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Des anticorps de lama comme nouvelle arme antigrippale

On voit la tête d'un lama blanc, en gros plan, de face. En arrière-plan, les montagnes.
Un lama dans la province de Salta, en Argentine Photo: iStock / Grafissimo
Radio-Canada

Les chercheurs s'inspirent souvent de la nature pour trouver de nouveaux types de traitements. Toutefois, un allié pour le moins surprenant a été recruté par des scientifiques pour nous aider dans notre combat perpétuel contre la grippe : le lama.

Un texte de Renaud Manuguerra-Gagné

Si nous devons créer un nouveau vaccin contre la grippe chaque année, c’est que le virus de l’influenza est passé maître dans l’art de modifier son apparence. C’est cette aptitude qui nous empêche non seulement de produire un vaccin qui soit efficace d’une année à l’autre, mais aussi d’accroître une immunité à long terme contre ce virus.

Alors qu’un vaccin universel se fait attendre, des scientifiques tentent plutôt de trouver de nouvelles méthodes permettant de neutraliser le virus de l’influenza. Pour ce faire, une équipe de chercheurs californiens s’est tournée vers… le lama.

Cet animal, assez peu conventionnel en recherche, est plus souvent associé à la fabrication de tuques et de foulards qu’à celle d’un vaccin antigrippal. Or, une particularité de son système immunitaire permettrait de créer un traitement efficace (Nouvelle fenêtre) contre plus d’une soixantaine de variantes du virus de la grippe. Cette méthode pourrait aider à faire face à des souches grippales inattendues.

Atteindre des fragments cachés

Pour développer une immunité contre une souche grippale, notre système immunitaire doit produire un anticorps capable de reconnaître certaines particules spécifiques, nommées antigènes, qui se trouvent à la surface d’un microbe.

Or, le virus de la grippe est capable de constamment permuter les antigènes les plus facilement reconnaissables, ce qui complexifie beaucoup le maintien d’une bonne immunité.

Bien qu’il existe des antigènes invariables à la surface du virus de la grippe, ces derniers sont cachés dans de petits espaces et demeurent inaccessibles à nos anticorps.

C’est ici qu’intervient le lama, ou plutôt la forme particulière de ses anticorps. Ceux-ci sont étonnamment petits comparativement à ceux d’autres mammifères et ont le potentiel d’atteindre ces régions moins variables du virus.

Les chercheurs ont donc immunisé des lamas avec un vaccin contre la grippe, puis ont isolé quatre des anticorps produits.

En combinant ces fragments avec une base d’anticorps humain, les chercheurs ont créé ce qui pourrait être considéré comme un nanoanticorps, capable de cibler différents points faibles du virus de la grippe impossibles à atteindre par des anticorps conventionnels.

L’anticorps mi-lama, mi-humain à la rescousse

Après avoir exposé des souris à la grippe, les chercheurs ont testé leurs anticorps de deux façons. Tout d’abord, ils les ont injectés directement dans la circulation sanguine de souris infectées. Si cette méthode a l’avantage d’attaquer immédiatement les particules virales, la durée de vie limitée des anticorps nécessiterait cependant qu'ils soient injectés de façon répétée pour protéger une personne pendant toute la durée de la saison grippale.

La seconde méthode implique la création d’un gène – le mode d’emploi génétique – qui, dans ce cas-ci, donne aux cellules les instructions pour fabriquer ces anticorps d’un nouveau genre. Ils ont ensuite inséré ce gène dans un type de virus totalement inoffensif et l’ont envoyé dans le nez des souris par vaporisateur nasal.

Les cellules respiratoires des rongeurs se sont alors mises à produire leurs propres anticorps. Dans les deux cas, les anticorps étaient en mesure de protéger les animaux de doses létales de grippe, et ce, pour plus de soixante variantes du virus.

Les deux méthodes auraient l’avantage d’être efficaces chez des personnes âgées dont le système immunitaire est souvent trop affaibli pour être efficace après l’injection d’un vaccin classique.

Elles permettraient également d’offrir une protection contre des variantes inattendues du virus de la grippe, contrairement au vaccin classique, dont l’efficacité dépend de la précision de prédiction des souches annuelles longtemps avant le début de la saison de la grippe.

Malgré leur fort potentiel, ces recherches demeurent de nature fondamentale, et beaucoup de travail sera requis pour aboutir à un traitement pour l'humain. De plus, les craintes d’une mauvaise réaction à la présence d’anticorps inconnus ou le fait qu’il soit quasi impossible d’envisager l’insertion de gènes contre la grippe chez l’humain risquent de retarder l’utilisation de ce type d’anticorps. Toutefois, l’outil aurait la capacité de servir de rempart contre de futures pandémies grippales.

Médecine

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