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Le ministre Fitzgibbon optimiste pour les employés qui seront congédiés par Bombardier

Le reportage de Maxime Bertrand
Radio-Canada

Il est « fort possible » que les 2500 employés de Bombardier qui seront mis à pied d'ici un an et demi au Québec puissent se trouver un nouvel emploi au sein de l'industrie aérospatiale, estime le ministre québécois de l'Économie, Pierre Fitzgibbon. Un optimisme que partagent les représentants de l'industrie et des syndiqués.

Un texte de François Messier

C'est du moins ce que le ministre a affirmé au terme d'une rencontre tenue à Montréal avec des représentants syndicaux et patronaux de l'avionneur québécois, ainsi que des responsables d'une vingtaine d'entreprises de l'industrie aérospatiale.

Selon M. Fitzgibbon, Bombardier doit dans un premier temps fournir « très bientôt » des détails sur ces mises à pied. L'entreprise a dévoilé ses cibles, mais ne sait pas encore précisément quels secteurs ou corps d'emplois seront touchés.

Une fois ces précisions obtenues, le gouvernement du Québec entend « faire le pont » avec les autres acteurs de l'industrie, afin de répondre à leurs besoins de main-d'oeuvre. Ce maillage n'est « pas évident » à faire, a convenu le ministre, et des formations devront vraisemblablement être offertes aux employés touchés.

Pour nous, aujourd'hui, l'enjeu est de s'assurer que les 2500 employés [qui seront licenciés] auront un emploi. Et je pense qu'étant donné ce à quoi j'ai assisté ce matin [...] il est fort possible qu'il n'y aura aucun impact sur les familles des employés de Bombardier.

Pierre Fitzgibbon, ministre de l'Économie et de l'Innovation du Québec

La situation est cependant favorable, assure M. Fitzgibbon, puisque l'industrie aérospatiale entend créer des milliers d'emplois au cours des prochaines années et que des milliers de travailleurs doivent prendre leur retraite. Conséquemment, il dit être « très confiant de l'engagement des joueurs de l'industrie » dans l'opération à venir.

M. Fitzgibbon affirme que les ministères de l'Économie et du Travail ont tous deux des programmes susceptibles de soutenir cet effort, et de l'argent est disponible à cette fin.

Il faut établir les classes d’employés [touchés], les besoins de l’industrie […] et voir comment on va faire le maillage. Il risque d’y avoir des enjeux de formation, et c’est là que le ministère de l’Emploi va aussi être au rendez-vous.

Pierre Fitzgibbon, ministre de l'Économie et de l'Innovation du Québec

Il a par exemple répété que Québec entendait accélérer des programmes d'innovation en cours dans d'autres entreprises afin d'aider les employés de Bombardier licenciés à se replacer.

Bellemare absent

La rencontre de lundi matin s'est déroulée en l'absence du président et chef de la direction de Bombardier, Alain Bellemare. L'affaire n'a pas manqué soulever des questions, mais le ministre Fitzgibbon s'est employé à minimiser le tout.

« Je ne peux pas parler au nom de M. Bellemarre. Ce que je peux dire, c’est qu’il y avait deux personnes de Bombardier ici aujourd’hui. Je suis en contact avec M. Bellemare », a-t-il déclaré. « Je ne veux pas défendre Bombardier, mais aujourd'hui... Bon, la réunion s’est organisée relativement rapidement. »

Le ministre dit avoir déjà eu un entretien avec M. Bellemare et soutient qu'il le rencontrera « prochainement », non seulement pour discuter du plan d'aide aux travailleurs, mais aussi « pour parler de l'industrie en général, pour éviter évidemment les surprises ».

En entrevue à l'émission RDI économie, lundi soir, Pierre Fitzgibbon s’est refusé une nouvelle fois à tout commentaire sur l’absence de M. Bellemare. Le ministre de l'Économie et de l'Innovation s’est contenté d'évoquer une dynamique lors de la réunion, qui semble l’avoir satisfait, même si Bombardier ne lui a pas dit où seront appliquées les compressions.

