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Devant les déboires de la Société ontarienne du cannabis, des magasins illégaux rouvrent leurs portes

La façade d'un magasin de cannabis à Ottawa.

The Hemp Company a décidé de continuer la vente de cannabis dans ses deux succursales d'Ottawa malgré l'interdiction de la province.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Une entreprise de comptoirs illégaux de vente de cannabis d'Ottawa a décidé de faire fi de la nouvelle réglementation provinciale en continuant de vendre ses produits aux consommateurs insatisfaits par le service de la Société ontarienne du cannabis (OCS).

Pénurie de produits, lenteur du service de livraison, prix élevés… Flairant la bonne affaire devant la grogne des consommateurs face aux déboires de l’OCS, certains comptoirs de vente de cannabis d’Ottawa ont décidé de maintenir leurs activités.

C’est le cas de The Hemp Company, qui a décidé poursuivre la vente de cannabis dans ses succursales du chemin Merivale et de la rue Clarence. Elle les avait pourtant fermées, du moins en apparence, avant le jour de la légalisation, le 17 octobre.

Qui en a marre d'attendre sa commande? Nous sommes ouverts, a annoncé l'entreprise sur sa page Facebook samedi.

Capture d'écran d'une publication Facebook du magasin The Hemp Company qui stipule que ses deux succursales sont ouvertes. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

The Hemp Company a annoncé sur les réseaux sociaux que ses magasins sont ouverts.

Photo :  Facebook (capture d'écran)

Les propriétaires de The Hemp Company n'ont pas voulu nous accorder d'entrevue.

Par contre, Benoit-Claude Briand-Turpin, un activiste pour le cannabis qui œuvrait également dans un point de vente désormais fermé, n'est pas surpris par les problèmes de l'organisme gouvernemental ni par la décision des responsables de ces magasins.

On s’attendait à des résultats semblables de la part des producteurs légaux, remarque M. Briand-Turpin.

Un homme barbu répond aux questions d'une journaliste à la caméra. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Benoit-Claude Briand-Turpin travaillait dans un magasin de cannabis qui a fermé avant le 17 octobre.

Photo : Radio-Canada

Je comprends pourquoi ils décident de rouvrir [...] Est-ce que ça nuit? Je ne crois pas. Au contraire, ça montre qu’on est tenace.

Benoit-Claude BriandTurpin, activiste pour le cannabis

Certains consommateurs n’ont pas hésité non plus à retourner dans les magasins après que leur expérience avec le service de vente légal leur ait laissé un goût amer.

J’ai trouvé ça trop long, ça a pris du temps et ce n’est pas commode, explique Konelamine Kone, un client qui s’est procuré 1 g de cannabis chez The Hemp Company, dimanche.

Un homme répond aux questions d'une journaliste dans la rue. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Konelamine Kone a choisi d'aller au magasin de cannabis au lieu d'Acheter sur le site de l'OCS.

Photo : Radio-Canada

D’autres clients optent pour les magasins même s’ils auraient préféré profiter du système légal. Je n’étais pas capable de m’en acheter sur le site de l’OCS. Si j’avais pu, je l’aurais fait, mais je n’ai pas de carte de crédit. C’est ma seule option, avoue Jake Vanderzwaag, un autre client.

Un jeune homme répond aux questions d'une journaliste à la caméra devant un magasin de cannabis. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jake Vanderzwaag aurait aimé acheté du cannabis via le site web de l'OCS, mais il ne peut pas, faute de carte de crédit.

Photo : Radio-Canada

Une épée à double tranchant

Les autorités ont serré la vis aux vendeurs de cannabis ayant pignon sur rue à la veille de la légalisation à coup d’amendes sévères et de raids. La plupart des commerces ont fermé leurs portes, mais leurs connaissances auraient pu être utiles pour éviter certains problèmes, croit le professeur Eugene Oscapella, qui enseigne un cours sur la politique liée aux drogues à l’Université d’Ottawa.

Dans un certain sens, ce serait mieux de parler avec des gens qui ont vendu sur le marché illégal, parce que c’est eux qui ont les connaissances et l’expertise, estime M. Oscapella.

Un homme répond aux questions d'une journaliste sur le coin d'une rue en automne. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Selon Eugene Oscapella, les problèmes de la vente légale de cannabis étaient prévisibles.

Photo : Radio-Canada

Ces problèmes sont un peu comiques dans un certain sens. Il y a une demande qui est trop grande pour les entreprises légales.

Eugene Oscapella, professeur, Université d'Ottawa

La porte n’est toutefois pas complètement fermée pour les commerces. Le gouvernement ontarien commencera à offrir des permis pour l’ouverture de magasins légaux dans les prochains mois, mais les permis ne seront pas nécessairement distribués à tous.

Notre gouvernement a été très clair : quiconque exploite un commerce illégal après le 17 octobre ne pourra obtenir de permis pour l'ouverture d'un magasin privé autorisé en Ontario, souligne dans un courriel une porte-parole du bureau de la procureure générale, Caroline Mulroney.

Pour la député libérale d'Ottawa-Vanier, Nathalie Des Rosiers, le gouvernement de Doug Ford est en partie responsable du problème, puisqu'il a confié la vente de cannabis au secteur privé.

Ils doivent assumer une certaine part de responsabilité. En ayant changé beaucoup de règlements et beaucoup d'options, ils ont enlenvé le capacité d'être près, estime-t-elle.

Certains comptoirs ont décidé de fermer de leur plein gré avant le 17 octobre dans l’espoir de pouvoir obtenir un permis plus tard. C’est le cas de Cannabliss, où travaillait M. Turpin, et ce malgré la tentation de capitaliser sur les ratés de l’OCS et l’insatisfaction des consommateurs.

On voit la devanture du commerce et un camion stationné à côté du magasin.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un comptoir illégal de vente de cannabis à Ottawa

Photo : Radio-Canada / Lorian Bélanger

Je garde espoir qu’on va pouvoir rouvrir nos portes et revenir en tant que magasin légal [...] Pour l’instant, notre position reste la même et on attend la venue des magasins physiques en avril, explique l'activiste.

Pour le professeur Oscapella, même si l’objectif d’enrayer la vente illégale n’a pas été atteint, ce n’est qu’une question de temps avant de voir la disparition des comptoirs clandestins.

Éventuellement, on va obtenir une offre suffisante de cannabis sur le marché légal. Et ces dispensaires illégaux vont disparaître tranquillement, prévoit-il.

Avec les informations de Yasmine Mehdi

Ottawa-Gatineau

Drogues et stupéfiants