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Une œuvre pour changer les choses au Centre jeunesse de Laval

Le Centre jeunesse de Laval.
Le Centre jeunesse de Laval. Photo: Radio-Canada

Quatre adolescentes du Centre jeunesse de Laval dénoncent, dans une œuvre présentée aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal, certaines pratiques de l'établissement. Un documentaire coup de poing, qui vise à améliorer le sort des filles hébergées.

Un texte de Marie-Eve Cousineau, de l’émission Le 15-18

Au Centre jeunesse de Laval, les contacts physiques entre adolescentes sont interdits. Cette règle de sécurité s’applique tant aux délinquantes qu’à celles qui sont placées pour des raisons familiales. Un non-sens, selon les quatre jeunes qui ont réalisé, avec les artistes Emily Laliberté et Mélina Desrosiers, l’œuvre 310 dans le cadre du projet Porte-Voix.

« Quand je suis sortie, je voulais un câlin de ma mère, puis j'avais de la misère à aller le chercher, parce que ça faisait longtemps que j'avais pas eu droit à des contacts physiques », dit Vanessa (prénom fictif), rencontrée dans les murs du Centre jeunesse lors d’une entrevue avec le collectif d’artistes.

Dans 310, les adolescentes – l’une d’elles est depuis en processus de transition pour devenir un homme — dénoncent les rondes de nuit effectuées toutes les 30 minutes par les surveillants. « On est des êtres humains, dit Marie-Jeanne (prénom fictif) en entrevue. C'est pas normal de se faire réveiller par une lampe de poche pour voir si tu dors bien ou pas. Je les comprends qu'ils sont obligés de faire ça. C'est leur job de voir si on respire bien ou pas. Mais pour une personne qui arrive ici, qui a pas ces problèmes-là [par exemple, des idées suicidaires], je trouve ça un petit peu abuser, genre. »

De la chambre à coucher à la cafétéria, en passant par le balcon grillagé, l’œuvre de réalité virtuelle 310 plonge les spectateurs dans le quotidien des filles hébergées dans ce centre. Une routine réglée au quart de tour, qui contraste avec la vie à l’extérieur, sans encadrement.

Lorsqu’elle a quitté le centre, Marie-Soleil a perdu ses repères. « Personnellement, j’aurais aimé ça préparer ma sortie, dit la jeune femme. On a une liberté un moment donné, que ce soit dans quatre ans, six ans ou trois semaines. » Le collectif croit que davantage de temps devrait être consacré à la préparation à la vie adulte : apprendre à cuisiner et à faire un budget, par exemple.

« À la place d'un sport, si on avait fait une rencontre avec mon éducatrice et qu'on avait pris le temps de sortir, puis qu'on avait dit bon, voilà la Grande Bibliothèque de Montréal, le YMCA », dit Vanessa.

Une œuvre qui a de l’impact

Le projet 310 a été réalisé avec l’approbation de la direction du Centre jeunesse de Laval. Une éducatrice spécialisée a d’ailleurs pris part au projet.

Selon Emily Laliberté, l’œuvre a déjà eu un impact au centre. « Quand les gens de la direction, les chefs d’unités et les intervenants ont eu le casque sur la tête, qu’ils ont vu le contenu, de voir l’émotion et le choc cognitif qu’ils ont ressentis [on sentait] qu’il y avait une prise de conscience collective », dit la directrice générale et artistique de Coup d’éclat, un organisme culturel qui mène divers projets de cocréation avec des populations marginalisées.

Dès la semaine prochaine, la direction du Centre jeunesse créera un comité spécial, formé d’intervenants et de deux usagers (un de l’aile des filles et un du côté des garçons), pour discuter des problématiques soulevées dans le documentaire. « On va passer scène par scène pour essayer de voir "y a-t-il des changements qu'on peut faire?", dit Stéphanie Giard, éducatrice spécialisée qui a participé à 310. On va faire des recommandations qui vont être envoyées aux chefs d'équipe, aux chefs d'unités de vie. Les équipes d'éducateurs devront mettre en place, dans leur plan d'action, un objectif en lien avec ce qu'on va avoir suggéré. »

Le documentaire sera diffusé du 9 au 17 novembre à la Cinémathèque québécoise, à Montréal.

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