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Quand des femmes préfèrent les méthodes naturelles à la contraception hormonale

Andréanne Thibeault montre comment prendre sa température avec son moniteur de fertilité, le Lady Comp. L'appareil est tout petit et tient dans une main. Une languette se déplie, qu'on met dans sa bouche, sous la langue. Puis à l'écran, l'appareil indique la période de fertilité qu'elle traverse.
Andréanne Thibeault montre comment prendre sa température avec son moniteur de fertilité, le Lady Comp. Photo: Radio-Canada

Si la pilule contraceptive est de plus en plus boudée en France, ce n'est pas le cas au Canada ni au Québec. Néanmoins, l'intérêt pour des méthodes de contraception naturelles se fait sentir auprès des femmes et les raisons derrière ce changement de cap sont nombreuses.

Un texte de Christine Bureau

À Seréna Québec, organisme spécialisé en fertilité naturelle, le nombre de personnes participant aux ateliers a grimpé de 223 % de 2016 à 2017. En 2018, on prévoit dépasser le nombre de 2017, soutient Émilie Charron, agente de communications pour l'organisme.

Les ateliers, qu'ils visent la contraception ou la conception naturelle, se penchent sur l'apprentissage de la méthode symptothermique, basée sur l’observation quotidienne de la glaire cervicale et du col de l’utérus ainsi que la prise de température matinale. Ça, ça permet de savoir quand est-ce que le corps produit l’oestrogène qui va mener à l’ovulation et quand est-ce que l’ovulation a eu lieu, précise Mme Charron.

Les raisons invoquées par les participantes pour passer à cette méthode sont multiples : renouer avec son corps, se débarrasser des effets secondaires des hormones, partager la charge contraceptive avec le conjoint, protéger l'environnement, épargner, ne plus devoir composer avec la difficulté de trouver un médecin.

Souvent, c’est des jeunes femmes qui ont été mises sur la pilule très tôt, quasiment toute leur vie reproductive, et à un moment donné, elles ont un intérêt à réapprendre leur corps.

Émilie Charron, agente de communications pour Seréna Québec

Même les professionnels de la santé font appel aux services de l'organisme, qui planche notamment sur une formation destinée aux travailleurs d'un CLSC de Montréal. Ne vous lancez pas seule non plus, prévient d'ailleurs Émilie Charron. Ça demande des connaissances, de l’accompagnement.

La pilule encore populaire

Au Québec, la contraception hormonale reste néanmoins le moyen privilégié par les femmes de 17 à 29 ans, selon l’étude PIXEL publiée en 2017 par l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Sept femmes sexuellement actives sur dix l’utilisent. Le condom vient en deuxième, suivi du coït interrompu, qui est une méthode assez peu efficace, prévient la Dre Édith Guilbert, médecin-conseil à l’INSPQ.

On parle d’un pourcentage d’efficacité aux alentours de 85 %, précise-t-elle. Bien que naturel, le coït interrompu est à ce titre aussi efficace que les spermicides, le condom féminin ou encore les moniteurs de fertilité, dont le taux d’échec est estimé à 20 %.

Pourtant, Andréanne Thibeault, 23 ans, ne jure que par son modèle de moniteur, le Lady Comp, acheté sur Internet. En 2014, elle a même fait une vidéo YouTube pour en parler.

Le Lady Comp est un moniteur de fertilité. Il se tient dans une main. Il faut prendre sa température tous les matins à la même heure. Puis, une flèche pointe vers le vert, le jaune ou le rouge, selon la période de fertilité. Le Lady Comp est un moniteur de fertilité. Il se tient dans une main. Il faut prendre sa température tous les matins à la même heure. Puis, une flèche pointe vers le vert, le jaune ou le rouge, selon la période de fertilité. Photo : Radio-Canada

C’est une méthode qui est beaucoup plus connue en France et en Angleterre et, en fait, au Québec, je ne trouvais absolument rien. Moi, je me suis dit : "J’y vais, je ne perds rien", raconte-t-elle.

Depuis, sa vidéo a été vue près de 40 000 fois. Ça fait quatre ans que j’ai fait ma première vidéo et il y a encore des gens qui me posent des questions, s’étonne-t-elle.

Rigueur exigée

Le fonctionnement de son moniteur est somme toute assez simple, mais demande de la discipline. La température doit être prise tous les matins à la même heure. Andréanne l’utilise comme réveille-matin.

