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L'Allemagne commémore la « Nuit de cristal » dans un climat trouble

Le récit de Frédéric Nicoloff
Agence France-Presse

Les dirigeants allemands ont mis en garde vendredi contre la résurgence de l'« antisémitisme préoccupant » et l'essor de l'extrême droite, lors des commémorations marquant les 80 ans de la « Nuit de cristal », ces pogroms annonciateurs de l'Holocauste.

« L'État doit agir de manière conséquente contre l'exclusion, l'antisémitisme, le racisme et l'extrémisme de droite », a jugé la chancelière Angela Merkel lors d'un discours dans la plus grande synagogue d'Allemagne, à Berlin.

La dirigeante, tout de noir vêtue, a montré du doigt ceux qui « réagissent par des réponses prétendument simples aux difficultés » de l'époque actuelle, une référence à l'essor des populismes et de l'extrême droite en Allemagne comme en Europe.

Dans ce lieu de culte profané par les nazis il y a 80 ans jour pour jour, le président du Conseil central des juifs d'Allemagne, Josef Schuster, est allé encore plus loin en invectivant le parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) qui siège depuis un an au Bundestag, qualifiant ses membres d'« incendiaires moraux ».

Un homme est debout devant le Mémorial des juifs assassinés d'Europe à Berlin.Gerhard Schmidt-Grillmeier a lu les noms des 55 696 juifs de Berlin qui ont été tués par les Nazis lors d'une cérémonie de commémoration. Photo : Getty Images / CHRISTOPH SOEDER

Certains cadres de ce parti ont tenu des propos polémiques sur l'Holocauste et le devoir de mémoire en Allemagne. Ils tiennent aussi un discours islamophobe visant essentiellement les centaines de milliers de demandeurs d'asile arrivés dans le pays depuis 2015.

M. Schuster a ainsi qualifié de « honte pour notre pays » les agressions commises contre les juifs, mais aussi contre les réfugiés musulmans.

Quelques minutes plus tôt, lors d'une cérémonie à la chambre des députés, le président allemand Frank-Walter Steinmeier avait dénoncé l'émergence en Europe d'un « nouveau nationalisme » nostalgique, selon lui, d'« un vieux monde parfait qui n'a en réalité jamais existé ».

Le président français Emmanuel Macron s'était dit « frappé » le 31 octobre par la ressemblance entre la situation actuelle en Europe, « divisée par les peurs, le repli nationaliste », et celle des années 1930. La France est elle-même confrontée à une forte augmentation, en 2018, des actes antisémites.

Souvenirs de la « Nuit de cristal »

Des mots lourds de sens 80 ans après, là aussi jour pour jour, les saccages par les nazis de milliers de synagogues et commerces tenus par des juifs en Allemagne et en Autriche.

Pour les historiens, la nuit du 9 au 10 novembre 1938 marque le passage de la discrimination des juifs à leur persécution, puis à leur extermination.

Résultat des attaques contre les commerces de juifs allemands, au lendemain de la Nuit de cristal, en novembre 1938.Résultat des attaques contre les commerces de juifs allemands, au lendemain de la Nuit de cristal, en novembre 1938. Photo : United States Holocaust Memorial Museum

« Je tenais la main de mon père. J'ai vu la synagogue en feu et j'ai demandé : "Pourquoi les pompiers ne viennent pas ?" Je n'ai pas eu de réponse », a témoigné de cette nuit Charlotte Knobloch, ancienne présidente du Conseil central des juifs d'Allemagne, à l'antenne de la ZDF.

La propagande affirme alors qu'il s'agit d'une éruption de violence spontanée après le meurtre d'un diplomate à Paris. Mais elle a en réalité été planifiée par l'État nazi.

Nouvel antisémitisme

De nombreux Allemands se souviennent de ces pogroms en polissant ou en déposant des fleurs sur les « Stolpersteine », des milliers de petites plaques de laiton incrustées entre les pavés pour identifier les victimes.

Cette commémoration, qui se télescope avec le centenaire de l'Armistice de 1918 et de la fin de l'Empire allemand, intervient dans un contexte trouble en Allemagne.

Une forme nouvelle d'antisémitisme pour l'Allemagne fait aussi régulièrement les gros titres, celui prêté aux migrants arabo-musulmans qui ont afflué depuis 2015.

Manifestation d'extrême droite à Chemnitz en Allemagne après la mort violente d'un citoyen ce week-end.Manifestation de l'extrême droite à Chemnitz, en Allemagne Photo : Reuters / Matthias Rietschel

Mais, l'essor de l'extrême droite allemande a aussi remis au premier plan un antisémitisme national, l'AfD ayant multiplié les polémiques liées au nazisme.

L'un de ses membres a participé à une commémoration au Mémorial de l'Holocauste à Berlin en arborant un symbole nazi autrichien, l'oeillet bleu.

Et des militants de l'ultradroite manifesteront vendredi soir à Berlin.

L'inquiétude ne cesse donc de grandir au sein de la communauté juive allemande, forte d'environ 200 000 personnes et qui a connu une forte croissance avec l'arrivée de nombreux juifs de l'ex-Union soviétique depuis la réunification.

Le nombre de crimes et délits à caractère antisémite est resté néanmoins stable dans les statistiques de police.

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