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Le manque de personnel infirmier est remis en doute par des associations professionnelles

Des associations professionnelles d'infirmiers et d'infirmières au Canada estiment que la pénurie en soins infirmiers ne découle pas d'un manque de personnel.
Des associations professionnelles d'infirmiers et d'infirmières au Canada estiment que la pénurie en soins infirmiers ne découle pas d'un manque de personnel. Photo: iStock / FabioBalbi

La pénurie d'infirmières n'est pas seulement un enjeu qui touche le Nouveau-Brunswick. Partout au pays, les provinces ont recours à différentes tactiques pour augmenter le nombre d'infirmières. Pourtant, la cause du problème ne serait pas nécessairement liée au manque de personnel, plaident des organisations professionnelles.

Un texte de Camille Martel

La pénurie d’infirmières au pays pourrait atteindre un seuil critique d’ici quelques années.

L’Association des infirmières et infirmiers du Canada estime qu’il pourrait y avoir 60 000 postes à pourvoir en 2022, si rien n’est fait et que les besoins en santé des Canadiens continuent à augmenter.

En Atlantique, des centaines de postes sont à pourvoir en ce moment.

Malgré ces chiffres alarmants, la plupart des associations professionnelles d’infirmiers et d’infirmières au pays clament que cette pénurie n’en est pas une de personnel, mais bien de soins.

Des chiffres à l’appui

Quand on pense à une pénurie, c’est qu’il y a des emplois disponibles, mais qu’on arrive pas à les pourvoir. Avec les infirmières, ce n’est pas ça le problème, lance avec aplomb Mike Villeneuve, directeur général de l’Association des infirmières et infirmiers du Canada (AIIC).

Il y a plus d’infirmières que d’emplois disponibles, en moyenne, au Canada.

Mike Villeneuve, directeur général de l’Association des infirmières et infirmiers du Canada (AIIC)

Il y a autant d’infirmières qui partent à la retraite chaque année que de nouvelles et nouveaux diplômés, plaide pour sa part Linda Silas, présidente de la Fédération canadienne des syndicats d’infirmiers et d’infirmières (FCSII). Elle affirme qu’il y a environ 10 000 départs à la retraite chaque année et 10 000 nouveaux diplômés.

Linda Silas en conférence de presse à l'extérieur le 20 juillet 2018.Linda Silas, présidente de la Fédération canadienne des syndicats d’infirmières et infirmiers. Photo : Radio-Canada

Le problème ne se situe pas non plus à l’entrée de la profession, renchérit M. Villeneuve, car il y a 60 établissements d’enseignement à travers le pays qui ont une liste d’attente de trois ans pour accéder aux programmes de sciences infirmières.

Des causes multiples

Présentement, on compte un peu plus de 476 000 infirmières au Canada.

Comment explique-t-on, dans ce cas, que la plupart des provinces canadiennes dénoncent la pénurie de personnel infirmier? C’est une histoire de gestion, mais c’est aussi politique, explique Mike Villeneuve, en évoquant que les causes sont multiples et complexes.

Par exemple, selon lui, les infirmières veulent plus de postes à temps plein, mais n’arrivent pas à en avoir. En contrepartie, plusieurs jeunes infirmières demandent aussi à avoir des postes à temps partiel, ajoute Linda Silas.

Pourquoi un jeune qui vient tout juste de recevoir son diplôme ne voudrait pas travailler 35 heures par semaine? C’est à cause des conditions de travail, croit la présidente de la FCSII, qui déplore le fait que plus de 60 % des infirmières sont victimes de violence dans leur milieu de travail.

On ne manque peut-être pas d'infirmières, mais beaucoup s'absentent du travail et pour des bonnes raisons.

Linda Silas, présidente de la Fédération canadienne des syndicats d’infirmiers et d’infirmières (FCSII)

À son avis, les établissements de santé accueillent favorablement le fait que des jeunes infirmières veuillent travailler à temps partiel, car cela implique une réduction des coûts : Les besoins ne sont pas faits en fonction des patients, mais par incitatif financier.

Mieux déployer les effectifs

Outre ces raisons, le manque de personnel découlerait aussi d’une mauvaise gestion des effectifs, s’entendent pour dire Mike Villeneuve et Linda Silas.

On a l’air en pénurie, mais le problème c’est qu’on déploie des effectifs selon un vieux modèle qui ne fonctionne plus, explique le directeur général de l’AIIC.

Selon lui, assigner les bonnes infirmières aux bons endroits et aux bons moments pourrait régler le problème. Par exemple, dit-il, le personnel d’une unité de soins peut effectuer un travail beaucoup plus efficace selon un ratio approprié d’infirmières praticiennes, d’infirmières immatriculées ou d’infirmières auxiliaires et de médecins : Si on a 100 postes à pourvoir et qu’on met n’importe qui, n’importe où, on se retrouve avec le même problème. On n’a jamais eu des infirmières aussi bien éduquées, c’est le temps de mettre cet investissement à profit.

C’est comme si on avait l’offre, mais qu’on n’arrivait pas à bien l’ajuster à la demande.

Mike Villeneuve, directeur général de l’Association des infirmières et infirmiers du Canada (AIIC)

Ce qu’on voit en ce moment, explique-t-il, c’est que des infirmières immatriculées occupent des postes destinés à des infirmières praticiennes qui, elles, peuvent administrer beaucoup plus de soins, comme poser des diagnostics, prescrire des médicaments, etc.

Mike Villeneuve convient toutefois que certains secteurs sont touchés par une véritable pénurie.

Les milieux ruraux, comme au Nouveau-Brunswick, et les unités de soins de longue durée comptent seulement 11 % des infirmières canadiennes.

Il existe deux principales catégories d’infirmières au pays, soit des infirmières immatriculées et des infirmières praticiennes. Le nom pour les désigner peut changer d’une province à l’autre, mais leurs descriptions de tâches sont à peu près similaires. Les infirmières immatriculées, celles que l’on retrouve en plus grand nombre, ont habituellement un niveau d’étude inférieur à un baccalauréat. À l’inverse, les infirmières praticiennes ont toutes au minimum un baccalauréat et ont ainsi un champ de compétence beaucoup plus élargie.

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Santé