•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Élever ses poules en liberté, le prochain défi des producteurs d’œufs au pays

Une demi-douzaines de poules blanches vues de près derrière des barreaux.
Les cages conventionnelles qui ont été la norme dans l'élevage des poules pondeuses disparaissent peu à peu et seront interdites après 2036 dans l'ensemble du pays. Photo: Radio-Canada / Bert Savard
Radio-Canada

L'époque où les poules pondeuses vivent dans des cages qui leur offrent peu d'espace tire à sa fin au Canada. À compter du 1er janvier 2019, les cages conventionnelles disparaîtront peu à peu, pour être totalement interdites après 2036, et ce, dans l'ensemble du pays. Au Manitoba, l'industrie a été une des pionnières de ce mouvement.

Donald Gaultier a construit son poulailler il y a cinq ans, au beau milieu d’une contrée vallonnée immortalisée par l’oeuvre de Gabrielle Roy : la région de la Montagne, au Manitoba.

Contrairement à un poulailler conventionnel, les poules ont ici plus d’espaces pour bouger. Elles peuvent se percher, effiler leurs ongles et même pondre dans un espace privé.

En 2013, Donald Gaultier a remporté par tirage au sort un quota de production d’œufs. Il pouvait enfin réaliser son rêve et devenir producteur agricole, mais les nouvelles normes du bien-être animal lui interdisaient de construire un poulailler à cages conventionnelles. Il devait opter pour un système différent.

« Le système qu'on a choisi, dit-il, c’est le système enrichi. »

Un fermier déambule dansun poulailler où les poules sont en liberté. Des systèmes alternatifs comme celui-ci respectent les nouvelles normes du bien-être animal. Photo : Radio-Canada / Bert Savard

Ne manquez pas le reportage du journaliste-réalisateur Marc-Yvan Hébert à La semaine verte, sur ICI Radio-Canada Télé, samedi à 17 h, dimanche à 12 h 30.

Tous les jours, Donald Gaultier ramasse 7000 œufs. Et comme ses revenus augmentent, il vient d’ajouter quelques centaines de volatiles à son poulailler.

« Il n’y a pas une journée qui passe où on regrette s’être lancé dans cette industrie », dit-il.

Une production qui évolue

Comme les oeufs de nombreux autres producteurs, ceux de Donald Gaultier aboutissent à Burnbrae Farms, à Winnipeg.

Trois millions

C'est la quantité d’œufs reçus chaque jour par Burnbrae Farms dans son usine du Manitoba. Inspectés, nettoyés, pesés, empaquetés, ils sont envoyés dans des épiceries et des restaurants de tout l’Ouest canadien.

Environ 15 % des œufs traités par cette entreprise proviennent de systèmes de logements alternatifs, surtout des cages enrichies. Et ce nombre augmente chaque année.

Vice-présidente des Producteurs d’œufs du Manitoba, Catherine Klassen explique que l’association de mise en marché des œufs a décidé, en 2008, d’éliminer progressivement les cages conventionnelles, pour répondre à la demande des consommateurs.

« Ils étaient de plus en plus nombreux à chercher quelque chose d'autre que l'œuf blanc traditionnel, peu coûteux, et à se soucier du bien-être des poules », explique-t-elle.

On était conscient de tout ça, alors on a décidé d'agir.

Catherine Klassen, vice-présidente des Producteurs d'oeufs du Manitoba

Une décision courageuse

Dans les années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, les cages conventionnelles sont apparues comme une solution novatrice pour répondre à une augmentation de la demande.

Pendant plus de 70 ans, les poules qui ont produit la quasi-totalité des œufs consommés au pays ont été logées dans ces cages.

Or, ce système soulève maintenant une controverse. Les images de poules entassées dans de petits espaces dérangent. Ces cages nuisent à leurs comportements naturels et créent un environnement propice au développement de l’ostéoporose chez les poules.

En 2012, les pays de l’Union européenne sont les premiers à interdire l’usage des cages conventionnelles.

