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10 ans plus tard, la fusion des régies de santé divise toujours au Nouveau-Brunswick

De gauche à droite, en 2008 : le président du conseil d'administration du Conseil de la santé du Nouveau-Brunswick, Rino Volpé; Aldéa Landry, de Moncton, présidente du conseil d'administration de la nouvelle régie A ; le ministre de la Santé Michael Murphy; John Laidlaw, président du conseil d'administration de la nouvelle régie B, et Roxanne Fairweather, présidente de l'unité de services non cliniques.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

En 2008, le système de santé du Nouveau-Brunswick passait de huit à deux régies, maintenant nommées Vitalité et Horizon. Il s'agissait d'une réforme en profondeur de la gestion du système de santé dont les résultats ne font pas l'unanimité, dix ans plus tard.

Un texte de Michel Nogue

Le 11 mars 2008, le ministre de la Santé Michael Murphy abolit d’un trait de plume les huit régies de la santé de la province. Il les remplace par deux nouvelles entités administratives, soit les régies A et B, qui ont ensuite été renommées Vitalité et Horizon.

Ces changements visaient surtout à ralentir la hausse constante des dépenses dans le domaine de la santé. Avant la réforme, les huit régies de santé au Nouveau-Brunswick réunies affichaient des déficits de 75 000 000 $ par année.

J'ai enlevé les carnets de chèques du PDG de chaque régie. Et en le faisant, j'ai eu des ennemis par après, se souvient Michael Murphy.

Qu'à cela ne tienne, l’ancien ministre de la Santé est fier des changements apportés en 2008. Selon lui, le fait qu’aucun des gouvernements successifs n’ait modifié la structure du système de santé témoigne de la réussite de la réforme.

J'ai fait beaucoup de réformes. Mais la plus grande et le succès c'est Vitalité et Horizon.

Michael Murphy ancien ministre de la Santé du N.-B.
L'avocat Michael Murphy dans son bureau.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Michael Murphy, qui a depuis quitté la vie politique, était le ministre responsable de la fusion des régies de santé en 2008 au Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Michel Nogue

Ça n'avance à rien

Le président d’Égalité santé en français offre un tout autre son de cloche. Hubert Dupuis affirme que les changements apportés en 2008 se sont soldés par un échec sur presque toute la ligne. Ceux qui ont perdu, ce sont les hôpitaux, ce sont les patients. Et ceux qui ont gagné, ce sont le ministre de la Santé puis le ministère lance-t-il.

Selon lui, la réforme visait plutôt à renforcer la mainmise du ministère de la Santé sur la gestion des soins. Le Dr Dupuis conclut que la création de deux régies de santé a alourdi la prise de décision.

Ça n’avance à rien. On tourne en rond. C'est de la mélasse. C'est de la mélasse qui est en train de pogner. Ce n'est pas pour le mieux des patients. C'est pire.

Hubert Dupuis président, Égalité santé en français
Hubert Dupuis, président d'Égalité santé en français.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Pour Hubert Dupuis, d'Égalité santé en français, les changements apportés en 2008 se sont soldés par un échec sur presque toute la ligne.

Photo : Radio-Canada / Michel Nogue

Sur ce point, Michael Murphy semble donner raison au Dr Dupuis. L’ancien ministre reconnaît même que les réseaux de santé devraient avoir un plus grand pouvoir décisionnel.

Je pense que le ministère de la Santé ne devrait pas être dans la business d'administrer ces services-là. Ça devrait être dans les unités d'Horizon et Vitalité. Mais le problème, parallèlement, c'est de contrôler les dépenses, conclut M. Murphy.

Un compromis qui n’a jamais été réalisé

Les médecins du sud-est du Nouveau-Brunswick, dont Hubert Dupuis, se sont toujours opposés vigoureusement à la disparition de la seule régie de santé francophone à l’est du Québec, soit la régie Beauséjour.

Après l’annonce de sa réforme en 2008, le ministre de la Santé a refusé pendant plusieurs semaines de désigner l’une des deux régies comme étant francophone, malgré les pressions de la communauté acadienne. Le 23 avril 2008, Michael Murphy a simplement déclaré que le réseau A fonctionnerait surtout en français et que le réseau B fonctionnerait surtout en anglais.

Durant le mois d'octobre suivant, Égalité santé en français a intenté une poursuite en justice contre l’abolition de la régie Beauséjour. Le groupe de pression a retiré sa poursuite en avril 2010, lorsque le gouvernement libéral de Shawn Graham a consacré le caractère francophone de ce qui allait devenir le réseau de santé Vitalité.

Le Centre hospitalier universitaire Dr-Georges-L.-Dumont à Moncton.

Le Centre hospitalier universitaire Dr-Georges-L.-Dumont à Moncton.

Photo : Radio-Canada / Michel Nogue

Pour la toute première fois, l’ancien ministre Michael Murphy reconnaît qu’il a pensé offrir une solution de compromis en accordant plus d’autonomie à deux grands hôpitaux.

C'était d'avoir des sous-régies pour l'Hôpital Georges-Dumont et pour l'Hôpital régional de Saint-Jean, parce qu'ils sont les centres universitaires pour l’enseignement de la médecine, déclare l’ancien ministre.

Michel Murphy ajoute que certains lui reprochaient d’aller trop vite et qu’il a préféré ne pas créer de sous-régies pour éviter de compromettre l’ensemble de sa réforme.

C'est de la foutaise!

Hubert Dupuis, président de Santé égalité en français

Le président d’Égalité santé en français doute que le gouvernement provincial ait voulu donner plus d’autonomie au Centre hospitalier universitaire Dr-Georges-L.-Dumont.

Je ne crois pas, non. Avez-vous vu des sous-régies, actuellement? Non!, conclut le porte-parole du groupe de pression.

Rappel des événements :

  • 11 mars 2008 : le ministre de la Santé du Nouveau-Brunswick, Michael Murphy, lance une restructuration majeure du système de santé. Les huit régies régionales seront remplacées par deux nouvelles entités;
  • 1er avril 2008 : le commissaire aux langues officielles, Michel Carrier, appuie la Société des Acadiens et des Acadiennes du N.-B. qui demande la reconnaissance d'une régie entièrement francophone;
  • 2 avril 2008 : les médecins de la région de Moncton font une sortie en règle contre la réforme Murphy. Ils mettent sur pied le comité Santé égalité en français;
  • 22 avril 2008 : des syndicats et des groupes communautaires manifestent pour dénoncer la décision du gouvernement du N.-B. d'imposer le bâillon dans le débat sur les régies de santé;
  • 23 avril 2008 : Michael Murphy confirme que le conseil d'administration de la régie A fonctionnera surtout en français alors que la régie B fonctionnera surtout en anglais;
  • 29 octobre 2008 : le comité Égalité santé en français lance une poursuite en justice contre l'abolition de la régie de santé Beauséjour;
  • 7 avril 2010 : l'auteur d'un rapport sur la santé en français au N.-B., Gino LeBlanc, recommande au gouvernement de faire de la régie A une entité francophone;
  • 8 avril 2010 : le gouvernement de Shawn Graham consacre le caractère francophone de la régie de santé A. Égalité santé en français abandonne sa poursuite en justice.

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