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10 films et séries féministes à ne pas manquer, selon Martine Delvaux

Elle sourit à la caméra.
Martine Delvaux, autrice et professeure au Département de littérature de l’Université du Québec à Montréal Photo: Radio-Canada / Hamza Abouelouafaa
Radio-Canada

En écrivant Thelma, Louise & moi, Martine Delvaux a dévoilé non seulement des pans de sa vie ainsi que sa passion pour un film, mais aussi son amour pour le cinéma et les séries.

Un texte de Cécile Gladel

Elle avoue en être une grande consommatrice, principalement ceux de langue anglaise. « J’ai fait mes études aux États-Unis et j’ai grandi en Ontario, ce qui fait que mon monde interne et culturel est très anglo-saxon. Il y a des films et des séries du côté québécois, mais je ne suis pas assez à jour. Il y a beaucoup de choses à nommer, mais c’est loin dans ma tête », reconnaît-elle.

Évidemment, tout ce qui sort sur nos grands et petits écrans est loin d’être à tendance féministe. « Il y a de tout, il faut discriminer. On continue de produire des films de filles, des films [genrés]... Il faut être critique, mais il y a quand même des percées. »

D’ailleurs, au moment de l’entrevue, l’autrice venait de terminer de regarder l’ultime saison de House of Cards, dévoilée la semaine dernière avec Robin Wright en vedette comme présidente des États-Unis. Martine Delvaux n’est pas vraiment convaincue de la chose. « C’est un peu doux-amer. La présidente forme un cabinet de femmes, mais tout ce qui se passe entre femmes, c’est la même dynamique glauque. On a inversé la vapeur, on a mis du féminin, mais c’est une inversion esthétique et comestique. Je ne trouve pas ça très intéressant. Ils ont continué dans la lignée de House of Cards : comment garder le pouvoir en commettant des meurtres et des mensonges... Même chose. Rien de tout ça n’est fait avec humanité, tout est dans la manipulation », résume-t-elle.

Voici 10 films et séries féministes qui sont incontournables aux yeux de Martine Delvaux.

La femme est debout dans un bureau proche du drapeau américain.Claire Underwood jouée par Robin Wright dans House of Cards Photo : Netflix

Pourquoi Martine Delvaux a choisi ces 10 séries et films?


La servante écarlate (The Handmaid's Tale), de Bruce Miller, d’après un roman de Margaret Atwood, avec Elisabeth Moss

« C’est une mise en garde, et c’est pour ça que c’est important. On a beaucoup critiqué la deuxième saison, car elle est très violente, mais il ne faut pas oublier que c’est une dystopie. La violence montrée y est dénoncée. Ce n’est pas complaisant. La série rappelle que ça peut arriver et qu’on a déjà un pied dans cette fiction – ou deux, même –, mais on ne s’en rend pas trop compte. [...] Il reste que la mise en péril du droit à l’avortement ou le droit à l’accès aux services de santé pour les femmes est un pas dans cette direction-là. La montée de la droite un peu partout est inquiétante pour les droits des femmes. »


The Fall, d'Allan Cubitt, avec Gillian Anderson et Jamie Dornan

Une série policière classique et importante pour Martine Delvaux. « C’est une sorte de reprise de l’archétype du détective. On n’a pas seulement inversé la vapeur, mais cette détective porte un discours féministe; elle le dit clairement. Elle dit qu’il faut faire attention à comment on traite les victimes, par exemple. Elle nomme toujours ce qui relève du sexisme et de la misogynie. C’est brillant. »


Top of the Lake, de Jane Campion et Gerard Lee, avec Elisabeth Moss, Peter Mullan, David Wenham et Holly Hunter

Une série policière dans le même style que The Fall, où l’empathie est au cœur de l’histoire, avec une détective qui a été victime d’un viol collectif lorsqu'elle était adolescente. Elle est tombée enceinte et a donné l’enfant en adoption. Cette policière vit le contrecoup de ce viol. « Ce que je trouve intéressant, c’est le relais : elle s’occupe des victimes. D’ailleurs, Jane Campion a fait un truc très manichéen : elle oppose de manière radicale un monde d’hommes à un monde de femmes. C’est très intelligent. »


