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La maladie de Parkinson pourrait commencer dans l’appendice

L'appendice

L'appendice prolonge de quelques centimètres le côlon.

Photo : iStock

Radio-Canada

Considéré comme inutile par certains, l'appendice n'est pas un organe du corps qui a la vie facile. Une nouvelle étude ne va guère améliorer son sort : son ablation pourrait protéger l'homme contre la maladie de Parkinson!

Un texte de Renaud Manuguerra-Gagné

Vestige de l'évolution pour les uns, réservoir de bactéries pour d’autres, l’appendice est un segment de l’intestin dont on ne comprend pas tout à fait l’utilité.

Un peu comme pour les dents de sagesse, on ne remarque sa présence que lorsqu’il nous cause des problèmes. Le plus connu est l’appendicite, une inflammation extrêmement douloureuse que l’on traite par le retrait chirurgical de l’appendice.

Or, des chercheurs croient qu’un problème bien plus grave pourrait prendre naissance dans cet organe  (Nouvelle fenêtre): la maladie de Parkinson. Cette observation permet de mieux comprendre l’élément déclencheur de cette maladie neurodégénérative et d'améliorer notre compréhension des interactions entre le cerveau et l’intestin.

Une origine floue

La maladie de Parkinson touche plus de 55 000 Canadiens, ce qui la classe deuxième des maladies neurodégénératives les plus courantes, après la maladie d’Alzheimer.

La maladie progresse au fur et à mesure que des neurones du cerveau produisant de la dopamine sont détruits par une accumulation de certaines protéines anormales. Cette diminution du nombre de neurotransmetteurs occasionne des tremblements, de la rigidité et l’incapacité progressive de marcher, en plus de problèmes digestifs et cognitifs.

On ne connaît toujours pas le point de départ de cette maladie, mais plusieurs études ont lié l’apparition et l’agrégation de ces protéines anormales, appelées α-synucléines, à la mort des neurones.

Depuis quelques années, certains chercheurs ont porté leur attention vers l’intestin comme source possible de la maladie. Cette intuition vient du fait que certains symptômes gastro-intestinaux surviennent des années avant le développement de la maladie. Des études chez l’animal ont même montré que certaines bactéries pouvaient influencer son développement et que l’α-synucléine anormale pouvait apparaître dans l’intestin et rejoindre le cerveau en remontant le nerf vague.

Des protéines qui font du chemin

Malgré ces observations, les chercheurs ne connaissaient toujours pas l’élément déclencheur de la maladie. C’est ici qu’interviennent les travaux d’une équipe de scientifiques étrangers, dirigée par la professeure Viviane Labrie de l’Institut de recherche Van Andel, aux États-Unis.

Ces derniers ont suivi les données médicales de 1,6 million de Suédois, collectées depuis 1964, dans l’espoir de comprendre ce qui distinguait les personnes qui ont contracté la maladie de Parkinson des autres.

Les chercheurs ont découvert un lien étonnant : le risque de développer la maladie de Parkinson diminuait de 19 % chez les personnes ayant subi une ablation de l’appendice, une baisse qui pouvait atteindre jusqu’à 25 % si on n’observait que les populations rurales.

Cet effet n’était toutefois apparent que chez les personnes s’étant fait retirer l’appendice tôt dans leur vie, et son retrait après le début de la maladie ne permet pas d'en arrêter la progression.

Les chercheurs ont aussi eu une surprise en analysant les appendices d’une cinquantaine de personnes n’ayant pas la maladie : des amas d’α-synucléine pouvaient être observés chez 48 des 50 patients étudiés.

Ces résultats laissent à penser que cette protéine serait présente chez une forte majorité d’êtres humains, mais qu'elle ne cause des problèmes que lorsqu’elle remonte au cerveau, ce qui survient chez moins de 1 % de la population.

Cette étude semble donc confirmer le lien entre l’intestin et la maladie de Parkinson. Toutefois, les chercheurs précisent qu’en aucun cas ils ne suggèrent le retrait de l’appendice comme méthode de prévention.

Ces derniers tentent maintenant de comprendre ce qui relie les profondeurs de l’intestin aux plus hautes fonctions du cerveau, ainsi que ce qui pousse ces protéines, apparemment des résidentes habituelles de l’appendice, à entreprendre leur migration destructrice.

Science