Si un matin je me suis levée deux heures de plus que le réveil que j’ai d’habitude, je ne peux pas prendre ma température, souligne-t-elle. Puis, l’appareil pointe vers une couleur : rouge si elle est en période d’ovulation, orange si elle se trouve dans une période de fertilité et vert si elle est dans une période d’infertilité.

Si le moteur de fertilité est utilisé comme moyen de contraception, il faut soit s’abstenir lorsque la couleur est orange ou rouge, soit utiliser un autre moyen de contraception, comme le condom.

Ce type de méthode, ce n’est pas pour n’importe quelle femme. C’est bien pour les femmes qui sont prêtes à contrôler leur température basale chaque jour et qui sont éventuellement capables d’utiliser une méthode peut-être d’appoint, atteste la Dre Guilbert.

Santé Canada et le Lady Comp

Le Lady Comp, produit d’un fabricant européen, n’est pas homologué par Santé Canada. Pour être distribué au Canada, il devrait être homologué comme instrument médical de classe II, ce qui n’est toujours pas le cas. Aucune demande n’a d’ailleurs été faite en ce sens. Santé Canada ajoute que « cette situation ne devrait pas présenter de risque pour la santé de la population canadienne ».

En harmonie avec son corps

Durant les années 1990, une étude avait d’ailleurs été menée au Québec sur un autre moniteur de fertilité que le Lady Comp, combiné à l’utilisation du condom. Si son taux d’efficacité avait été de 90 %, près du tiers des femmes avaient abandonné l’étude avant la fin.

On peut se poser des questions sur la capacité des femmes d’utiliser une méthode comme celle-là de façon continue, prévient la Dre Gilbert.

Andréanne Thibault a opté pour un moyen de contraception naturel, un moniteur de fertilité importé d'Europe. On la voit ici chez elle, sur son divan, en entrevue. Andréanne Thibault a opté pour un moyen de contraception naturel, un moniteur de fertilité importé d'Europe. Photo : Radio-Canada

Andréanne admet qu’il faut avoir de la rigueur. Mais c’est tellement de revenir à la base, lance-t-elle du même souffle. Dans son cas, c’est cette idée de se réapproprier son corps qui lui a fait abandonner la pilule contraceptive, il y a quatre ans.

La pilule contraceptive nous robotise, si je peux dire ça. Je n’avais pas conscience de mon cycle menstruel. Il y a des journées où on est un peu plus créatives, d’autres journées où on est un peu plus marabouts… On dirait que j’étais tout le temps sur le neutre avec la pilule contraceptive, explique-t-elle, convaincue qu’elle n’est pas la seule dans sa situation. C’est ce que les femmes me disent en général. J’ai des effets indésirables… Elles sont prises à dire : “Je ne sais pas quoi faire”, avance-t-elle.

Et plus jeune, elle aurait aimé que cette option lui soit présentée.

Je me prends en exemple. À 15 ans, j’ai eu mon premier partenaire. C‘était mon chum, on était stables, mais tout de suite, c’était OK, c’est la pilule contraceptive!

Andréanne Thibeault
Édith Guilbert, médecin-conseil à l'Institut national de santé publique du Québec, en entrevue Édith Guilbert, médecin-conseil à l'Institut national de santé publique du Québec Photo : Radio-Canada

La Dre Guilbert soutient que c’est l’efficacité des méthodes de contraception hormonales qui pousse les médecins à les prescrire.

En fait, quand on rencontre des femmes pour une demande de contraception, la première chose qu’elles veulent avoir, c’est de l’efficacité et une efficacité extrêmement élevée, dit-elle, tout en ajoutant que la décision revient aux patientes.

Je pense qu’un counselling contraceptif qui est bien fait explique les différentes méthodes de contraception qui sont disponibles, explique aussi les taux d’efficacité.

La Dre Édith Guilbert, médecin-conseil à l'INSPQ

Tendances à long terme

Si la pilule contraceptive ne semble pas subir d’essoufflement, il faudrait refaire régulièrement une étude comme celle publiée en 2017 par l’INSPQ pour mesurer la tendance à long terme.

On est au courant du fait qu’en France il y a une réduction de l’utilisation des contraceptifs hormonaux combinés. En Amérique du Nord, on ne voit pas ça pour l’instant, mais on manque de données de façon longitudinale pour vraiment vous donner l’heure juste à ce sujet, note la Dre Guilbert.

Pour la dernière étude PIXEL, la collecte d’informations s’est faite en 2013-2014 auprès de 3400 jeunes âgées de 17 à 29 ans.

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