Big Little Lies, réalisée par Jean-Marc Vallée, avec Reese Witherspoon, Shailene Woodley, Laura Dern et Nicole Kidman

Une série qui touche Martine Delvaux, car on y aborde la violence conjugale et sexuelle de manière frontale, à la fois avec beaucoup de violence, mais aussi avec nuance et complexité. « On rentre dans la dynamique de la violence conjugale, ce que je n’avais jamais vu dans une série grand public. On traite de la réelle difficulté de se sortir d’une telle relation. La solidarité entre femmes est aussi intéressante. »


Nathalie Granger, un film de Marguerite Duras, avec Jeanne Moreau et Lucia Bosé

Un film en noir et blanc que la réalisatrice a filmé dans sa maison en 1972. Il s’agit de l’un des premiers rôles de Gérard Depardieu. « Les femmes sont au cœur non seulement du film, mais de la maison et des gestes domestiques. C’est un hommage, pas mièvre, à la manière dont les femmes habitent les maisons. Ce film replace les femmes au centre, et ça ne se faisait pas beaucoup à l’époque. »


The Hours, réalisé par Stephen Daldry, sorti en 2002 (et adapté du roman homonyme de Michael Cunningham), avec Meryl Streep, Nicole Kidman et Julianne Moore

Ce film suit la vie de trois femmes, dont Virginia Woolf est la seule qu’on reconnaît. Une Virginia Woolf inspirée de Mrs Dalloway, un roman de l’écrivaine paru en 1925. « Il y a plein de renvois à Mrs Dalloway. C’est un film très littéraire qui parle de la difficulté d’être une femme et de devoir mener, à différents moments de l’histoire, une vie domestique. On voit une mère qui quitte sa famille – alors qu’on est dans les années 50 –, car elle a du mal à tolérer de devoir faire des gâteaux et de s’occuper de son fils. »


Carol, réalisé par Todd Haynes, avec Cate Blanchett et Rooney Mara

Ce film parle de l’amour entre deux femmes dans les années 50, à une époque où c’était encore tabou. Carol est une femme plus âgée que l’autre femme; elle est mariée, elle divorce et, pendant un moment, elle sacrifie sa relation avec sa fille. Son mari veut l’empêcher de la voir sous prétexte qu’elle est avec une femme. « Il y a quelque chose de très douloureux et de très délicat dans la manière dont c’est filmé. Il est rare qu’on parle de l’amour entre femmes dans un film grand public, même s'il est controversé. Certaines personnes n’ont pas aimé la manière dont le film a été tourné. »


Moonlight, de Barry Jenkins, avec Trevante Rhodes, André Holland, Janelle Monáe, Ashton Sanders, Jharrel Jerome, Naomie Harris et Mahershala Ali

Le film raconte l’apprentissage d’un jeune garçon noir de Miami qui évolue dans un milieu pauvre. « Le personnage de la mère du petit garçon est très intéressant et extrêmement bien joué. L’homosexualité dans le milieu noir est aussi abordée alors que c’est tabou. C’est magnifique. »


Hunting Ground et Invisible War, de Kirby Dick

Ce sont deux documentaires du même réalisateur. Hunting Ground raconte l’histoire des jeunes femmes qui ont mené la lutte aux États-Unis pour dénoncer les agressions sexuelles sur les campus scolaires. « Plusieurs avancées ont été réalisées grâce aux actions de ces jeunes femmes. » Invisible War dénonce de son côté les cas d’agressions sexuelles de militaires américaines.


Boys Don’t Cry, de Kimberly Peirce, avec Hilary Swank

« C’est un film plus vieux, qui concerne les transgenres, même si on ne le disait pas aussi clairement à l'époque. On suit l'histoire d'une jeune fille qui veut vivre comme un garçon et la violence que cette situation engendre. Ce film précurseur était important : il dénonçait la violence et l’homophobie. »

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