Ils ont un échéancier pour nous donner l’inventaire des ressources qui n’est pas encore complété.

Pierre Fitzgibbon, ministre de l'Économie et de l'Innovation du Québec

Présent pour la rencontre, le vice-président aux relations externes de Bombardier, Olivier Marcil, a défendu son patron. « Bombardier est une multinationale. M. Bellemare a un agenda qui est très chargé. Il soutient parfaitement l’initiative », a-t-il dit. « Il s’est entretenu avec le ministre Fitzgibbon à plusieurs reprises depuis quelques jours. »

Faut-il s’inquiéter pour l’avenir de Bombardier?

Le ministre rappelle que l’industrie « est en santé » et qu’« il faut parler du futur de façon positive ». « Il n’y a personne qui gagne à critiquer le passé », a-t-il ajouté.

Je suis très enthousiaste. Non seulement on va replacer 2500 personnes, mais on va aussi continuer à [faire] croître cette industrie-là.

Pierre Fitzgibbon, ministre de l'Économie et de l'Innovation du Québec

« On ne veut pas perdre nos talents »

Le message optimiste de M. Fitzgibbon a aussi été relayé par Suzanne Benoît, présidente-directrice générale d'Aéro Montréal, un forum de concertation stratégique des entreprises du secteur aérospatial.

« La situation actuelle avec Bombardier n’est pas facile, c’est évident, mais on est très confiants qu’on va être capables d’absorber ces emplois », a-t-elle commenté.

« Mais ça ne se fera pas tout seul, c’est certain. Il faut s’organiser, il faut travailler ensemble, il faut optimiser nos actions », a-t-elle ajouté. « C’est ce qu’on va faire dans les jours qui viennent et dans les mois qui suivent. »

Selon Mme Benoît, la qualité des ingénieurs et des techniciens qui travaillent actuellement dans l'industrie québécoise attise la convoitise des concurrents ailleurs dans le monde, et il importe de ne pas perdre cette « guerre de talents ».

Nous, on ne veut pas perdre nos talents. Donc, il faut trouver une façon de garder ces gens dans notre industrie et c’est ce qu’on va faire prochainement avec l’aide du gouvernement.

Suzanne Benoît, PDG d'Aéro Montréal

« Il faut utiliser cette fenêtre d’opportunité pour réfléchir aussi », a ajouté Mme Benoît. « Il faut que nos PME soient prêtes à absorber ces ressources, mais il faut aussi former ces ressources pour être en mesure de prendre la relève vers l’automatisation, la robotisation [dans l'industrie] ainsi que tout ce qui est analyse de données, big data, intelligence artificielle. »

« Avec un peu d’effort, un peu de coordination, c’est très faisable. Il faut le faire », a-t-elle conclu.

« C'est très encourageant », dit le syndicat des machinistes

En entrevue à ICI RDI, le coordonnateur québécois de l'Association internationale des machinistes et des travailleurs de l'aérospatiale, David Chartrand, était visiblement heureux de la tournure des événements. Il croit lui aussi qu'il est possible d'atténuer l'impact des mises à pied annoncées.

« Moi, ce que j’ai apprécié, c’est la grande solidarité de la grappe aérospatiale, que tout le monde a fait du temps dans leur agenda pour s’asseoir, pour trouver des solutions pour les gens qui vont être mis à pied », a-t-il commenté.

C’est très encourageant. Moi, ça fait 28 ans que je suis dans l’industrie, j’en ai vécu d’autres, des mises à pied, et c’est la première fois qu’on réagit rapidement comme ça et que tout le monde s’assoit autour d’une table pour s’assurer qu’il y ait le moins d’impact possible.

