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Keystone XL : victoire pour les écologistes, nouvelle frustration pour l’industrie

Le reportage de Geneviève Normand
Radio-Canada

Au lendemain d'une décision d'un tribunal américain interrompant la construction du pipeline Keystone XL, de nombreux militants réagissent. Des écologistes et autochtones saluent le verdict du juge Brian Morris, qui ordonne au gouvernement américain de réexaminer les effets de la construction. Pendant ce temps, les gouvernements et les représentants de l'industrie pétrolière déplorent ce nouveau pas en arrière pour le pétrole canadien.

Selon Mike Hudema, de Greenpeace, la décision est une « grande victoire », et elle s’imposait. « La science est claire, dit-il. Nous ne pouvons pas construire de nouvelles infrastructures énergétiques reposant sur les combustibles fossiles tout en espérant sauver la planète. »

[La décision] est aussi un signal d'avertissement pour le gouvernement libéral. Il devra faire face à d’inévitables obstacles juridiques s'il continue d’escamoter le processus d'évaluation de Trans Mountain.

Mike Hudema, activiste, Greenpeace

La ministre albertaine des Ressources naturelles, Margaret McCuaig-Boyd, rappelle quant à elle que le pétrole canadien se vend bien moins cher que son pendant américain.

« Nous croyons tous en ce projet, et il doit se réaliser, a-t-elle affirmé. Il est d’une importance capitale pour le secteur énergétique, pour les Albertains et pour tous les Canadiens. »

Le manque d’accès aux marchés internationaux pousse à la baisse le prix du pétrole albertain. L’écart dépasse fréquemment les 40 $ le baril.

L homologue fédéral de Mme McCuaig-Boyd, Amarjeet Sohi, a également réagi. Il reconnaît que la situation actuelle est difficile.

« Je suis ouvert aux nouvelles idées, a-t-il dit. Nous avons une bonne relation avec l’association des pipelines. Le manque de capacité d’exportation fait vraiment mal à l’Alberta et à l’économie canadienne. »

Le devoir de bien s'expliquer

Sous la présidence de Barack Obama, le secrétaire d’État américain John Kerry avait déjà tranché que le pipeline Keystone XL n’était pas dans l’intérêt public. Il avait alors suspendu le projet parce qu’il contribuerait aux changements climatiques et que ses retombées économiques seraient plus réduites que ce qui était annoncé.

En annulant cette décision quelques années plus tard, l’administration Trump avait le devoir de bien s'expliquer, estime l’avocat spécialisé en questions environnementales Stephan Volker. Le juge Morris lui a donné raison, mais l’avocat rappelle qu’un appel est toujours possible.

Un des militants autochtones représentés par Stephan Volker dans cette affaire, Dallas Goldtooth, voit la décision du juge comme une étape dans un long processus. « À maintes reprises, dit-il, nous tuons le projet pour le voir renaître de ses cendres par la suite. » L’homme aux origines dakota et dénée promet de continuer sa lutte sur le terrain, avec en main, au besoin, la récente décision du tribunal.

Une mauvaise nouvelle pour le Canada, selon l’industrie pétrolière

Cet enthousiasme n’est pas partagé par tous. L'Association canadienne des producteurs pétroliers est déçue du verdict. « Il accentue la nécessité pour le Canada d’exporter ses hydrocarbures au-delà de ses frontières », soutient Tonya Zelinsky, porte-parole de l’Association. Celle-ci affirme que l’industrie pétrolière doit chercher des acheteurs au-delà des États-Unis.

Le doyen de la faculté d’administration de l’Université de l’Alberta, Joseph Doucet, croit cependant que les prix déjà tellement bas font qu’un retard additionnel ne devrait pas se faire sentir à court terme.

Le doyen de la Faculté d'administration de l'Université de l'Alberta, Joseph Doucet.Joseph Doucet trouve très inquiétante la différence de prix entre le pétrole canadien américain. Photo : Emilio Avalos / Radio-Canada

Vendredi après midi, le Western Canadian Select, se vendait à un peu plus de 17 $ le baril contre 59 $ pour le brut américain. « La marge de profit que nous payons en tant que contribuables canadiens devrait tous nous inquiéter », ajoute-t-il.

Cette opinion est partagée par Dennis McConaghy, ancien vice-président de TransCanada, qui s’attend à ce que la décision judiciaire soit contestée et infirmée par un tribunal de plus haut niveau. « Les Canadiens devraient espérer une réplique judiciaire vigoureuse », a-t-il lancé.

Le promoteur du projet, TransCanada, confirme avoir reçu le jugement qui fait actuellement l’objet d’une analyse. L’entreprise maintient son intention de construire le pipeline, une infrastructure énergétique qu’elle juge « importante ». Le président de l’entreprise n’accordera aucune entrevue vendredi.

Le Département d'État américain a lui aussi confirmé qu'il étudiait la décision. Il ne veut pas faire de commentaires pour le moment.

Alberta

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