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Vivre au pays des Mitchifs quand on vient du Sénégal

Radio-Canada

Quitter le Sénégal pour la France. Passer par le Québec et la Saskatchewan, avant d'atterrir à Saint-Laurent, au Manitoba. La famille Sall a fait l'expérience de la vie en région rurale.

Un texte de Patricia Bitu Tshikudi

Qu'est-ce qui pousse une famille africaine à aller vivre au pays des Métis et comment se passe l'intégration?

Abdoul Sall, enseignant de 5e et 6e années à l’École communautaire Aurèle-Lemoine, à Saint-Laurent, répond en riant : « Souvent, on dit entre immigrants africains : nous, on vient de loin et le Canada est un petit pays pour nous. »

« [...] Ça veut dire que quelqu'un qui vient du Sénégal et qui vient s'installer au Canada [...], tu ne peux pas dire que le Nunavut, par exemple, c'est loin. »

Comme pour beaucoup d’immigrants, l’emploi a souvent dicté les décisions de la famille Sall.

« Je n'ai pas hésité un instant », se souvient le père de famille, en parlant de son départ pour Saint-Laurent.

Après être arrivé de France, Abdoul Sall a occupé différents emplois au Québec avant d’entreprendre une formation qui l’a mené en Saskatchewan, où sa femme et ses enfants, qui étaient au Sénégal, l’ont rejoint en 2014.

Je voulais vraiment faire de l'enseignement.

Abdoul Sall, enseignant à l'École communautaire Aurèle-Lemoine

« J'ai commencé par Odyssée, un programme qui permet à ceux qui veulent se lancer en enseignement de voir [si ça leur plaît] », raconte le père de famille.

Après avoir travaillé comme contractuel dans différentes écoles françaises en Saskatchewan et au Manitoba, Abdoul Sall obtient enfin un poste permanent d’enseignant. Cette fois, c’est à Saint-Laurent, au Manitoba, que le travail l’entraîne.

« Je ne me suis pas posé de questions pour le déménagement parce que je sais que j'ai déjà vécu dans de petites communautés francophones », dit-il.

S'il n'a pas hésité à faire le saut, sa famille elle, a dû suivre et s'acclimater au changement.

Une adaptation difficile

« Je ne connaissais personne quand je suis arrivée [...] tout le monde me regardait bizarrement », explique Neeneh Sall, âgée de 12 ans.

Je me sentais toute seule et je voulais retourner en ville.

Neeneh Sall

L'acclimatation a aussi été difficile pour Aïssata Sall, qui est mère au foyer.

« Quand tu viens ici, tu ne connais personne, c'est ça, la difficulté, confie la jeune femme. Si tu restes à la maison dans ces conditions-là, tu es vraiment isolée. »

Résidente de la région et agente d’information au Centre de services bilingues, Brigite McDaniels est sensible à cette réalité.

« Ici, si tu as un conjoint qui travaille, qui s'en va en voiture, toi, tu es à la maison, tu veux aller faire quelque chose, tu as besoin d'une autre voiture », dit-elle.

Elle ajoute que la transparence envers ceux qui viennent s’installer dans la région est importante pour faciliter leur intégration, mais aussi l’attraction de nouveaux résidents.

« Il ne faut pas mentir. [Il faut] dire ce qui est disponible et ce qui n'est pas disponible », affirme-t-elle.

Si tu ouvres la porte aux gens, il faut être prêts pour les accueillir.

Brigite McDaniels, agente d’information au Centre de services bilingues

L’engagement communautaire

Malgré quelques défis, les membres de la famille Sall ont réussi à nouer des liens forts avec certains membres de leur communauté d’accueil.

« J'ai de bons amis ici, on a une école où c'est une famille. On s'entraide, on se tient la main. On se partage nos réussites et nos blues aussi », explique Abdoul Sall.

« J'étais l'année dernière vice-présidente du conseil scolaire, mais cette année, je suis la présidente du comité scolaire », confie fièrement Aïssata Sall.

Ces activités lui ont permis de faire des rencontres.

« Quand je suis venue ici, j'ai connu des amis comme Joanne Carrière et sa fille, Bianca Carrière. Mes enfants et ses enfants patinaient ensemble l'année dernière », raconte Aïssata Sall.

Pour Ilona Perrault, une Winnipégoise qui a épousé un natif de Saint-Laurent avant d'y emménager il y a près de 20 ans, c’est ça, la clé de l’intégration.

Les gens vont t'accepter, mais tu dois t’impliquer dans la communauté.

Ilona Perrault, résidente de Saint-Laurent

Le retour en ville

Même si leur séjour au pays des Michifs demeure une expérience inoubliable pour la famille Sall, cette dernière planifie un retour à Winnipeg dans l'année qui vient.

« Je veux que ma fille Neeneh fasse le programme du bac international et ça ne s’offre pas ici à Saint-Laurent », explique Aïssata.

Elle ajoute qu’elle aime beaucoup Saint-Laurent. « Même si je retourne vivre à Winnipeg, je passerais mon temps à venir rendre visite aux amis que je connais ici. »

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