Dave Chartrand, coordonnateur québécois de l'Association internationale des machinistes et des travailleurs de l'aérospatiale

M. Chartrand confirme que la pénurie de main-d'oeuvre dans le secteur alimente l'intérêt des entreprises pour un plan visant à replacer les travailleurs mis à pied. Selon lui, les employeurs veulent éviter que certains d'entre eux soient récupérés par d'autres industries.

« Nous, en premier lieu, on cherche à maintenir les emplois au sein de Bombardier, si on est capables », a réitéré le chef syndical. « Suite à ça, ça va être de s’assurer qu’il y ait un pont entre les gens qui vont quitter Bombardier pour s’en aller dans une autre entreprise [du secteur] le plus rapidement possible. »

« Moi, je pense que ce ne sera pas difficile, quand tous les acteurs se mettent à l’œuvre, se mettent ensemble », a-t-il ajouté, en soulignant lui aussi qu'en plus des besoins de main-d'oeuvre actuels, de nombreux départs à la retraite sont prévus à brève échéance.

Comme l’industrie roule à plein régime, les impacts négatifs de l’abolition de 2500 postes par Bombardier la semaine dernière pourraient être à peine perceptibles si nous agissons rapidement et intelligemment.

Dave Chartrand, coordonnateur québécois de l'Association internationale des machinistes et des travailleurs de l'aérospatiale, par voie de communiqué

Selon lui, de 1000 à 2000 emplois pourraient se créer ou être libérés rapidement. « Ce ne sera pas seulement des emplois qui seront comblés par des gens qui pourraient être mis à pied. Il y a également un besoin au niveau de la formation. Quelqu’un qui s’en va étudier là-dedans peut espérer à court terme avoir un très bon emploi », croit-il.

David Chartrand affirme par ailleurs que les membres de l'équipe du ministre Fitzgibbon ont rassuré les syndiqués avec leur engagement. « Ils nous ont donné la certitude qu’il y aurait un suivi, que ce n’était pas qu’un "show de boucane", que ce n’était pas parce que c’est dans les médias qu’il allait y avoir une continuité à ça », a-t-il dit.

Il n'en continue pas moins de déplorer la façon dont Bombardier a procédé à cette annonce la semaine dernière. « Depuis que ça a été annoncé, je déplore la façon dont ça a été fait. De laisser planer l’incertitude autour de toute sa main-d’oeuvre, ce n’est pas quelque chose qui est évident. Et je pense que le message a été clair. »

Pas d'invitation pour Unifor

La rencontre organisée lundi a toutefois déçu Unifor, qui n'y avait pas été convié. Le syndicat affirme pourtant compter « près de 5000 membres chez Bombardier, Pratt & Whitney, CMC Électronique, Héroux Devtek, Avior, etc. »

Cet oubli a fait réagir le directeur québécois d’Unifor, Renaud Gagné, qui a envoyé une lettre au ministre Pierre Fitzgibbon pour lui faire part de sa surprise et solliciter une rencontre avec l’élu.

« J’ai été surpris d’apprendre ce matin que vous avez convoqué une rencontre des grands acteurs du secteur de l’aérospatiale, sans avoir convié l’un des plus importants syndicats du secteur », peut-on lire dans cette lettre.

« Vous comprendrez que dans les circonstances, le fait de n’avoir pas été invité à cette rencontre a de quoi nous choquer. J’aimerais pouvoir vous rencontrer afin de mettre en place les bases d’une relation que nous espérons aussi collaborative et fructueuse que celle que nous avons bâtie avec vos prédécesseurs », poursuit M. Gagné.

Le gouvernement se défend cependant d'avoir eu l'intention d'écarter Unifor et se dit tout à fait ouvert à l’idée de rencontrer ses représentants. Il affirme que c’est Aéro Montréal qui était chargée de l'organisation de la rencontre.

Quant à la porte-parole de l’opposition libérale en matière d’économie, Dominique Anglade, elle a qualifié la situation d’« erreur du gouvernement ».

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