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George Lawrence Price, le dernier Canadien à mourir, 2 minutes avant l’Armistice

George Lawrence Price.

Le soldat Price est le dernier soldat du Canada à être tombé sous les balles de l'ennemi lors de la Première Guerre mondiale.

Photo : CBC

Radio-Canada

George Lawrence Price est décédé un lundi. C'était un jour de pluie et l'Armistice était à deux minutes d'entrer en vigueur. Il est le dernier Canadien à être tombé sous les balles de l'ennemi. Samedi, la gouverneure générale du Canada, Julie Payette, était en Belgique pour lui rendre un dernier hommage.

Être le dernier soldat canadien et du Commonwealth à mourir dans cette guerre l'a sorti de l'anonymat. Sa mort, le 11 novembre 1918, a fait de lui un symbole de la futilité de ce conflit qui a coûté la vie à environ 10 millions de militaires.

À titre de commandante en chef du Canada, la gouverneure générale Julie Payette a assisté à une cérémonie commémorative au cimetière militaire de Saint-Symphorien, ainsi qu'au dévoilement d’un monument à la mémoire de George Lawrence Price.

Le neveu du soldat néo-écossais, George Barkhouse, a également assisté à la cérémonie de commémoration avec sa petite-fille, Sylvia.

Julie Payette fait le salut militaire aux côtés d'un vétéran.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La gouverneure générale du Canada, Julie Payette a rendu un hommage au soldat Price en compagnie de George Barkhouse, le neveu de Price.

Photo : CBC

Fils d'Annie et de James Price, il a grandi dans ce qui est maintenant la ville de Port Williams, en Nouvelle-Écosse. Il a ensuite déménagé dans l’Ouest et a travaillé quelque temps pour le Canadien Pacifique à Moose Jaw, en Saskatchewan.

Il a fait la une des journaux après avoir volé de la vaisselle et du linge à sa propriétaire. La valeur de son larcin : 25 $, une somme énorme à l’époque.

Pour ce délit, il a écopé d’un mois de prison et a été obligé d’effectuer des travaux d’intérêt général.

C’est après qu’il a rejoint l’armée. En tant que soldat du 28e bataillon du Nord-Ouest, George Lawrence Price a pris part aux efforts canadiens qui ont conduit à la fin de la guerre, selon Tim Cook, auteur et historien au Musée canadien de la guerre.

« Il a servi tout au long de la campagne des 100 jours », a-t-il déclaré, faisant référence à une série de batailles canadiennes qui ont causé de lourdes pertes.

Selon son dossier personnel, George Lawrence Price aurait également été hospitalisé pendant un mois après une attaque au gaz en France.

Les soldats canadiens qui ont tenu le coup jusqu’aux dernières heures de la guerre étaient « épuisés », raconte M. Cook.

Ils avaient vu leurs camarades, leurs meilleurs amis se faire tuer. Ils les avaient enterrés.

Tim Cook, auteur et historien au Musée canadien de la guerre

Correspondance

Comme beaucoup d’autres, George Lawrence Price était un soldat recruté à 24 ans, sans femme ni enfants.

Il écrivait souvent à sa famille et envoyait des cartes postales pleines d'espoir à sa petite sœur Florence.

Une lettre signée du soldat. On voit aussi le tampon « Passed by censor ».Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le soldat entretenait une correspondance avec ses parents restés en Nouvelle-Écosse.

Photo : CBC

« Juste un petit mot pour que vous sachiez que je pense toujours à vous. Je te reverrai un jour », écrivait-il.

Dans ses lettres à sa mère, George Lawrence Price mentionnait aussi qu'il était un combattant récalcitrant.

« Il ne voulait tirer sur personne », a déclaré George Barkhouse, son neveu portant le même prénom, qui a eu 90 ans le mois dernier.

Mission de dernière minute

Le lundi 11 novembre, tôt le matin, les Canadiens venaient de s'emparer du village belge de Havré, à la périphérie de Mons, récemment libérée. La ville située au sud de Bruxelles se souvient encore des Canadiens et de George Lawrence Price pour leurs sacrifices.

