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Crise des opioïdes et prescriptions médicales : quelles options en Saskatchewan?

Des comprimés devant une bouteille d’OxyContin.
Des comprimés d’oxycodone Photo: Associated Press / Toby Talbot

L'émission Enquête révèle que l'entreprise pharmaceutique Purdue Pharma a minimisé les risques de dépendance de l'OxyContin, un médicament opioïde contre la douleur à base d'oxycodone. Un médecin de la Saskatchewan trouve que les praticiens manquent de ressources et d'options pour traiter des patients souffrant de douleurs chroniques.

La crise des opioïdes au Canada trouve son origine notamment dans la surprescription de médicaments comme l'OxyContin, un type d'opioïde contenant de l'oxycodone.

En Saskatchewan, l'hydrocodone et l'hydromorphone s'ajoutent à cet opioïde souvent prescrit pour traiter la douleur.

« Le problème avec l'oxycodone, c'est qu'il a été commercialisé comme étant moins puissant que la morphine alors qu'en réalité, il est une fois et demie plus puissant » explique le Dr Peter Butt, professeur en médecine à l'Université de la Saskatchewan. Selon lui, la pharmaceutique Purdue a été poursuivie pour cette raison et pour avoir dit aux médecins qu’il n’y aurait pas de dépendances.

Peter Butt.Peter Butt regrette qu'il n'y ait pas de solutions de rechange aux opioïdes pour traiter la douleur. Photo : Radio-Canada

Le médecin indique toutefois que l’OxyContin est surtout prescrit dans l’est du pays. En Saskatchewan, un autre produit de Purdue Pharma, l’Hydromorph Contin, est davantage distribué.

Quelles solutions?

Selon Peter Butt, le problème n’est pas tant le produit que la façon dont il est prescrit. Il déplore que les médecins n’aient pas plus d’autres options : ils n'ont pas suffisamment d'outils pour prendre en charge les patients souffrant de douleur chronique et ils se tournent alors vers les opioïdes. Selon lui, il existe des traitements utilisant la physiothérapie et la kinésiologie qui ont fait leurs preuves.

Si les opioïdes sont le seul outil dont disposent les médecins, ils vont les utiliser.

Dr Peter Butt, professeur en médecine à l'Université de la Saskatchewan

« Ce dont nous avons besoin et que nous n’avons pas, c’est un bon centre de traitement de la douleur chronique et un service de consultation permettant d’évaluer correctement les besoins complexes des personnes souffrant de douleur chronique » estime le médecin.

Le chef de l'opposition néo-démocrate en Saskatchewan, Ryan Meili, qui est aussi médecin, va dans le même sens. La province manque de solutions de rechange aux opioïdes pour traiter la douleur chronique. « Une autre chose qui est complètement absente dans la province, c'est des cliniques de douleur efficaces, remarque-t-il. C'est vraiment une grande lacune, le traitement multidisciplinaire de la douleur. »

Ryan Meili.Ryan Meili, en tant que médecin, a dû faire face au choix de prescrire ou non des opioïdes pour ses patients. Photo : Radio-Canada

Selon lui, la province doit se pencher davantage sur la source de la toxicomanie pour pouvoir l'éradiquer. « C'est quoi, les problèmes qui dirigent les gens? On a beaucoup de pauvreté, beaucoup de marginalisation des personnes autochtones en particulier, ça aussi, c'est une grande source de problèmes de troubles psychologiques », affirme le chef de l’opposition.

Le gouvernement provincial attend une stratégie nationale sur la crise des opioïdes pour agir. Une rencontre est prévue entre les ministres de la Santé des provinces au printemps prochain.

La situation en Saskatchewan

Le Dr Peter Butt rappelle que la province dispose d’un programme consistant à surveiller les prescriptions des opioïdes par les médecins pour empêcher d’éventuels abus. Selon le Bureau du coroner de la Saskatchewan, en 2010, il y a eu 11 décès en lien avec la consommation de l’oxycodone, contre 3 en 2018.

Le produit incriminé, l'OxyContin, a été retiré du marché en 2012 par Purdue Pharma. Il a depuis été remplacé par l'OxyNeo, un médicament plus difficile à écraser et à consommer pour les toxicomanes.

Un recours collectif de patients canadiens a été intenté contre la compagnie pharmaceutique. Celle-ci est accusée d'avoir caché les problèmes de dépendance liés à la consommation de l'OxyContin. En mars dernier, un juge de la Saskatchewan a refusé une entente entre les plaignants et l'entreprise, jugeant que le montant du dédommagement négocié, 20 millions de dollars était insuffisant.

Avec les informations de Lise Ouangari et d'Andréanne Apablaza

Saskatchewan

Crise des opioïdes