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  • Exclusif
  • Des milliers de tonnes de gaz à effet de serre causées par le G7

    Des avions appartenant aux gouvernements des États-Unis, de l'Allemagne et du Japon sur le tarmac de Bagotville
    Le tarmac de la base de Bagotville lors du G7 de Charlevoix. À l'arrière, l'avion présidentiel américain, Air Force One, est en train d'atterrir. Photo: Radio-Canada
    Radio-Canada

    Les activités du G7 sous la présidence du Canada ont généré plus de 8600 tonnes de gaz à effet de serre (GES) en 2018. Ottawa promet d'en compenser la vaste majorité, voire la totalité.

    Un texte de David Rémillard

    Selon l'inventaire réalisé par la firme WSP pour Affaires mondiales Canada, dont Radio-Canada a obtenu copie, au moins 8635 tonnes de GES ont été émises dans l’atmosphère.

    Le rapport tient compte du sommet des 8 et 9 juin à La Malbaie, incluant les activités satellites tenues à Québec. S'ajoutent les quatre rencontres ministérielles du G7 tenues cette année à Montréal, Whistler, Toronto et Halifax, ainsi que quatre réunions préparatoires en vue du Sommet.

    Sans surprise, le sommet de La Malbaie a de loin généré la plus importante quantité de GES.

    Répartition des GES par activité :

    • Sommet du G7 : 78 %;
    • Rencontres ministérielles : 21 %;
    • Rencontres des sherpas : 1 %.

    Source : WSP Canada, rapport d'inventaire GES, présidence canadienne du G7 en 2018

    L’inventaire se limite aux journées de rencontres officielles. C'est donc dire que les GES répertoriés ont été produits sur une période cumulative de 24 jours.

    Plus des trois quarts (77 %) des GES sont attribuables aux activités diplomatiques, et 23 % aux mesures de sécurité.

    Transport aérien en tête

    Le transport aérien a été le plus important générateur de GES, loin devant tous les autres.

    Les vols des délégations étrangères, pour l'ensemble des activités sous la présidence du Canada cette année, ont généré 6280 tonnes.

    Pour les neuf événements comptabilisés, WSP évalue à 417 359 le nombre de kilomètres parcourus par les participants ou des membres de la sécurité. Une distance équivalente à dix fois le tour du globe.

    Plus de 306 000 km ont été parcourus par avion seulement pour le sommet du G7.

    Le constat est le même pour le volet sécuritaire. Les déplacements aériens, essentiellement pour du personnel, ont généré 62 % des émissions de GES, soit 1256 tonnes.

    La SQ et l'armée exclues

    Les émissions de GES de la Sûreté du Québec (SQ), du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ), des Forces armées canadiennes et de la Garde côtière n’ont pas été comptabilisées dans le rapport de WSP.

    Concernant les forces policières du Québec et de la Ville de Québec, on explique dans le document que leurs activités « sont à l’extérieur des limites de responsabilité d'Affaires mondiales Canada et de la GRC ».

    Pour la Garde côtière et l’armée, qui à elle seule comptait un effectif de 2000 personnes, on évoque des raisons de sécurité, mais aussi le fait que « les dirigeants ont été contactés trop tardivement dans le processus d’obtention des données ».

    8635 tonnes de GES, c'est...

    • La pollution de 1677 voitures pendant un an;
    • La combustion de 3 336 692 litres d'essence;
    • 30 899 168 de kilomètres parcourus par une voiture.

      Source : Agence de protection environnementale américaine

    Selon Karine Oscarson, de l'organisme Planetair spécialisé dans les stratégies de compensation de GES, ces exclusions sont monnaie courante dans les inventaires. « L'important, c'est de les justifier », affirme-t-elle.

    Cette dernière assure que « le rapport a été fait dans les règles de l’art ». « Les méthodologies utilisées sont les plus reconnues à l’échelle internationale. »

    Pour Mme Oscarson, en citant les exclusions de manière « transparente », WSP « reconnaît » les limites de l'inventaire. La firme admet du même coup l'existence d'émissions supplémentaires, bien qu'elles ne soient pas quantifiées.

    Initiative saluée, mais...

    Selon Équiterre, le fait que le gouvernement fédéral ait décidé de dresser un portrait des émissions de GES associées au G7 est en soi un pas dans la bonne direction.

    « Il faut saluer l'approche du gouvernement », soutient Annie Bérubé, directrice des relations gouvernementales de l'organisme.

    Mais après consultation des données du rapport, et après avoir elle-même assisté au sommet de La Malbaie, elle croit que davantage de mesures auraient pu être mises en place pour en limiter l’empreinte écologique.

