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Les restaurants Stella’s plongés dans une tempête publique

la devanture d'un restaurant sur laquelle on voit l'enseigne Stella's café.

La chaîne de restaurants Stella's est établie à Winnipeg.

Photo : Radio-Canada / Ron Boileau

Radio-Canada

La chaîne de restaurant Stella's à Winnipeg est sous le feu des critiques depuis jeudi soir. Des dizaines d'employés dénoncent sur les réseaux sociaux plusieurs comportements inappropriés au travail, dont du harcèlement.

Plus de 150 messages ont été publiés sur le compte Instagram #NOTMYSTELLAS créé jeudi soir.

Harcèlement moral et sexuel, violence physique et verbale... l'étendue des allégations à l’égard de la chaîne de restaurants est large.

Tous les messages sont anonymes, mais selon un communiqué émanant des personnes gérant le compte Instagram, ces messages proviennent d’employés anciens et actuels de la chaîne.

Certains racontent avoir vécu un calvaire pendant lequel ils n'avaient pas le droit de prendre des pauses pendant leur quart de travail, d'autres dénoncent des discriminations envers les femmes, les transgenres et les personnes non binaires, ou encore des remarques racistes.

Une ancienne employée raconte qu'à 16 ans, sa jupe a été mesurée par rapport à la hauteur de son genou parce que le gestionnaire la trouvait trop courte.

D'autres racontent s'être senti rabaissés.

Le compte Instagram a rapidement gagné des abonnés. Environ 6000 personnes le suivent.

Dans leur communiqué, les responsables du compte affirment l'avoir créé pour partager leurs expériences et offrir du soutien moral. Ils demandent des changements dans la gestion pour améliorer les conditions, et exigent que les employés actuels ne fassent l'objet d'aucunes représailles.

La réaction de Stella’s

Dans un communiqué, Stella’s, qui compte 500 employés au Manitoba, a déclaré qu'elle était « déterminée à créer un environnement positif pour tous les membres de la famille de Stella's en faisant tout notre possible pour que tout le monde soit traité avec dignité et respect ».

« Le harcèlement, qu'il soit sexuel, physique, psychologique ou autre, n'est pas et ne sera pas toléré », affirme le restaurateur, qui précise avoir recours à une firme de ressources humaines, People First, pour revoir ses politiques et procédures en matière de sécurité au travail.

Stella's s'engage à améliorer la formation des gestionnaires afin qu'ils sachent mieux gérer les plaintes de harcèlement. L'entreprise annonce aussi la création d'une ligne téléphonique pour les lanceurs d'alertes, qui sera accessible aux employés. Elle entend aussi revoir ses politiques internes et mettre en place des procédures concernant le harcèlement et la sécurité.

Le vice-président de la chaîne de restaurants, Grant Anderson, a déclaré à CBC que les allégations feraient l’objet d’une « enquête » par une tierce partie. Le communiqué fait seulement état d’une « revue ».

Grant Anderson déclare ignorer si des plaintes ont été déposées contre Stella’s à la Commission du travail du Manitoba ou la Commission des droits de la personne.

La Commission du travail du Manitoba (CTM) indique avoir reçu une plainte en septembre, qui a par la suite été retirée, si bien que la Commission n’a pas eu à rendre de décision. La CTM confirme n’avoir reçu aucune autre plainte dans le passé concernant Stella's, et dit ne pas enquêter présentement sur des plaintes concernant Stella's.

De son côté, la Commission des droits de la personne ne peut ni confirmer ni infirmer qu’une plainte a été logée, sauf si elle détermine que la question doit faire l’objet d’audiences publiques.

Le recours aux médias sociaux

Spécialiste en stratégie sur les réseaux sociaux, Susie Erjavec Parker a vu de nombreux cas où les commentaires sur les médias sociaux étaient anonymes. Les gens ne s’identifient pas, par peur des réactions, dit-elle. Mais ce que nous avons dans ce cas-ci témoigne de l’importance des événements aux yeux des auteurs des messages, pense cependant la spécialiste.

Une femme en gros plan, à l'extérieur, l'hiver. Elle est sérieuse.

Susie Erjavec Parker est une spécialiste en stratégies sur les médias sociaux.

Photo : Radio-Canada / Ron Boileau

« Le scénario de dénonciation auquel on assiste ici témoigne du fait que les employés ont atteint un point de non retour, qu’ils ont besoin de reconnaissance face à ce qui leur est arrivé. Ils se rendent compte, dans ce mouvement, que leur cas n’est pas isolé, qu’il y a un schéma comportemental dans cet environnement de travail. »

Le choix du médium n’est pas anodin. De très nombreux commentaires ont été faits sur Instagram, un média social prisé des plus jeunes, alors qu’on en voit peu sur Facebook et que la page Facebook de l’employeur n’a pas été affectée, relève-t-elle.

« Les jeunes deviennent plus conscients de leurs droits, comprennent mieux ce qui est acceptable ou intolérable. S’ils ont eu recours aux voies normales pour se plaindre, par exemple en s’adressant aux ressources humaines, et qu’ils n’ont pas été écoutés, ils décident qu’ils doivent parler pour faire en sorte que ça n’arrive pas à d’autres personnes », explique-t-elle.

Mais il faut comprendre les risques inhérents à communiquer publiquement des allégations, prévient-elle. « Il faut comprendre qu’il y a des risques, des conséquences juridiques possibles. Il faut faire ses devoirs : parler au département des ressources humaines, documenter les incidents, quand ils se sont produits et où, et peut-être parler à un avocat avant de rendre l’information publique. »

La spécialiste estime en même temps que cette prise de parole collective par le biais des médias sociaux peut avoir un réel impact. « Je pense que ça peut réveiller l’industrie de la restauration, pour qu’il y ait plus de place pour les employés, pour leur participation, et pour que l’environnement de travail soit plus sain et plus positif dans ce milieu », espère-t-elle.

Avec des informations de Thibault Jourdan et Holly Caruk de CBC

Manitoba

Relations de travail