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Un ex-gardien de camp nazi nie avoir été au courant des chambres à gaz

La chaise roulante de l'homme est poussée par un garde.

L'ancien garde du camp nazi de Stutthof Johann Rehbogen arrive en cour pour assister à son procès, à Munster, en Allemagne.

Photo : The Associated Press / Pool Photo/Guido Kirchner

Agence France-Presse
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Un ancien garde du camp nazi de Stutthof, jugé en Allemagne pour complicité de centaines de meurtres, a exprimé mardi sa « honte » d'avoir été SS, mais a clamé son innocence en affirmant avoir ignoré l'existence des chambres à gaz.

Ce témoignage était très attendu du côté des victimes et de leurs descendants, les dépositions d'acteurs du système concentrationnaire et d'extermination nazi étant rares.

Dans une déclaration lue par un avocat, l'accusé, Johann Rehbogen, 94 ans, a assuré avoir « honte » d'avoir été SS tout en expliquant avoir été « enrôlé sous la contrainte ». « Il y aurait eu des représailles pour ma famille si je n'y étais pas allé », dit l'ex-garde, âgé de moins de 21 ans au moment des faits et donc jugé comme « mineur ».

Il a affirmé que le traitement des prisonniers avait été « un grand choc » pour lui et avoir eu « de la compassion pour eux ». Mais le nonagénaire a aussi assuré avoir tout ignoré de l'extermination des déportés.

« Je ne savais rien des tueries systématiques, des chambres à gaz et aussi du crématoire », a-t-il clamé, « je ne suis pas un nazi, je ne l'ai jamais été et je ne le serai jamais ».

Ces propos n'ont guère convaincu le procureur, Andreas Brendel. « Nous partons du principe que les gardes en savaient bien plus que ce qui a été affirmé ici », a-t-il soutenu.

Rehbogen ne convainc pas

Johann Rehbogen a servi entre juin 1942 et septembre 1944 à Stutthof, près de Gdansk, en Pologne, où quelque 65 000 personnes ont été tuées, essentiellement des femmes juives des pays baltes et de Pologne. Ce camp a été intégré au système d'extermination des Juifs en juin 1944.

Le vieil homme, qui a écouté l'air grave son avocat lire la déclaration, est venu en fauteuil roulant à l'audience. À l'ouverture du procès le 6 novembre, il avait pleuré en écoutant à la barre des victimes.

Les parties civiles se sont toutefois montrées mardi très critiques. « Son discours était dépourvu de sens, je n'en crois rien », a réagi un avocat d'un ancien détenu du camp, Manuel Mayer.

« Mes clients ne sont pas naïfs et voient bien que ceux qui ont été jadis coupables ne veulent pas vraiment assumer le passé », lui a fait écho un autre avocat, Onur Özata, représentant d'anciens détenus vivant en Israël et non présents mardi à l'audience.

Selon l'acte d'accusation, l'ex-SS du Stutthof avait « connaissance de toutes les méthodes pour tuer », même s'il n'y a pas participé directement.

Johann Rehbogen encourt un maximum de 15 ans de prison, mais une telle peine est peu probable, au regard des condamnations précédentes et de son statut judiciaire de « mineur ».

Le procès doit durer au moins jusqu'en janvier.

L’Allemagne tarde à condamner les suspects

Ce n'est que depuis quelques années que l'Allemagne s'efforce d'identifier les derniers suspects en vie et de juger ceux qui sont encore aptes à comparaître.

Au cours des récents procès, deux accusés se sont exprimés.

L'ancien SS Oskar Gröning, surnommé le « comptable d'Auschwitz », qui avait demandé « pardon » en 2015 et avait reconnu sa « faute morale ». Condamné à quatre ans de prison pour complicité dans la mort de 300 000 Juifs, il est décédé en mars sans aller en prison.

Un autre SS d'Auschwitz, Reinhold Hanning, avait, lui, exprimé en 2016 sa « honte » et avait reconnu savoir que les déportés étaient « abattus, gazés et brûlés ». Il n'a pas encore été incarcéré, malgré une peine de cinq ans de détention.

D'une manière générale, la justice allemande reste critiquée pour son traitement tardif et insuffisant des crimes du IIIe Reich. Elle a attendu 2011, avec le procès de l'ex-garde de Sobibor John Demjanjuk, pour poursuivre les anciennes sentinelles de camps d'extermination pour « complicité de meurtre ».

Au-delà de l'aspect pénal, ces dossiers visent aussi à donner aux descendants des victimes le sentiment que justice a enfin eu lieu.

Souvent, ces affaires ont un aspect pédagogique. Les bancs du public sont occupés régulièrement par des classes de lycéens. Mardi à Münster, des jeunes étaient présents en nombre.

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