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Le Canada a entendu l'enregistrement du meurtre de Jamal Khashoggi, confirme Trudeau

Plan rapproché de Jamal Khashoggi qui parle lors d'une conférence de presse à Manama, à Bahreïn, le 1er février 2015.
Jamal Khashoggi a d’abord été un proche collaborateur de la famille royale et des services de renseignement avant de devenir un critique de la politique autoritaire du prince Mohamed ben Salmane, surnommé MBS. Photo: Associated Press / Hasan Jamali
Radio-Canada

Des responsables des services de renseignement canadiens ont bel et bien entendu un enregistrement du meurtre du chroniqueur saoudien Jamal Khashoggi, a confirmé lundi Justin Trudeau.

Le premier ministre est ainsi devenu le premier dirigeant au monde à admettre que son pays a entendu cet enregistrement, censé confirmer la version turque de ce qui s’est passé dans le consulat saoudien d’Istanbul, le 2 octobre.

M. Trudeau a répondu « oui » à un journaliste qui lui demandait si des agents canadiens avaient entendu cet enregistrement, lors d'une conférence de presse tenue à l'ambassade du Canada à Paris.

« Le Canada a été pleinement informé de ce que la Turquie avait à partager », a-t-il ajouté.

Il a ensuite précisé qu’il avait abordé cette affaire lors d'un récent appel téléphonique avec le président turc Recep Tayyip Erdogan, et encore brièvement lors de leur rencontre, en fin de semaine, à Paris.

M. Trudeau a dit qu'il « l'avait remercié de sa force dans le dossier Khashoggi », mais ne s’est guère avancé sur la position que le Canada prendra dans ce dossier.

Nous continuons de collaborer avec nos alliés dans le cadre de l'enquête sur la responsabilité du meurtre de Jamal Khashoggi, et nous discutons actuellement avec nos alliés aux vues similaires en ce qui concerne les prochaines étapes avec l'Arabie saoudite.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Détracteur de la monarchie saoudienne, notamment du prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS), Jamal Khashoggi a été assassiné le 2 octobre alors qu’il allait chercher des documents en vue de son mariage.

Après avoir longtemps assuré que le chroniqueur était sorti de son ambassade, l’Arabie saoudite a fini par convenir qu’il y avait été assassiné lors d’une opération n'ayant pas été autorisée en haut lieu.

Poussées par la Turquie, qui distille des éléments de preuve au compte-gouttes, les démocraties occidentales alliées de Riyad continuent de demander des comptes à la monarchie saoudienne, qui affirme faire enquête.

Jusqu’ici, elles ont toutes résisté aux appels appelant à la suspension des ventes d’armes à Riyad, exception faite de l’Allemagne, qui a suspendu toute nouvelle transaction jusqu’à nouvel ordre.

Selon Ankara, M. Khashoggi a été attaqué de manière préméditée dès son arrivée au consulat saoudien d'Istanbul par un groupe de plusieurs hommes. Son corps a été démembré et n'a jamais été retrouvé.

Samedi, le président Erdogan a affirmé que des enregistrements concernant l'assassinat de Jamal Khashoggi ont été partagés avec l'Arabie saoudite, les États-Unis, la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni.

Un homme portant un masque de Mohammed ben Salmane lève ses deux mains peintes en rouge. Derrière lui, des gens brandissent des pancartes de Jamal Khashoggi.Ce manifestant photographié la semaine dernière devant le consulat saoudien d'Istanbul avait un message clair à transmettre : le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a du sang sur les mains. Photo : Reuters / Osman Orsal

Ankara rabroue le chef de la diplomatie française

Les propos de M. Trudeau sur l’affaire Khashoggi ont été particulièrement remarqués, puisque le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a affirmé ne pas avoir eu accès à cet enregistrement.

« Pour l'instant, je n'ai pas connaissance » d'informations transmises par la Turquie, a-t-il assuré sur la chaîne France 2. « Si le président turc a des informations à nous donner, il faut qu'il nous les donne », a-t-il ajouté.

Interrogé sur l'éventualité d'un mensonge du président turc sur ce point, le chef de la diplomatie française a souligné que ce dernier s'adonnait à « un jeu politique particulier dans cette circonstance ».

Ce commentaire a été accueilli avec colère à Ankara, où le gouvernement a maintenu sa version des faits.

« Nos services de renseignements ont partagé l’information avec eux le 24 octobre », a répliqué le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu. « Il est très imprudent pour eux d’accuser notre président de jouer à des jeux politiques. »

Qu’est-ce qui se cache derrière les remarques du ministre français des Affaires étrangères? Je me demande s’ils essaient de couvrir le meurtre.

Mevlut Cavusoglu, ministre turc des Affaires étrangères

« Des preuves relatives au meurtre de Khashoggi [...] ont été transmises aux agences compétentes du gouvernement français », a ajouté par communiqué le directeur des communications de M. Erdogan, Fahrettin Altun.

« Le 24 octobre, un représentant des services de renseignement français a écouté un enregistrement audio et a pris connaissance d'informations détaillées, dont une transcription dudit enregistrement », a-t-il ajouté.

« Si la communication est mauvaise entre les différentes agences du gouvernement français, c'est aux autorités françaises - et non turques - de régler ce problème », a aussi affirmé M. Altun.

La diplomatie française temporise

Le ministère français des Affaires étrangères a souligné par la suite que la pratique commune des autorités françaises, et celle de M. Le Drian en particulier, était de s'abstenir de tout commentaire sur la nature des échanges avec la Turquie.

« Nous n'avons pas de commentaire à faire sur les enregistrements, pour des raisons de discrétion. On ne confirme ni n'infirme », a indiqué le ministère à Reuters.

« Les autorités compétentes en France et en Turquie sont en contact sur l'affaire Khashoggi depuis le début », mais « pour nous, la vérité complète reste à établir », explique-t-on.

« La vérité ne peut pas être que dans les enregistrements turcs. [...] On attend encore des éléments des Saoudiens et après, on verra », ajoute le Quai d'Orsay.

Avec les informations de Associated Press, Agence France-Presse, et Reuters

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