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Analyse : session parlementaire déterminante à l'Île-du-Prince-Édouard

L'Assemblée législative de l'Île-du-Prince-Édouard.
L'Assemblée législative de l'Île-du-Prince-Édouard. Photo: Radio-Canada / François Pierre Dufault
Radio-Canada

La session parlementaire d'automne qui débute mardi à l'Île-du-Prince-Édouard sera déterminante à bien des égards, tant pour le gouvernement libéral que pour les partis d'opposition.

Une analyse de François Pierre Dufault

Toutes les formations représentées à l'Assemblée législative se préparent pour l'échéance électorale de 2019.

Pour le gouvernement de Wade MacLauchlan, cette session parlementaire est une occasion de refaire le plein d'appuis. Depuis un an, les sondages sont moins favorables aux libéraux au pouvoir depuis 11 ans. Les électeurs semblent de plus en plus intéressés par le Parti vert.

Les insulaires seront à l'écoute des débats à l'Assemblée législative au cours des prochaines semaines. Le premier ministre et son équipe voudront sans doute profiter de cette tribune pour convaincre qu'ils sont toujours les mieux placés pour gouverner la province.

Les libéraux et l'économie

Déjà, les libéraux semblent vouloir faire campagne sur le thème de l'économie.

Rien d'étonnant. L'économie insulaire se porte bien. Le taux de chômage est à son plus bas depuis 40 ans. La province nage dans les surplus budgétaires. Et le gouvernement fédéral l'a largement épargnée au moment d'imposer une tarification du carbone aux provinces et territoires dont il jugeait le plan pour réduire les émissions de gaz à effet de serre trop peu ambitieux.

Le premier ministre de l'Île-du-Prince-Édouard, Wade MacLauchlan.Le premier ministre de l'Île-du-Prince-Édouard, Wade MacLauchlan. Photo : Radio-Canada / Julien Lecacheur

Des écueils attendent toutefois le gouvernement MacLauchlan d'ici la mi-décembre.

Un procès pour fraude à l'immigration doit s'ouvrir à Charlottetown à la fin novembre. Les propriétaires d'un motel, Ping Zhong et Yi Zhong, sont accusés d'avoir aidé des investisseurs chinois parrainés par la province à fournir de fausses adresses aux autorités canadiennes au moment de présenter leur demande de résidence permanente au pays.

S'il est démontré ou même suggéré durant ce procès que le gouvernement provincial a fait preuve de laxisme dans la gestion de son programme d'immigration économique, abandonné sans préavis à la fin de l'été, les libéraux pourraient passer la deuxième moitié de la session parlementaire sur la défensive.

Autre dossier chaud : le choix d'un commissaire pour coordonner le référendum sur la réforme du mode de scrutin que le premier ministre Wade MacLauchlan a promis de tenir en même temps que les prochaines élections.

Ce commissaire doit être nommé par les deux tiers des députés. Or, les libéraux n'ont plus que 16 des 27 sièges à l'Assemblée législative. Ils devront donc convaincre aux moins deux députés de l'opposition de voter avec eux, ce qui est loin d'être acquis.

James Aylward renonce à la direction du Parti progressiste-conservateur de l'Île-du-Prince-Édouard, affirmant ne pas avoir été en mesure de gagner la confiance des électeurs.James Aylward renonce à la direction du Parti progressiste-conservateur de l'Île-du-Prince-Édouard, affirmant ne pas avoir été en mesure de gagner la confiance des électeurs. Photo : CBC / Randy McAndrew

Les prochaines semaines seront aussi déterminantes pour l'opposition.

À quelques mois des prochaines élections, les progressistes-conservateurs sont encore une fois à la recherche d'un chef. Le sixième titulaire du poste depuis une décennie, James Aylward, a démissionné en septembre, s'avouant incapable de mener sa troupe vers une victoire en 2019. Aucun député ne veut lui succéder.

Le parti est troisième dans les sondages. En privé, des militants disent craindre un autre naufrage électoral comme celui de 2015.

Course à la direction

Une bonne performance des députés de l'opposition officielle à l'Assemblée législative pourrait occulter le fait que leur navire a besoin, une fois de plus, d'être radoubé. Le procès des Zhong pourrait représenter pour eux une véritable manne. Par contre, ils pourront difficilement attaquer le gouvernement sur sa gestion de l'économie insulaire – un de leurs sujets de prédilection.

Le Parti progressiste-conservateur mise sur une course à la direction pour mobiliser ses militants et faire le plein d'appuis. Mais rien n'est gagné d'avance. Pendant ses 11 mois à la direction du parti, James Aylward n'a guère mieux fait dans les sondages que son prédécesseur Jamie Fox.

Le chef du Parti vert de l'Î.-P.-É. a proposé une motion mardi, mais les Libéraux ont empêché la tenue d'un vote.Peter Bevan-Baker, chef du Parti vert de l'Île-du-Prince-Édouard. Photo : Radio-Canada

Et puis, il y a le Parti vert.

Selon certains sondages, la troupe de Peter Bevan-Baker pourrait ravir le pouvoir aux libéraux seulement quatre ans après avoir fait élire son premier député. Ou à tout le moins, elle pourrait forcer l'élection d'un gouvernement minoritaire.

Au cours des prochaines semaines, les Insulaires vont tendre l'oreille à cette jeune formation comme jamais auparavant. Il ne s'agit plus de répondre à un sondage. Il s'agit de choisir le prochain gouvernement.

Le choix d'un commissaire référendaire donnera sans doute une occasion à Peter Bevan-Baker de marquer des points, en particulier auprès des électeurs qui sont toujours indignés par la volte-face des libéraux à la suite du plébiscite de 2016 sur la réforme du mode de scrutin, remporté de justesse par les partisans d'un système proportionnel mixte.

Toutefois, la popularité du Parti vert risque de l'exposer davantage aux critiques tant des autres formations que du public en général. La pression sera plus forte. Les risques de faire un faux pas seront, par conséquent, plus nombreux.

De la place pour quatre partis ?

Cette session parlementaire sera déterminante, finalement, parce que chacun des trois partis représentés à l'Assemblée législative y jouera un peu son avenir.

À l'extérieur de la chambre, Joe Byrne tente quant à lui de rebâtir le Nouveau Parti démocratique, presque éteint depuis les dernières élections. Son défi est de recruter une équipe pour 2019 et de faire en sorte qu'elle soit entendue par l'électorat. Plus encore, il doit convaincre cet électorat qu'il y a de la place pour un quatrième parti sur l'échiquier politique de la province.

C'est d'ailleurs une question que plusieurs électeurs de l'Île-du-Prince-Édouard risquent de se poser pour la première fois en se rendant aux urnes, l'an prochain. Dans une province où le pouvoir alterne entre deux partis depuis 150 ans, peut-on imaginer un autre scénario ?

Île-du-Prince-Édouard

Politique provinciale