est justement dans cette optique qu'il plaide pour « une vraie armée européenne ». Le locataire de la Maison-Blanche n'a pas digéré que celui de l'Élysée évoque, dans le même temps, la nécessité de « protéger » le Vieux Continent « de la Chine, de la Russie et même des États-Unis d'Amérique » dans le domaine du cyberespace – créant une « confusion » de l'aveu même de la présidence française.

Donald Trump regarde vers le sol tandis qu'Emmanuel Macron et Angela Merkel discutent derrière lui.

Emmanuel Macron et Angela Merkel n'ont pas caché leur déception envers le président américain.

Photo : Reuters / Jonathan Ernst

Sur l'armée européenne, Paris a reçu mardi le renfort de Berlin, la chancelière allemande appelant à « élaborer une vision » en ce sens.

Mais Donald Trump ne s'est pas arrêté à cette critique, pourtant mise en sourdine durant le reste de sa visite en France, qui, du reste, s'était conclue par de chaleureux remerciements à Emmanuel Macron.

Passe d'armes diplomatique

Visiblement agacé par les commentaires dans les médias américains, il a défendu sa décision de ne pas se rendre samedi au cimetière américain du Bois Belleau, dans le nord de la France, en raison du mauvais temps. Et il a surtout réagi à la dénonciation du « nationalisme » par le président français.

Donald Trump, front levé et main droite sur le coeur.

Donald Trump demande aux autorités de Floride, plutôt que de recompter tous les bulletins, de s'en tenir aux résultats initiaux.

Photo : Reuters / Christian Hartmann

« Le patriotisme est l'exact contraire du nationalisme. Le nationalisme en est sa trahison », avait affirmé dimanche Emmanuel Macron lors d'une cérémonie solennelle, visant notamment, de l'avis général, son homologue américain, principal pourfendeur de l'ordre mondial multilatéral.

Après avoir fait mine de ne pas prendre ces propos pour lui, alors même qu'il se revendique comme nationaliste, le milliardaire républicain est passé à la contre-offensive depuis Washington. « Il n'y a aucun pays plus nationaliste que la France, des personnes très fières – à juste titre », a-t-il lancé.

L'attaque a ensuite visé directement Emmanuel Macron et son bilan à la tête de la France.

« Le problème est qu'Emmanuel Macron souffre d'une très faible cote de popularité en France, 26 %, et d'un taux de chômage à près de 10 % », a relevé Donald Trump, s'appuyant sur un dernier sondage de l'institut français Viavoice qui donne les opinions positives du président français en forte baisse.

Emmanuel Macron un micro dans la main, avec derrière le dessin d'une main tenant un rameau d'olivier.

Le président français, Emmanuel Macron, livre un discours lors de l'ouverture du Forum sur la paix, à Paris.

Photo : Reuters / Gonzalo Fuentes

« MAKE FRANCE GREAT AGAIN », l'a-t-il exhorté dans un tweet en lettres capitales en écho à son propre slogan, « Rendre à l'Amérique sa grandeur ».

Cette formule fait l'objet d'échanges acerbes entre les deux hommes depuis leur arrivée au pouvoir en 2017 : le Français l'avait lui-même détournée pour dénoncer la décision de l'Américain de se retirer de l'accord de Paris sur le climat, en martelant « Make our planet great again » [Rendre sa grandeur à notre planète].

Au passage, l'homme d'affaires a aussi foulé le terrain commercial, s'en prenant au vin, produit emblématique s'il en est en France. « Le problème est que la France rend la tâche très difficile aux États-Unis pour vendre leur vin en France et applique des tarifs élevés, alors que les États-Unis rendent ça facile pour les vins français et appliquent de très bas tarifs », a-t-il dit, appelant au changement.

« Arrêtez de tweeter! »

L'ex-secrétaire d'État démocrate John Kerry a regretté l'attitude du président républicain, qui « a déclaré son "amour" pour Kim Jong-un », le dirigeant nord-coréen, « mais insulte notre plus vieil allié ». « Arrêtez de tweeter! L'Amérique a besoin d'amis », a-t-il ajouté.

Mais la porte-parole de la diplomatie américaine a balayé la polémique. « Beaucoup de bruit pour rien », a estimé Heather Nauert, réaffirmant la relation « étroite » avec la France, « un de nos plus anciens et importants alliés ».

Pour Marie-Cécile Naves, spécialiste des États-Unis à l'Institut de relations internationales et stratégiques, Donald Trump « instrumentalise sa relation avec le président Macron pour faire passer des messages de politique intérieure » et donner « une image des États-Unis combatifs, seuls contre tous qui ne se laissent pas dicter d'agenda par des pays étrangers ».

Emmanuel Macron semble découvrir ce que d'autres dirigeants ont déjà vécu. Alors qu'il était jusqu'ici relativement épargné par l'ire trumpienne, Angela Merkel comme la Britannique Theresa May ou le Canadien Justin Trudeau ont, quant à eux, essuyé par le passé les foudres du 45e président des États-Unis, souvent soupçonné de mieux s'entendre avec les hommes forts de pays adversaires qu'avec ses propres alliés.

Donald Trump, président des États-Unis

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