     Il faut mettre des mesures en amont, en préparation de ces événements-là, pour réduire les GES. Ce qu’on constate, c’est qu’il y aurait eu des gains à faire au G7.

    Annie Bérubé, directrice des relations gouvernementales chez Équiterre

    Elle prend pour exemple l’achat de centaines de véhicules à essence par la GRC, qui aurait pu opter pour une électrification de sa flotte. La majorité des véhicules ont été revendus et continueront de produire des GES, ajoute-t-elle.

    Des policiers en uniforme vêtus de masques à gaz Les manifestations se sont déroulées sous forte présence policière Photo : Radio-Canada / Daniel Coulombe

    Mme Bérubé juge malgré tout qu’il y a « des résultats concrets » lors de ces rencontres internationales.

    « Pour ce qui est du G7 au Canada cette année, on a quand même pris de nouveaux engagements très précis pour réduire l’utilisation du plastique. La Charte sur le plastique dans les océans, c’est quelque chose de nouveau. »

    Trop gros?

    L’initiative du Canada de réaliser un inventaire des GES est également saluée par Ryan Katz-Rosene, professeur à l’Université d’Ottawa et président de l’Association canadienne d’études environnementales.

    « Je pense que ce que le Canada a fait de bien, et il doit être applaudi, c’est d’admettre qu’il y a une importante empreinte écologique associée au G7 et qu'on essaie de la mesurer. La première chose à faire pour s’attaquer aux émissions de GES, c’est de les calculer », expose-t-il.

    Photo de familles des dirigeants du G7, le 8 juin à La Malbaie, au Québec.Photo de famille des dirigeants du G7, le 8 juin à La Malbaie, au Québec Photo : Reuters / Yves Herman

    L'expert s’interroge toutefois sur le mode de fonctionnement du G7 et sur l’envergure de ces rencontres. « C'est trop gros. »

    À son avis, le Canada n'a fait que respecter les mêmes traditions qui viennent avec le rôle d’hôte du sommet du G7. En ce sens, « ce ne serait pas juste de blâmer le Canada à 100 % », dit-il.

     Ça ne veut pas dire que le Canada, ou le prochain pays qui présidera le G7, ne peut pas faire mieux. 

    Ryan Katz-Rosene, professeur à l'Université d'Ottawa

    Le Canada terminera sa présidence d'un an en décembre et cédera les rênes à la France.

    Selon M. Katz-Rosene, la « meilleure façon » de contrer cette pollution est la décroissance.

    Il faut selon lui réduire l'ampleur des sommets du G7, à commencer par la taille des délégations. « Il pourrait y avoir davantage de gens qui travaillent en coulisses à la maison », suggère-t-il.

    Quelque 3200 délégués ont participé au sommet de La Malbaie et de Québec.

    Arbres et crédits de carbone

    Le Canada avait promis de quantifier les émissions de GES.

    Le Bureau des gestions des sommets d'Affaires mondiales Canada s'était également engagé à compenser « une partie » des GES produits. On croit désormais pouvoir compenser la totalité.

    Jessica Séguin, porte-parole d'Affaires mondiales Canada, confirme que le fédéral achètera des crédits compensatoires sur le marché du carbone pour les 8635 tonnes calculées. « Le processus est en cours afin d'effectuer l'achat de crédits. »

    Ces crédits peuvent, par exemple, être liés à des projets d'efficacité énergétique ou de technologie verte.

    Tous les experts consultés par Radio-Canada sont d'avis que l'achat de crédits de carbone doit être « un dernier recours », et qu'une réduction des GES à la source est à privilégier.

    Des planteurs d'arbres dans Charlevoix86 000 arbres ont été plantés dans la région de Charlevoix pour compenser les émissions de GES liées au G7. Photo : Courtoisie de Guillaume Philippe

    Le fédéral s’est allié à la Coop de l’Arbre, un organisme de Charlevoix, pour mettre en place un projet de plantation de 100 000 arbres à travers le réseau des réserves de biosphère au pays.

    Ces arbres, affirme Mme Séguin, compenseront 15 000 tonnes de GES supplémentaires.

    « Les 16 plantations sont encadrées par une entente de suivi sur un horizon minimal de 50 ans, pour laisser le temps à l’arbre d’atteindre sa maturité et de jouer pleinement son rôle de séquestration du carbone », avance-t-elle.

    Ces 15 000 tonnes supplémentaires permettront, dit-on, de compenser les émissions non répertoriées.

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    Environnement