•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Donner des spectacles aux États-Unis coûte cher aux artistes canadiens

Deux affiches pour indiquer l'approche de la frontière canadienne au-dessus d'une route.
Des artistes déplorent les exigences américaines pour se produire aux États-Unis. Photo: iStock / eyfoto
Radio-Canada

Franchir la frontière américaine peut entraîner des débours importants pour les artistes canadiens. Ils doivent se procurer un permis de travail qui peut leur coûter plus de 1000 $. Leurs pairs américains échappent à ces mêmes exigences lorsqu'ils se produisent en sol canadien. Des organismes demandent un renvoi d'ascenseur.

Un texte de Wildinette Paul

C’est important pour un artiste qui veut faire carrière de s’exporter à l’extérieur de la province à cause de la population. Le marché [ici] est relativement petit, lance d’emblée Jean Surette, directeur général de Musique NB. Selon lui, sortir du Nouveau-Brunswick est une condition de succès pour les artistes.

Jean Surette en entrevue devant l'ancienne école Moncton HighLe projet de modernisation du théâtre est une bonne nouvelle pour les musiciens, explique Jean Surette, directeur général de Musique NB. Photo : Radio-Canada

Pour ceux-ci, les voisins américains deviennent donc un marché intéressant. Ils sont juste à côté de nous, poursuit Jean Surette. C’est un marché énorme pour les anglophones et les francophones.

Si parcourir quelques kilomètres pour atteindre ce marché est tentant pour les artistes, ils sont toutefois freinés par un processus laborieux et surtout coûteux.

Le visa P-2

Le permis appelé visa P-2 est nécessaire, même pour un petit spectacle dans un bar qui pourrait ne rapporter que 100 $. Ça [le permis] s’applique dans tous les cas, précise Bernard LeBlanc, directeur des services électroniques à la Fédération canadienne des musiciens.

C’est une décision à prendre pour les musiciens si ça vaut la peine d’aller faire un engagement qui paie moins que le permis.

Bernard LeBlanc, directeur des services électroniques à la Fédération canadienne des musiciens

Le P-2 coûte 460 $. Règle générale, il est accordé dans un délai de 45 à 60 jours. Pour l’obtention l'obtenir plus vite, en 30 jours seulement, il coûtera quatre fois plus cher, soit 1870 $. C’est un montant assez considérable, affirme Bernard LeBlanc. Souvent, les musiciens pensent que ça vaut la peine pour une question de marketing et de se vendre comme artiste.

Par ailleurs, il faut être membre de la Fédération pour faire une demande de permis de travail, ce qui entraîne pour les artistes des coûts additionnels. Au Nouveau-Brunswick, ils sont de 165 $ par année. À cette somme s’ajoute un montant de 95 $ en frais d’inscription.

Le permis de travail américain est valide pour une période d’un an.

Rien de garanti

Même s'ils déboursent d'importantes sommes d'argent pour obtenir le permis, les artistes ne sont pas nécessairement au bout de leurs peines, prévient la Fédération canadienne des musiciens. C’est certain qu’on n’a pas le contrôle. On travaille fort pour être acceptés. S’ils [artistes] font une demande et que la demande est rejetée, l’argent est perdu. À la frontière, même si tes papiers sont en ordre, c’est souvent "droit de regard" de l’agent et puis c’est difficile à contrôler dans tous les cas, explique Bernard LeBlanc.

Un rejet à la frontière peut être catastrophique pour les artistes émergents. Ce sont des artistes qui ne font pas de gros montants on s’entend. Ce n’est pas tout le monde qui va faire des engagements dans le centre Bell ou les arénas, conclut Bernard Leblanc.

Il y a aussi le délai. On ne peut pas savoir exactement la date qu’on va avoir nos documents, mentionne de son côté Jean Surette. Il y a également ce stress. 

Et les Américains ?

À l’inverse, l’entrée au Canada est simple pour les artistes américains. Les règles sont moins compliquées et moins restrictives. Il n’y a pas vraiment de permis de travail pour eux, dit M. LeBlanc.

Alison Cran, vice-présidente de la section locale 815 de la Fédération, située à Saint-Jean, dénonce cette approche.

Un Américain qui veut présenter un concert pendant deux semaines par exemple a juste à arriver aux douanes avec son passeport, sa guitare. Et c’est tout : pas de visa de travail, pas de frais. C'est injuste!

Alison Cran, vice-présidente de la section locale 815 de la Fédération

Jean Surette, pour sa part, parle d'un protectionnisme américain. C’est un peu une façon pour eux de protéger leurs jobs. Parmi d’autres tarifs et d’autres choses qu’ils ont imposés, les artistes aussi sont mêlés là-dedans, déplore-t-il.

Des pressions infructueuses

Depuis plus de 15 ans, la Fédération des musiciens canadiens exerce des pressions au sud de la frontière. Deux projets de loi ont été présentés au Congrès américain. Ils sont toujours en suspens.

La Fédération des musiciens canadiens a accordé, en 2018, 4310 permis à des artistes qui voulaient donner des représentations aux États-Unis. Mais ce nombre aurait pu être plus élevé avec des règles simplifiées et un coût diminué, estiment les représentants des artistes canadiens.

J’espère que la conversation va continuer. Surtout avec un changement au niveau du gouvernement des États-Unis, et une élection qui s’en vient au Canada l’année prochaine, conclut Jean Surette.

Nouveau-Brunswick

Arts