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Des funérailles d'État à la mesure de l'héritage de Bernard Landry

Pascal Bérubé, Lucien Bouchard et François Legault étaient au nombre des dignitaires qui ont pris la parole à l'occasion des funérailles d'État de Bernard Landry.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Radio-Canada

Les hommages bien sentis se sont succédé mardi à la basilique Notre-Dame de Montréal, où étaient célébrées les funérailles d'État de Bernard Landry, premier ministre du Québec de 2001 à 2003, qui a rendu l'âme la semaine dernière.

Après la procession du cercueil, au son de la chanson Les gens de mon pays, de Gilles Vigneault, l'honneur de donner le coup d'envoi de la cérémonie est revenu à sa fille Pascale, qui a livré un témoignage très personnel relatant la vie de son célèbre père.

Être un enfant de Bernard Landry n'était « pas banal », a-t-elle relaté d'entrée de jeu. Il était « comme tous les papas, mais pas vraiment », a-t-elle dit, avant d'évoquer une série de « moments exceptionnels » vécus après que le Parti québécois eut accédé au pouvoir, en 1976.

Pascale Landry a évoqué la « grande culture » et « l'amour du français et de la civilisation qui le porte » qui habitaient son père, au même titre qu'une série de valeurs, dont « le respect de son prochain » et son « combat sans répit pour ses idéaux ».

Elle a quelque peu déridé la foule en deuil en se remémorant la rigueur de son père, qui avait « vertement engueulé » ses trois enfants, tous âgés d'une vingtaine d'années, après avoir appris qu'ils n'avaient pas voté lors d'élections scolaires. Avec lui, les « attentes étaient toujours hautes ».

« Notre père est éternel et vivra toujours dans les bonheurs » de sa conjointe des dernières années, de ses enfants et de ses petits-enfants, a-t-elle affirmé, après avoir souligné à quel point Bernard Landry prenait soin de tous les membres de sa famille.

Pascale Landry et Chantal Renaud, debout, durant la cérémonie.

Pascale Landry, ici en compagnie de la conjointe du défunt, Chantal Renaud, a raconté à quel point être un enfant de Bernard Landry n'était pas banal.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Plus que tous les hommages, ce qui le rendrait heureux, c'est que vous tous, à votre manière, continuiez son combat pour un Québec plus juste, plus fort, plus libre.

Pascale Landry, fille de Bernard Landry

Témoignages de compagnons de route et d'adversaires

Le premier ministre du Québec, François Legault, et deux de ses prédécesseurs, Jean Charest et Lucien Bouchard, ont ensuite pris le micro pour souligner tour à tour l'empreinte indélébile de M. Landry sur le développement du Québec.

« Grand patriote », « grand serviteur de l'État, mais surtout grand serviteur de la nation québécoise », « un des grands bâtisseurs du Québec », « homme d'exception », « orateur exceptionnel »; M. Legault n'a pas tari d'éloges à l'endroit de celui qu'il a servi comme ministre.

« Une bonne partie de la politique économique du Québec a été pensée et conçue par lui », a-t-il rappelé, avant d'évoquer certaines de ses réalisations, dont le soutien au développement de l'industrie numérique, aujourd'hui en plein essor, et la signature de la paix des braves, « traité historique » entre le Québec et la nation crie.

« Sa passion pour le développement économique va toujours rester pour moi une source d'inspiration », a fait valoir le premier ministre. « Son héritage va rester dans la durée et va rester gravé dans nos mémoires. »

François Legault au micro.

Francois Legault a souligné que la passion de Bernard Landry pour l'économie avait été une source d'inspiration pour lui.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Oui, les Québécois forment quelque chose comme un grand peuple, et Bernard Landry aura été à la hauteur de ce peuple qu'il a aimé si passionnément. Merci M. Landry.

François Legault, premier ministre du Québec

L'ex-premier ministre libéral Jean Charest, qui a passé une grande partie de sa carrière politique à s'opposer à la souveraineté du Québec, est aussi venu rendre hommage à M. Landry, qu'il a affronté d'abord comme chef de l'opposition, puis comme premier ministre à l'Assemblée nationale.

