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  • Exclusif
  • Roundup : Santé Canada revoit des centaines d'études après des « révélations troublantes »

    La multinationale Monsanto fabrique notamment l'herbicide Roundup.

    Photo : Reuters / Benoit Tessier

    Radio-Canada

    Dans un revirement inattendu, Santé Canada a entrepris une nouvelle analyse des études qui ont justifié l'approbation du glyphosate, l'ingrédient actif du Roundup de Monsanto, l'herbicide le plus vendu au Canada.

    Un texte de Sylvie Fournier d'Enquête

    Cette décision du ministère fédéral semble motivée par des révélations émanant d’un procès contre le fabricant aux États-Unis. Une coalition de groupes environnementaux affirme avoir trouvé, dans des documents produits en cour, la preuve que Santé Canada s’est fié à des études qui auraient été manipulées par Monsanto.

    En août dernier, un verdict historique a conclu qu’il y avait un lien entre le cancer d’un Américain et deux herbicides à base de glyphosate fabriqués par le géant de l’industrie agrochimique Monsanto, le Roundup et le Ranger Pro.

    Des courriels et des rapports internes de la compagnie révèlent que des études présentées comme étant indépendantes auraient en fait été orientées et révisées par le fabricant.

    Monsanto aurait fait en sorte que ces études « arrivent aux conclusions qui font son affaire », explique Sydney Ribaux d'Équiterre, qui souligne que Santé Canada a utilisé ces études pour évaluer les risques du glyphosate sur la santé.

    Le danger pour la santé humaine, notamment le danger cancérigène, a été mal évalué.

    Sidney Ribaux, d'Équiterre

    Le Canada a renouvelé l’autorisation du glyphosate en 2015 pour une période de 15 ans et a confirmé sa décision l’année dernière, en dépit d’un avis du Comité international de recherche sur le cancer de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui a classé le glyphosate comme un cancérigène probable.

    La coalition de groupes environnementaux a interpellé la ministre fédérale de la Santé, Ginette Petitpas Taylor, lui demandant de revoir le processus.

    Dans un courriel qu’il a fait parvenir à Enquête, son porte-parole Thierry Bélair reconnaît que ces informations sont « troublantes ». « C’est la raison pour laquelle des scientifiques de Santé Canada mènent actuellement une nouvelle analyse des centaines d’études sur le sujet », écrit-il.

    La ministre ne ferme pas la porte à une révision par des experts indépendants éventuellement, si cela s’avère « justifié » et le produit reste vraisemblablement sur le marché, en attendant.

    Une décision qui laisse sceptique

    La décision est loin de satisfaire Équiterre. « Elle ne répond d'aucune façon à nos demandes et ne calme pas nos inquiétudes », dit le directeur général de l'organisme, Sidney Ribaux. Il dénonce le « vice de procédure » qui a mené Santé Canada à octroyer un permis pour vendre un « produit dangereux » sur la base de ces études.

    Équiterre déplore que la ministre n'agisse pas immédiatement pour enclencher un processus de révision totalement indépendant comme la loi lui en donne le pouvoir.

    Vous avez des informations à nous transmettre sur ce dossier? Contactez notre journaliste : sylvie.fournier@radio-canada.ca

    « Je ne veux pas mourir pour rien »

    Dans une entrevue exclusive accordée à Enquête, l’Américain qui a tenu tête à Monsanto, Dewayne « Lee » Johnson, dit justement espérer que le verdict mène à plus de recherche.

    Dewayne Johnson

    Dewayne Johnson, en juillet 2018, lors du procès mettant en cause Monsanto.

    Photo : Reuters

    M. Johnson était responsable de l’entretien des terrains d’une commission scolaire en Californie lorsqu’il a été exposé au Roundup ainsi qu’à un autre produit semblable, le Ranger Pro, fabriqués par Monsanto. Il ignorait que les produits qu’il vaporisait étaient dangereux.

    On m’a même dit que je pouvais en boire, mais de ne pas le faire.

    Dewayne « Lee » Johnson

    Malgré le port d’équipement de protection, il a été aspergé à deux reprises lorsque son équipement a fait défaut.

    Dans un premier temps, le jury a établi un lien entre son cancer, un lymphome non hodgkinien très sévère, et ces herbicides.

    « C’est le pesticide le plus utilisé au monde, rappelle Sydney Ribaux, d’Equiterre. Il est abondamment utilisé au Canada dans les cultures de maïs, de soya, de blé et de canola. »

    Le jury a aussi condamné Monsanto à des dommages punitifs pour avoir négligé pendant des années de prévenir la population que son produit était dangereux. Au total, la victime s’est vu accorder plus de 78 millions de dollars américains.

    Mais la bataille est loin d’être finie. Monsanto, qui appartient depuis peu à la multinationale Bayer, a fait appel du verdict. Elle fait aussi face à plus de 8000 procès en attente aux États-Unis.

    L’entreprise maintient que la recherche est fiable et que son produit n’est pas dangereux. Dans un communiqué à l’intention de Radio-Canada, Bayer dit n’avoir « en aucune façon tenté d’influer sur les résultats des études scientifiques ».

    « C’est leur mantra », se désole Lee Johnson. Refusant de commenter davantage les allégations faites au cours du procès sur la manipulation de la recherche par le fabricant, le père de famille de 46 ans, condamné par la maladie, dit trouver une certaine consolation dans le fait que son cas puisse être utile.

    « J’étais là pour défendre la vérité », dit-il simplement. « Je n’ai pas peur de mourir, mais si je dois mourir, ce sera pour une bonne cause. »

    Société