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La police de Toronto promet de nouvelles recrues bilingues

Un policier dans la rue dirige la circulation
Un policier au centre-ville de Toronto Photo: CBC/John Rieti

La police de Toronto souhaite embaucher davantage de policiers francophones pour se rapprocher des communautés de langue française. Elle offre déjà à ses agents des calepins qui contiennent des expressions françaises pour faciliter les contacts avec les francophones. L'initiative vise à mieux connaître la réalité des francophones, en particulier celle des nouveaux arrivants.

Un texte de Jean-Philippe Nadeau

C'est le Comité consultatif communautaire francophone de la police de Toronto qui a eu l'idée de donner aux agents un calepin avec des expressions françaises pour les aider à communiquer dans la rue. Il n'existait à l'heure actuelle qu'un lexique de dix phrases dans la langue des signes pour faciliter leurs rencontres avec des malentendants.

Les mots en français y sont écrits phonétiquement, de sorte qu'il n'est pas nécessaire de parler français pour aborder un francophone. L'agent peut lui montrer du doigt les mots qui sont juxtaposés à la traduction anglaise. Le registre comporte des mots comme « permis de conduire », « drogue », « aide » ou encore des phrases-clés comme « calmez-vous ».

Le coprésident du Comité, Serge Paul, dit qu'il est essentiel de maîtriser plusieurs langues dans une ville aussi cosmopolite que Toronto, à plus forte raison dans des situations qui demandent de recourir aux méthodes de désescalade de la violence.

Dans ces situations de crise, c'est important de communiquer dans sa langue, on va mieux s'exprimer et transmettre le message, le niveau de stress redescend et le dialogue peut se passer, peut-être dans une langue commune, peut-être par des gestes.

Serge Paul, du Comité consultatif communautaire francophone de la police de Toronto

Dans un tel contexte, l'accès à des services en français est selon lui primordial au téléphone et si possible dans la rue.

Serge Paul du Comité consultatif communautaire francophone du Service de police de Toronto parle à une foule.Réunion du Comité consultatif communautaire francophone du Service de police de Toronto le 20 mars 2018. Photo : Radio-Canada / Annie Poulin

M. Paul rappelle que beaucoup de formulaires judiciaires existent en français à Toronto, mais que beaucoup de Torontois l'ignorent. C'est en les demandant que le service de police comprendra, selon lui, qu'il existe une forte demande pour des services en français.

Le 911 offre en outre des services de traduction dans 140 langues pour les Torontois qui ne sont pas anglophones, mais l'effort est maintenant mis sur le recrutement d'agents polyglottes plutôt que sur des services automatisés.

Avec l'augmentation du nombre de francophones dans la métropole, le français devenait incontournable, selon l'agente de liaison Tina-Louise Trépanier. On veut que nos agents soient représentatifs des diverses communautés de Toronto et il faut aussi se rappeler qu'il y a beaucoup de nouveaux arrivants, d'Afrique par exemple, et que l'anglais est peut-être leur troisième langue ou qu'ils le parlent à peine, alors c'est définitivement un atout.

Des écouteurs dotés d'un micro posés sur une table, près d'un téléphone.Le centre d'appel 911 de Toronto offre un service en 140 langues. Photo : iStock

L'agente Trépanier ajoute qu'un malentendu peut aussi facilement survenir lors d'une conversation. J'ai pu constater à quel point c'était important de s'exprimer dans sa langue maternelle, c'est très difficile d'expliquer à quelqu'un dans une deuxième langue ce qui leur est arrivé et que ça peut aussi non seulement nuire, mais faire en sorte que les gens ne veulent pas rapporter ce qui leur est arrivé, parce qu'ils pensent qu'ils sont incapables de l'exprimer ou d'être bien compris.

M. Paul ajoute que la connaissance du français permet aussi de faciliter les rapprochements avec de nouveaux arrivants qui viennent de pays où la police est beaucoup plus coercitive qu'au Canada. Ils ont souvent une mauvaise expérience avec la police, se faire parler par un policier dans la rue n'est pas forcément très relaxant. Si le policier peut désamorcer ce genre de situation et [leur] expliquer qu'il est là pour [les] aider, c'est avec des mots dans leur langue que les personnes peuvent déjà se sentir plus à l'aise.

L'agente Trépanier ajoute qu'il est aussi très important que les citoyens comprennent leurs droits, lorsqu'ils sont interpellés ou appréhendés sur la voie publique.

C'est donc plus pratique d'avoir quelqu'un qui soit là sur-le-champ et qui soit capable de faire une traduction ou qui soit capable de parler à la personne dans sa langue maternelle.

Tina-Louise Trépanier, agente de liaison francophone de la police de Toronto

Il n'existe aucune statistique officielle sur le nombre de francophones dans le corps de police de la métropole. Mme Trépanier estime toutefois que 10 % des 500 agents qui prétendent parler français, selon elle, le parlent en fait très bien.

La police organisera à la fin-novembre une séance d'information pour embaucher des recrues qui parlent plusieurs langues, dont le français. En décembre, 175 personnes seront recrutées, mais aucun quota n'a été fixé pour les candidats francophones ou francophiles.

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