« On observait aussi ces changements au Canada, rappelle Catherine Klassen. On voyait qu’il y avait peut-être une autre façon de produire des œufs. Notre association a donc décidé de prendre la mesure controversée d'interdire la construction de cages conventionnelles dès 2013. »

La mesure dérange au départ parce que les système de cages alternatifs coûtent plus cher, jusqu’à 40 % de plus dans le cas d’un système enrichi.

Mais comme Catherine Klassen l’explique, l’industrie du Manitoba a voulu être un leader dans la transformation des pratiques.

Trente-cinq pour cent de nos 170 producteurs d'œufs ont déjà établi un système d’élevage alternatif.

Catherine Klassen, vice-présidente des Producteurs d'oeufs du Manitoba

En 2016, les Producteurs d’œufs du Canada adoptent à leur tour une réglementation nationale qui interdira les cages conventionnelles au pays après 2036. Au Manitoba, les producteurs auront alors terminé leur transition.

À l'avant-plan, le système automatisé qui recueille les oeufs, et en arrière-plan, une poule dans une cage. Des systèmes comme celui-ci, où les poules sont en cage, sont en voie de disparaître au pays. Au Manitoba, il n'est déjà plus possible de construire des poulaillers à cages conventionnelles. Photo : Radio-Canada / Bert Savard

Des poules en liberté

Pour Kurt Siemens, qui vient d’investir 1,5 million de dollars pour rénover son entreprise agricole, ces systèmes alternatifs représentent un risque calculé qui en vaut la peine.

La ferme familiale des Siemens a été fondée en 1963. Le père et le grand-père de Kurt ont élevé leurs poules dans des cages conventionnelles.

En 2017, quand il a voulu rénover ses cages usées par le temps, il a appris que la nouvelle réglementation de l’industrie obligeait les producteurs établis qui s'engageaient dans des travaux de rénovation à faire la transition vers un système d’élevage alternatif.

Il a opté pour un système de volière.

Dans un poulailler d’élevage, il entraîne 15 000 poulettes à vivre dans un environnement ouvert.

« Lorsqu’on les reçoit, ce sont de petits poussins jaunes, explique-t-il. On les place ici pendant 18 semaines pour qu’ils s’habituent à la volière. »

Les poussins, explique-t-il, apprennent à voler, à sauter sur les perchoirs, à manger et à boire dans cet environnement. « Ces poulettes deviendront des poules bien adaptées au système quand viendra le temps de pondre dans la volière. C’est nous qui les entraînons, mais j’ai parfois l’impression que c’est elles qui nous forment! »

La volière a une surface de 3000 mètres carrés. « La nuit, dit-il, les poules sautent jusqu’au dernier étage, qui est quand même à près de 5 mètres de hauteur », raconte Kurt Siemens, qui est satisfait de son choix. La demande pour les œufs de poules en liberté ne cesse d’augmenter.

Vers des oeufs plus chers?

Les coûts de production sont plus élevés dans les systèmes alternatifs, surtout parce qu'on y produit moins d'œufs par mètre carré.

Prix de vente des œufs

  • Système de cages enrichies : 30 % plus cher que dans le cas des cages traditionnelles
  • Poules en liberté : le double du prix

Comme ces systèmes deviendront bientôt la norme, peut-on s’attendre à la fin des œufs à bon marché?

Les Producteurs d’œufs du Manitoba disent que non. La normalisation des systèmes alternatifs devrait entraîner une baisse du coût de l’équipement et une production plus efficace, qui permettra de stabiliser les prix.

Donald Gaultier le constate : « L’œuf est maintenant très populaire. » La demande ne se dément pas.

Kurt Siemens, pour sa part, est si convaincu du potentiel de cette transformation qu’il fait construire un deuxième système de volière.

« Les consommateurs veulent acheter ce produit, nous allons donc le leur fournir, dit-il. Et s'ils désirent des œufs bleus, nous trouverons un moyen de les rendre bleus. »

Agro-industrie

Économie