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Cent ans après, comment enseigner l’histoire d’une guerre?

Dans une classe, une adolescente aux cheveux bruns mi-longs tient une feuille sur laquelle figure le dessin d'une infirmière de l'époque, annoté du texte suivant : Tiva K portrays Nursing Sister Margaret Lowe, of Biscarth, Manitoba, killed 100 years ago.

Cette élève de l'école secondaire Kelvin, à Winnipeg, a participé à la lecture publique organisée par son école et tient, entre ses mains, le portrait d'une infirmière manitobaine tuée il y a 100 ans.

Photo : Radio-Canada / Megan Goddard

Radio-Canada

Intéresser les jeunes à un conflit de plus de 100 ans peut sembler ardu. En 2018, l'importance du devoir de mémoire est soulignée par des professeurs de Winnipeg qui trouvent des façons originales de sensibiliser leurs élèves à la Première Guerre mondiale.

Un texte de Mathilde Monteyne

« C’est loin pour eux [les élèves du secondaire] et c’est loin dans les mémoires de la famille aussi puisqu’il n’y a quasiment plus personne qui peut témoigner de cette époque », remarque Éric Limpalaër, passionné d’histoire et futur enseignant.

D’après lui, pour intéresser les élèves, il faut jouer sur l’expérience et personnaliser le sujet dans la mesure où l’histoire, c’est aussi de l’émotion. « L’absence d’un père, d’un frère, d’un fils, c’est quelque chose qui va les toucher », affirme-t-il.

Pour intéresser les jeunes générations, il estime qu’il faut établir des liens avec le monde dans lequel ils vivent.

« Ouvrir un livre et leur demander de lire, cela ne va pas fonctionner. Ce qui va mieux fonctionner, c’est leur demander de faire leurs propres recherches, et aussi d’ancrer cela dans leur quartier, dans leur vie personnelle », précise-t-il.

Alignés, deux adolescentes et cinq adolescents lisent des feuilles dans des cahiers.

Les élèves de l'école secondaire Kelvin, à Winnipeg, répètent pour leur lecture de lettres de soldats de la Première Guerre mondiale qui avait lieu jeudi soir.

Photo : Radio-Canada / Megan Goddard

C’est la démarche qui caractérise une initiative lancée à l’école secondaire Kelvin, à Winnipeg.

Jeudi, les élèves ont lu publiquement des lettres de soldats manitobains partis au front, dont certains étaient diplômés de leur école. C'est une manière, pour eux, de s’approprier un sujet vaste, mais essentiel dans la formation des jeunes, selon Éric Limpalaër.

Photo d'une lettre écrite à la main sur du papier blanc.

Lettre d'un soldat manitobain écrite à son père, lue par les élèves de l'école secondaire Kelvin.

Photo : Radio-Canada / Megan Goddard

Il rappelle que la Première Guerre mondiale a mis à rude épreuve les principes démocratiques.

Le jour du Souvenir, « c’est donc l’occasion de réfléchir sur les manières dont elle peut être menacée, mais aussi défendue », affirme-t-il en rappelant que les Canadiens d’alors se sont battus pour des idéaux « qui sont toujours les nôtres aujourd’hui ».

À voir : l'entrevue d'Éric Limpalaër

Comment enseigner l'histoire de la guerre? - Une entrevue de Samuel Rancourt

Pas de société sans mémoire

L’histoire permet d’instruire, mais aussi d’éduquer, selon M. Limpalaër qui affirme qu’« il faut aller plus loin pour la société, par devoir de mémoire ».

C’est aussi l’avis de Patrick Noël, un professeur adjoint d’histoire à l’Université de Saint-Boniface, qui souligne l’importance de la discipline historique dans la formation scolaire, dans la mesure où elle possède aussi une fonction sociale. « Au-delà de produire des connaissances, l’histoire sert aussi à les diffuser », explique-t-il.

Une société qui oublie, c’est déjà une société qui n’est plus.

Patrick Noël, professeur adjoint d’histoire à l’Université de Saint-Boniface

Pour ce faire, ce professeur pense qu’il s’agit moins de « raconter les exploits liés à cet événement » que d’amener à une réflexion critique.

« Pourquoi cet événement a eu lieu? Pourquoi ce conflit a-t-il duré aussi longtemps? C’est une question de compréhension plus fine des sociétés humaines », explique-t-il.

Doutant qu’il y ait des leçons pratiques à tirer de cet événement, il ajoute néanmoins que « si l’histoire de la Première Guerre mondiale peut nous apprendre quelque chose - je dis bien si elle peut nous apprendre quelque chose - c’est de nous mettre en garde contre les tentations d’un nationalisme passionnel » parce qu’elle en a été l’exemple.

Manitoba

Éducation