« Pendant toute sa vie, le premier ministre Landry a été habité par une profonde conviction, celle de l'indépendance du Québec. Je ne connais aucune autre personne pour qui cette conviction était aussi ancrée dans chaque dimension de sa vie », a-t-il souligné. « Il s'était fixé une mission, et dans ce combat, il n'a jamais pris ne serait-ce qu'une journée de congé. »

M. Charest a évoqué une conversation « très chaleureuse » qu'il a eue avec M. Landry une dizaine de jours avant son décès. « J’ai pu lui dire qu’il devait être très fier de tout ce qu’il avait accompli pour le Québec. Là où se trouvait autrefois un adversaire, j’ai reconnu un homme dont le coeur débordait d'amour pour le Québec, auquel il aura consacré plus de 50 ans de sa vie. »

L’ex-premier ministre Lucien Bouchard, qui avait fait de M. Landry un ministre tout-puissant, a cherché à inscrire le parcours du défunt dans le parcours de tous ces grands hommes du 20e siècle qui ont voulu faire du Québec une « société résolument moderne, démocratique et solidaire ».

Il a décrit Bernard Landry comme un « homme de feu », un « inspirateur de peuple », au même titre que Jean Lesage, René Lévesque ou Jacques Parizeau. « C'est l'honneur de Bernard Landry de se joindre aujourd'hui à cette éminente cohorte », a-t-il clamé.

Lucien Bouchard au micro.

Lucien Bouchard a salué la contribution de Bernard Landry à la construction du Québec moderne.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Il a aussi souligné, comme d'autres, la passion de M. Landry pour la littérature et l'histoire. Il a dit « éprouver une certaine émotion » à penser que la basilique Notre-Dame avait aussi été témoin d'un discours historique qu'Henri Bourassa avait prononcé avec passion, en 1910, à l'occasion d'un congrès eucharistique.

M. Landry le connaissait « pratiquement par coeur », a-t-il évoqué, et il convenait donc parfaitement que les funérailles de cet « irréductible défenseur de la langue française » soient célébrées en ce lieu.

L'ex-grand chef de la nation crie, Ted Moses, a aussi rendu un dernier hommage à celui qu'il a appelé « son ami et son frère », qui a eu « la vision et le courage de mettre de côté les divisions du passé pour construire une nouvelle relation avec le peuple cri » pour signer la paix des braves.

Dans un discours aux accents lyriques et résolument indépendantistes, l'ex-chef péquiste Pierre Karl Péladeau a souligné la foi souverainiste de M. Landry, ce qui lui a valu des applaudissements nourris.

Votre pays, Monsieur le Premier Ministre, M. Landry, notre pays, Bernard, nous continuerons de vouloir sa réalisation. [...] Notre pays, M. Landry, nous ne l’oublierons jamais, tout comme nous ne vous oublierons jamais.

Pierre Karl Péladeau, ex-chef du Parti québécois

Le chef intérimaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, et d'ex-députés du parti, dont Louise Harel et Maka Kotto, ont aussi souligné à leur manière l'engagement politique de Bernard Landry.

Une messe commémorative à la mémoire de Bernard Landry aura lieu samedi, à 10 h, à l'église Saint-François-Xavier, à Verchères, lieu de résidence de l'ex-premier ministre. La population pourra signer le registre de condoléances dès 9 h 30.

Des personnes portant des drapeaux du Québec et des patriotes, devant la basilique.

Plusieurs personnes se sont rassemblées devant la basilique Notre-Dame, où se déroulaient les funérailles d'État de Bernard Landry.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Des hommages aussi avant la cérémonie

Avant la cérémonie, plusieurs personnes ont tenu à partager leurs souvenirs de M. Landry avant de faire leur entrée dans la basilique.

Compagnon de la première heure, l’ancien ministre péquiste François Gendron s'est souvenu d’avoir siégé au sein du premier cabinet de René Lévesque en compagnie de M. Landry. « Il faisait preuve de vision, d’audace, de détermination et d'une capacité à voir grand », a relaté l’ancien doyen de l’Assemblée nationale.

Aujourd’hui, il faut saluer ce grand homme, cultivé comme c’est pas possible, orateur, généreux du cœur, disponible, un militant, un patriote, mettez-en.

François Gendron, ex-député du Parti québécois

Rappelant l’importance de la paix des braves signée par M. Landry, son ancien collègue Jean-Pierre Charbonneau a suggéré qu’un barrage soit renommé à son nom.

