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Quel héritage reste-t-il des Jeux olympiques de Vancouver?

Le reportage de Laurence Martin

Dépassements de coûts, installations laissées à l'abandon : le rêve olympique peut vite devenir un cauchemar financier pour la ville hôtesse. À Vancouver, pourtant, huit ans après les Jeux de 2010, les retombées se font encore sentir de façon positive. Matière à réflexion pour Calgary à la veille du référendum sur l'accueil des JO de 2026.

Un texte de Laurence Martin

À l’Anneau olympique de Richmond, au sud de Vancouver, les joueurs de basketball côtoient aussi bien les amateurs de ping-pong que les fans d’escalade.

Au total, environ 50 sports sont pratiqués dans cet immense gymnase construit pour les JO de 2010. Durant les Jeux, le site avait servi pour les compétitions de patinage de vitesse.

Depuis, la glace a été enlevée et l’Anneau, qui appartient maintenant à la Ville, a été transformé en complexe multisports. Des milliers de résidents de Richmond viennent régulièrement s’y entraîner.

Une femme adulte avec deux jeunes garçons qui jouent au soccer. Des jeunes joueurs de soccer à l'intérieur de l'Anneau olympique de Richmond. Le site a été transformé après les JO pour qu'il soit adapté aux besoins de la communauté. Photo : Gracieuseté Richmond Olympic Oval

« C’est ce que nous avions planifié dès le départ », explique l’ancien directeur du comité organisateur des Jeux de Vancouver, John Furlong.

Quand on a construit des infrastructures pour les Jeux, on a d’abord pensé à comment on allait les utiliser après les JO. Ensuite, on s’est demandé : “Comment est-ce qu’on met les Olympiques là-dedans?

John Furlong, ancien directeur du comité organisateur des Jeux de Vancouver

Au total, sept installations sportives ont été construites, cinq autres ont été rénovées. Et à l’exception du site de saut à ski, à Whistler — un sport qui n’est pas très populaire au Canada — la plupart des infrastructures sont largement utilisées par les résidents de la grande région de Vancouver.

On est donc loin du parc olympique laissé à l’abandon à Sotchi, en Russie.

Les coûts

Un skieur qui saute à Whistler. Le site de saut à ski à Whistler. Photo : Reuters / AI Project

Évidemment, quand on parle de Jeux olympiques, les histoires de dépassement de coûts abondent.

À Vancouver, les organisateurs affirment qu’ils ont respecté leur budget même si certains analystes estiment que les JO ont coûté 13 % de plus que ce qui était prévu au départ.

Quoi qu’il en soit, si dépassement de coût il y a eu, c’est beaucoup moins que ce qu’on a vu dans d’autres villes. À Montréal, en 1976, c’était 720 %!

Le budget total des Jeux de Vancouver était aussi parmi les plus bas des dernières années.

La facture de plus de 7 milliards de dollars à Vancouver comprend plusieurs gros projets d’infrastructures « non sportives », comme la réfection de l’autoroute vers Whistler ou le Skytrain qui relie l’aéroport au centre-ville. Plus de 100 000 personnes utilisent, chaque jour, la ligne de transport en commun.

Sans ces projets, on arrive à un coût total pour les Jeux autour de 3 milliards de dollars.

Fait à noter intéressant : la sécurité avait coûté environ 900 millions de dollars à Vancouver, alors que Calgary a prévu dans son budget seulement 495 millions de dollars.

Pas de retombées touristiques majeures

Des touristes dans un engin de bobsleigh. Des touristes essaient un engin de bobsleigh, juste avant les Jeux de Vancouver, en 2010. Le nombre de visiteurs n'a pas bondi, juste après les JO. Photo : Reuters / Pawel Kopczynski

Là où l'impact des Jeux de Vancouver a été plus faible que certains le prévoyaient, c'est sur les retombées touristiques à long terme.

Il n'y a pas eu de bond spectaculaire de visiteurs à Vancouver, juste après les Olympiques. Le nombre de touristes qui ont séjourné dans la ville a même baissé légèrement après 2010.

Il faut dire que Vancouver jouissait déjà, avant 2010, d’une très bonne réputation à l'international. Et puis, au moment des Jeux, le monde vivait encore les contrecoups de la crise économique de 2008, ce qui a peut-être pu freiner les activités touristiques.

Construire les infrastructures sans les Jeux?

Si on dit que le plus grand legs des Jeux de Vancouver, ce sont toutes ces infrastructures laissées à la communauté, une question demeure : est-ce qu’on aurait pu construire toutes ces installations, mais sans organiser les JO et sans payer pour les frais de sécurité, d’opérations, de billetterie?

C'est ce que croit le professeur à l'Université de la Colombie-Britannique, Chris Shaw, qui était, en 2010, porte-parole de la Coalition contre les Jeux. Il aurait été possible d'avoir des infrastructures de classe mondiale à moindre coût, dit-il.

Toutefois, pour Gaëtan Royer, l'ancien chef urbaniste de la grande région de Vancouver, les Olympiques créent un momentum difficile à répliquer :

Les Olympiques ont motivé tout le monde à investir dans la région et créer des infrastructures qui, autrement, auraient pris beaucoup plus d'années pour être construites.

Gaëtan Royer, urbaniste et président directeur général de CityState.ca
Des joueurs de hockey sur luge. Derrière, le premier ministre canadien de l'époque, Stephen Harper. Des joueurs de hockey sur luge lors des Jeux paralympiques de 2010. La compétition avait lieu dans l'aréna Thunderbird, construit pour les JO, et qui appartient maintenant à l'Université de la Colombie-Britannique. Photo : bongarts/getty images / Martin Rose

Pour les athlètes, aussi, l’organisation de Jeux au Canada est l’occasion d’aller chercher plus de financement.

Jean-François Rapatel, qui est directeur de la haute performance pour la Fédération canadienne de planche à neige, est même catégorique :

L’histoire nous a démontré que ça prend des Jeux [au Canada] pour avoir une nouvelle injection de fonds dans le système du sport.

Jean-François Rapatel, directeur de la haute performance pour la Fédération canadienne de planche à neige

Depuis 2010, ajoute-t-il, le financement des athlètes canadiens a stagné et maintenant, « on se retrouve dans une situation où on est un peu derrière le reste du monde. »

L'investissement olympique pourrait donc contribuer autant au développement urbain qu'au dépassement sportif. Aux résidents de Calgary de décider si le jeu en vaut vraiment la chandelle.

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