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Élections séparatistes en Ukraine : les chefs actuels largement en avance

Une femme portant un foulard sur la tête et un manteau noir dépose un bulletin de vote dans une boîte dans un bureau de scrutin en Ukraine.
Une femme vote lors d'élections dans l'est de l'Ukraine. Photo: Getty Images / Aleksey Filippov/AFP
Agence France-Presse

Les chefs séparatistes actuels ont été donnés vainqueurs selon les premiers résultats des élections organisées dimanche dans l'est prorusse de l'Ukraine, en dépit des critiques de Kiev et de l'Occident qui dénoncent ces votes comme illégitimes.

Tenus sous la surveillance des militaires armés de kalachnikovs et récompensés par des tickets de loterie ou coupons de recharge de portables, ces scrutins visaient à élire des présidents et députés pour les deux républiques populaires autoproclamées par les rebelles à Donetsk (DNR) et à Lougansk (LNR), qui échappent depuis quatre ans au contrôle de Kiev.

Sans surprise, les commissions électorales des deux territoires ont affirmé que les chefs par intérim actuels, Denis Pouchiline, un ex-négociateur avec Kiev de 37 ans, à Donetsk et Léonid Pasetchnik à Lougansk arrivaient largement en tête avec respectivement 57 % et 70 % des suffrages après le dépouillement de 27 % et 31 % des bulletins.

Ces scrutins renforcent la séparation des territoires rebelles du reste du pays et entendent légitimer leurs nouveaux dirigeants, alors que le processus de paix est au point mort et que des heurts alourdissent régulièrement le bilan de ce conflit estimé par l'ONU à plus de 10 000 morts.

« Nous avons montré au monde entier que nous pouvons non seulement faire la guerre, [...] mais aussi construire un État », a déclaré M. Pouchiline dans la soirée à un rassemblement.

Un homme en uniforme de combat surveille l'entrée d'un bureau de vote dans l'est de l'Ukraine.Les bureaux de vote sont sous la surveillance de militaires. Photo : Getty Images / Aleksey Filippov/AFP

Les bureaux de vote ont fermé à 19 h, heure locale. La participation a dépassé 80 % dans la république de Donetsk et 77 % dans celle de Lougansk, ont assuré leurs autorités respectives.

Près de nombreux bureaux de vote à Donetsk, des militaires cagoulés et armés de fusils d'assaut étaient postés dans la journée, a constaté l'AFP.

Condamnation occidentale

L'organisation de ces scrutins a déclenché de vives protestations de Kiev et des Occidentaux, qui y voient la main de Moscou et les jugent contraires aux accords de paix de Minsk.

« Elles sont organisées sous la menace des mitrailleuses russes, dans un territoire occupé » par la Russie, a lancé samedi soir le président ukrainien Petro Porochenko.

« Ces soi-disant élections nuisent à l'intégrité territoriale et à la souveraineté de l'Ukraine », ont dénoncé dimanche soir le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel, dans un communiqué commun.

Les deux dirigeants se sont entretenus à Paris avec le président ukrainien Petro Porochenko, en marge des cérémonies du centième anniversaire de l'Armistice de la Première Guerre mondiale, auxquelles le chef de l'État russe Vladimir Poutine a également participé.

« Au lieu de mettre en œuvre Minsk et de s'avancer vers la paix », la Russie « institutionnalise le statu quo par le biais d'élections truquées », a pour sa part dénoncé dimanche sur Twitter l'envoyé spécial de Washington pour l'Ukraine, Kurt Volker.

Bruxelles a condamné samedi des scrutins « illégaux et illégitimes ».

La Russie et l'Ukraine sont à couteaux tirés depuis l'arrivée au pouvoir à Kiev en 2014 de pro-occidentaux dans la foulée du soulèvement du Maïdan, suivie de l'annexion par Moscou de la péninsule ukrainienne de Crimée et du conflit avec les séparatistes dans l'Est.

Kiev et l'Occident accusent la Russie de soutenir militairement les séparatistes prorusses, ce qu'elle dément malgré de nombreuses preuves.

Les accords de paix de Minsk signés en février 2015 ont permis de réduire considérablement les affrontements, mais des flambées de violences continuent d'éclater périodiquement le long de la ligne de front, où quatre soldats ukrainiens ont été tués samedi.

Mainmise russe

Moscou assure que ces élections n'ont rien à voir avec le processus de Minsk et visent surtout à désigner des chefs pour ces territoires dirigés depuis des mois par des leaders par intérim.

Le prédécesseur de M. Pouchiline, l'ancien combattant Alexandre Zakhartchenko avait été tué en août dans un attentat.

A Lougansk, M. Pasetchnik, 48 ans, ex-responsable régional des services de sécurité ukrainiens, a remplacé Igor Plotnitski, destitué en novembre 2017.

Plusieurs candidats étaient en lice dans les deux républiques autoproclamées, mais personne ne doutait de la victoire des dirigeants actuels, qui ont tous deux promis de renforcer les liens avec Moscou.

« Ce serait bien qu'ont devienne partie intégrante de la Russie, comme la Crimée », a déclaré à l'AFP Lioudmila Charakhina, 60 ans, dans un bureau de vote mis en place dans une école en périphérie de Donetsk, près de la ligne de front.

« Il est essentiel pour nous que le nouveau président aspire à la paix », a espéré pour sa part Vladimir, un mineur de 52 ans dont l'immeuble a été ruiné par un bombardement.

Pour un autre Vladimir, courtier en douane, le vote « n'a aucun sens ». « On votera à ma place, et cette voix ira selon toute vraisemblance pour Pouchiline, car la Russie l'a déjà choisi », a dit cet homme de 36 ans.

Pour attirer les électeurs pour ce scrutin, les autorités donnaient à chaque personne ayant voté un billet de loterie et des étals installés devant les bureaux de vote offraient des produits alimentaires à des prix bas.

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