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Rencontre avec le soldat qui ne « pouvait pas tuer »

Rencontre avec le soldat qui ne « pouvait pas tuer »

Même si 65 ans ont passé, le Sherbrookois Alphonse Pelletier n'a jamais oublié ce qui s'est passé pendant la guerre de Corée où il a servi pendant un calendrier complet. C'est avec fierté et émotion que l'homme de 88 ans raconte comment il a refusé de prendre les armes, malgré la pression de ses supérieurs, dans ce conflit qui opposait les deux Corée et qui a duré de 1950 à 1953.

Pour ce vétéran, l'armée représentait cette famille qu'il n'avait jamais eue. Je me suis enrôlé dans l'esprit d'avoir une gang. J'étais orphelin. J'avais de la misère à m'adapter à la vie civile.

Toutefois, un soldat qui ne voulait pas tuer l'ennemi, mais surtout qui l'affirmait haut et fort, c'était plutôt rare dans les années 1950. Dans ce temps-là, je ne pensais pas à la guerre. Quand il a été question qu'on devait être déployés, je regardais ça, et moi, je ne suis pas capable de tuer! Mes copains m'ont dit qu'il fallait que je le dise à mon commandant pour lui expliquer que je n'étais pas capable de tuer.

Le grand patron d'Alphonse Pelletier croyait que c'était la peur qui terrorisait le soldat. Avec audace, sans détour, il a osé confronter son commandant. Je lui ai répondu qu'avec tout le respect que je lui devais, je n'avais pas plus peur que lui et que j'avais aussi peur que lui.

Même si Alphonse Pelletier ne pouvait se résoudre à porter une arme, il tenait mordicus à se rendre en Corée pour servir. Son commandant, compréhensif, lui a donc offert un poste de brancardier. C'est lui qui avait la responsabilité de transporter ses frères d'armes blessés au combat. Le premier soir, je m'en souviendrai toujours, on a reçu un appel pour une ambulance. Le type qui devait y aller terminait son mandat le lendemain. Malheureusement, 10 minutes plus tard, on reçoit un appel pour deux autres ambulances. Le type était décédé dans une collision. Je me suis dit que j'allais être ici un an de temps et que je pouvais mourir la dernière journée! Ne venez pas me dire que ça ne fait pas quelque chose en dedans!

Les copains soldats d'Alphonse Pelletier lors de la guerre de Corée.Les copains soldats d'Alphonse Pelletier lors de la guerre de Corée Photo : Alphonse Pelletier

Il y a eu des épisodes, des brins de conversation qui l'ont marqué à jamais tant dans la vie courante que lorsqu'il est dans les bras de Morphée. Une autre fois, je suis allé chercher un de mes bons copains. Il n'était pas blessé trop gravement. On a mis un pansement. En revenant dans l'ambulance, il m'a dit qu'il était chanceux, qu'il n'était pas blessé gravement et qu'il retournait au Canada. Il m'a fait promettre d'aller le visiter quand je serais de retour, mais il est décédé le lendemain. J'ai rêvé à lui pendant des années. C'était tellement réel! Chaque fois, il me reprochait de ne pas être venu chez lui!

Il n'y a pas que les drames vécus par ses copains qui ont chamboulé Alphonse Pelletier. Quand on voyait ça, ces pauvres femmes qui manquaient d'hygiène. Quand on leur donnait des savons, c'était comme si on leur avait donné une brique d'or. On se souvient de tous ces gens-là. Ça ne paraît pas, mais dans notre vie privée, nos conjointes s'en aperçoivent.

M. Pelletier est rentré au pays le coeur brisé, certes, mais surtout déçu. Le plus difficile, c'est qu'on n'a rien réglé. On allait là pour unifier la Corée, mais l'important, c'est qu'on arrête la guerre. Il n'y a pas plus antiguerre qu'un soldat.

D'après un reportage de Chantal Rivest

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