À 6 h 30, le Corps canadien a été officiellement informé que les combats cesseraient ce jour-là. L’armistice devait être signé à 11 h.

La plupart des unités auraient reçu la nouvelle par télégramme avant 9 h 30, a déclaré Cook.

Ils avaient environ deux heures pour savoir que la guerre serait finie. Et la plupart des officiers ont simplement dit aux soldats : "Trouvez un trou dans le sol et restez là. Ne vous exposez pas, ne mettez pas votre vie en danger".

Tim Cook, auteur et historien au Musée canadien de la guerre

« Ils ont compris que c'était la fin d'une guerre très longue et coûteuse. Et pourtant, pour une raison inconnue, le soldat George Lawrence Price dirigeait une petite patrouille à l'est de Mons », poursuit-il.

Selon un compte rendu du soldat Art Goodmurphy, George Lawrence Price a suggéré de passer au peigne fin des bâtiments situés en face d'un étroit canal à Ville-sur-Haines, à environ 10 km de Mons, afin de rechercher des soldats allemands.

Une autre version des faits raconte que le soldat néo-écossais avait traversé le pont pour saluer une jeune femme qui lui avait fait signe.

Cinq soldats ont ainsi franchi le petit pont et sont entrés dans une maison. À l'intérieur se trouvaient des mitrailleurs allemands.

Pour eux aussi, la guerre n'était pas encore terminée.

Alors que les Canadiens tentaient de revenir sur leurs pas, le soldat Price a été abattu par un tireur d’élite. Sous son uniforme, il portait une délicate fleur tricotée par sa fiancée.

Un cadre avec un dessin de la feuille d'érable et la fleur tricotée de sa fiancée. Un petit texte lui rend aussi hommage.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Sous son uniforme, il portait une délicate fleur tricotée par sa fiancée.

Photo : CBC

Divers comptes rendus mentionnent une jeune femme qui a couru pour tenter de l'aider, mais c’était trop tard. Tout est allé très vite.

« La guerre est finie! »

Le soldat Goodmurphy a signalé la mort à son major. « La guerre est finie! La guerre est finie! Pourquoi diable est-il allé là-bas? », a dit le major.

Selon M. Goodmurphy, le soldat Price n'a jamais su qu'un armistice était imminent. « Il faisait juste son travail », dit-il.

Un rapport intitulé Tué au combat a été publié après l'enregistrement de la mort de George Lawrence Price, trois minutes avant la signature de l'armistice.

Une tombe gravée avec la feuille d'érable et le nom du soldat Price.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La tombe sur soldat Price au cimetière militaire de St. Symphorien.

Photo : CBC

Selon d’autres témoignages, y compris l’inscription sur son ancienne pierre tombale – maintenant conservée dans un musée de Mons –, c’était juste deux minutes avant : à 10 h 58.

De l'autre côté de l'océan, la joie a été de courte durée pour la famille de Price. Elle avait pourtant rejoint de nombreuses personnes ce matin-là, lors d’un rassemblement au parc du voisinage pour célébrer la victoire de la Triple-Entente.

Enterré aux côtés de soldats ennemis

Price fut finalement enterré au cimetière militaire de Saint-Symphorien, qui sert également de lieu de repos à plusieurs soldats allemands.

Lors d'un voyage en Belgique en 2014, le neveu du soldat a également hérité d'un cadeau inattendu : la fleur tricotée portée par Price le jour de son décès. Elle est encore souillée par le sang du soldat.

La fleur lui a été offerte par une famille belge qui l’a encadrée en ajoutant ces mots : « Aujourd'hui, le 11 novembre 1918, au moment exact où la paix a été signée, vous êtes tombé pour nous. Dernière victime d'un terrible conflit. Merci George Price! »

Avec des informations de Nahlah Ayed de CBC

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