Le premier ministre du Québec, Bernard Landry, et Ted Moses, grand chef du Grand Conseil des Cris, se préparent à signer la paix des braves le 7 février 2002, à Waskaganish, au Québec

Le premier ministre du Québec, Bernard Landry, et Ted Moses, grand chef du Grand Conseil des Cris, se préparent à signer la paix des braves le 7 février 2002, à Waskaganish, au Québec

Photo : La Presse canadienne / JACQUES BOISSINOT

Citoyens touchés

Sur le parvis de l'église, plusieurs citoyens ont fait la file pour s'assurer de pouvoir assister aux funérailles.

« C’est une grande page de notre histoire politique qui se tourne aujourd’hui, après M. Lévesque, M. Parizeau », a déclaré une femme venue assister aux funérailles. « Moi, je pensais qu’il allait vivre jusqu’à 95 ans, comme sa mère qui est morte à 99 ans, qu’il allait commenter la politique tout ce temps-là. »

« Je viens pour montrer ma reconnaissance, parce que j’ai été attentif à tout le travail qu’il a fait durant toutes ces années et il l’a fait de façon magistrale », souligne un homme dans la file d’attente pour entrer dans la basilique Notre-Dame. « C’est la moindre des choses de lui rendre son dû aujourd’hui. »

Venue de Caraquet, une Acadienne explique que M. Landry a soutenu sa communauté lors d’une collecte de fonds pour rénover leur église, « construite par le premier architecte acadien ».

M. Landry c’était un grand homme, un grand Québécois, mais aussi un grand Acadien attaché à ses racines.

Une Acadienne de Caraquet

« Nous, ça nous a beaucoup aidés, beaucoup touchés, et on ne pouvait pas rester chez nous et regarder ça à la télé, poursuit la dame. Il fallait venir. Je suis émue d’être ici et de pouvoir lui dire au revoir. »

La conjointe de Bernard Landry, Chantal Renaud, et monseigneur Christian Lépine

La conjointe de Bernard Landry, Chantal Renaud, et monseigneur Christian Lépine

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Priorité à la famille pour Mgr Lépine

C'est monseigneur Christian Lépine qui assumait la portion religieuse des cérémonies.

Mgr Lépine a révélé un lien de parenté avec M. Landry, lors d’une entrevue à RDI matin. « Mon grand-père vient de Saint-Jacques-de-Montcalm comme Bernard Landry, a révélé l'archevêque de Montréal. Le frère de ma grand-mère, Eugène Brien, était le père adoptif de la mère de Bernard Landry, Thérèse Granger. »

Ce n’est pas un lien familial immédiat […] mais Bernard Landry voyait mon grand-père comme étant son oncle.

Mgr Christian Lépine

Parent éloigné par alliance, le célébrant a souligné que des adversaires politiques de M. Landry pouvaient venir prendre la parole à ses funérailles en raison du respect qu’il témoignait à tout un chacun.

« M. Landry n’a jamais traité ses adversaires politiques comme des ennemis », a-t-il déclaré lors de son entrevue à RDI matin. « Je pense que tout le monde s’est toujours senti respecté dans sa valeur de personne. »

« Je pense qu’il est un bon témoin [pour démontrer] qu’on peut avoir des idées différentes, des convictions profondément différentes, mais se respecter comme être humain, respecter les institutions démocratiques et faire avancer dans un débat les enjeux de société », a poursuivi l’homme d’Église.

Tout en honorant l'oeuvre politique de M. Landry, Mgr Lépine rappelle l’importance de ne pas perdre de vue la douleur des proches.

Ma priorité, c’est toujours la famille, parce que même lorsqu’il s’agit d’un personnage public qu’on veut honorer, il demeure que les premiers touchés dans l’immédiat, c’est la famille.

Mgr Christian Lépine

« La perte d’un être cher est toujours un moment [difficile] dans l’existence, même lorsque la famille le vit avec courage, avec dignité. Ça demeure que l’âme est dans la tristesse », a poursuivi l'archevêque de Montréal.

« Donc, c’est un moment de sobriété – en tout cas pour moi – de toucher et de me faire solidaire de la famille. Et, par là, on se rapproche des autres familles, parce que toutes les familles font l’expérience de perdre un être cher. C’est par ce biais que j’aborde les funérailles, même pour des funérailles d’État, en mettant toujours la famille au cœur [de la cérémonie]. »

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