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Québec et Ottawa s'engagent à tout faire pour aider les travailleurs mis à pied par Bombardier

Une partie des installations de Bombardier dans le nord de Toronto

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Radio-Canada

Québec et Ottawa assurent qu'ils vont tout mettre en oeuvre pour venir en aide aux travailleurs de Bombardier. Pas moins de 3000 d'entre eux seront mis à pied d'ici un an et demi au Canada, a annoncé l'avionneur jeudi, soit 2500 au Québec et 500 en Ontario.

Un texte de François Messier

Évoquant une « journée très triste », le premier ministre québécois François Legault a assuré que ses ministres de l'Économie et de l'Emploi, Pierre Fitzgibbon et Jean Boulet, sont déjà à pied d'oeuvre pour s'assurer qu'on « réduise au minimum le nombre d'emplois perdus ».

M. Legault dit ne pas savoir quels travailleurs dans quelles usines seront touchés par cette nouvelle vague de compressions, mais assure que les 2000 employés qui travaillent sur les A220, anciennement connus sous le nom de C Series, ne sont pas touchés.

Il croit toutefois que l'industrie de l'aérospatiale « va bien » au Québec et pourra absorber une partie des travailleurs licenciés.

Beaucoup d’entreprises actuellement sont à la recherche de personnel qualifié dans le secteur de l’aéronautique. Donc, on peut penser qu’il y a une partie des employés qui éventuellement perdront leur emploi chez Bombardier [qu’]on va pouvoir replacer dans d’autres entreprises du secteur aéronautique.

François Legault, premier ministre du Québec

Son ministre de l'Économie, Pierre Fitzgibbon, avait aussi fait valoir un peu plus tôt dans la journée que les entreprises de l'industrie aérospatiale emploient 40 000 personnes au Québec, et que 30 000 autres emplois pourraient être créés dans le secteur d'ici 10 ans.

Selon lui, des employés du ministère de l'Économie ont déjà entrepris de contacter « toutes les entreprises du Québec qui ont un programme d’innovation, des programmes d’investissement, pour pouvoir accélérer ces programmes [et] atténuer le plus possible la perte d’emplois. »

« En accélérant les programmes d'investissement, ça va forcément permettre à des ingénieurs, à des techniciens, d’avoir un emploi, a-t-il avancé. On va travailler très fort pour qu’il y ait zéro impact. »

Une réunion doit aussi avoir lieu dès lundi matin avec « certains joueurs de l’industrie qui peuvent être disponibles » afin de « mettre en œuvre immédiatement un plan de remédiation », a précisé M. Fitzgibbon.

Pour rassurer les travailleurs, j’aimerais leur dire que l’industrie de l’aérospatiale est solide, en santé, et que votre gouvernement est là pour faciliter, aider [à] remplacer des emplois perdus. [...] C’est une industrie qui est en santé et qui est en mode recrutement.

Pierre Fitzgibbon, ministre de l'Économie du Québec

« Je ne veux pas faire le procès de Bombardier  », dit Fitzgibbon

M. Fitzgibbon dit comprendre « la frustration des travailleurs de Bombardier », mais refuse de remettre en question le bien-fondé des décisions de l'entreprise. « Je ne veux pas faire le procès de Bombardier », a-t-il laissé tomber au cours d'un bref point de presse.

Le ministre maintient par ailleurs que la cession des actifs du programme de la C Series à Airbus a été une bonne chose. Critiquer cette transaction avec le recul est « trop facile », même s'il « aurait probablement fait différemment ».

Mon travail n’est pas de questionner la stratégie de Bombardier, une compagnie qui est en restructuration depuis plusieurs années. Mon travail, c’est de m’assurer que l’industrie va bien aller et que nous mettons en œuvre au gouvernement les initiatives pour bien performer. Et on va le faire.

Pierre Fitzgibbon, ministre de l'Économie du Québec

Le ministre a ajouté que « la présence d'Airbus dans notre tissu industriel, aérospatial, est très favorable ». Il compte d'ailleurs travailler avec la multinationale française pour aider les employés de Bombardier à se trouver un nouvel emploi. Il a aussi évoqué une collaboration avec Pratt & Whitney, Héroux Devtek et CAE.

Mercredi, M. Fitzgibbon a déclaré être « drôlement content de voir Airbus aux commandes » de l'avion A220, d'abord développé sous le nom de C Series par Bombardier, et a affirmé que la décision du gouvernement Couillard d'investir 1 milliard de dollars américains dans Bombardier « était requise ».

François Legault, qui soutenait à l'époque que Québec aurait dû investir dans la société mère plutôt que dans le seul programme de la C Series, ni que son ministre et lui ne sont pas sur la même longueur d'onde à ce sujet.

« Non. On a tous les deux la même idée, on dit la même chose, il faut faire attention aux titres. Moi, je l’ai dit souvent : on aurait pu structurer une transaction où le gouvernement aurait eu plus de garanties financières, plus de garanties sur un plancher d’emplois, a-t-il dit. Par contre, il fallait aider Bombardier. C’est une entreprise importante, ce sont des emplois payants. C’est juste la façon dont ça a été fait avec laquelle on n’était pas d’accord. »

Entrevue avec Pierre Fitzgibbon, ministre québécois de l’Économie et de l’Innovation

Ottawa s'engage à collaborer avec Québec

À Ottawa, le premier ministre Justin Trudeau est demeuré circonspect lorsqu'il a été interrogé sur la décision de Bombardier, une entreprise à laquelle son gouvernement a versé 372,5 millions de dollars pour soutenir des activités de recherche et développement dans le cadre des programmes C Series et Global 7000.

« On continue de croire profondément dans notre industrie aérospatiale et on va continuer d’appuyer les travailleurs en démontrant qu’on est là pour investir dans de bons emplois pour la classe moyenne, a-t-il commenté avant la période de questions. On est en train de travailler avec Bombardier, on va toujours protéger notre industrie aérospatiale. »

« Je suis très déçu, c’est une mauvaise nouvelle, a commenté son ministre de l'Innovation, des Sciences et du Développement économique, Navdeep Bains. Nous allons continuer de travailler dans le secteur, particulièrement pour le C Series et pour le Global 7000. C’est deux programmes qui vont avoir beaucoup de potentiel. »

En matinée, le ministre fédéral de l'Infrastructure et des Collectivités, François-Philippe Champagne, avait pour sa part assuré que le gouvernement Trudeau « va tout faire » pour venir en aide aux travailleurs en collaboration avec le gouvernement Legault.

On va continuer de voir avec nos homologues du Québec ce qu’on peut faire pour les travailleurs, les travailleuses. C’est vraiment l’enjeu de ce matin, c’est de voir comment on peut faire.

François-Philippe Champagne, ministre fédéral de l'Infrastructure et des Collectivités

Le ministre du gouvernement Trudeau compte aussi sur les autres entreprises de l'industrie aérospatiale pour embaucher des employés qui seront mis à pied. « On sait qu’à Montréal, c’est un grand pôle, on a Bell Helicopter, CAE, Pratt & Whitney. Donc, on a réussi à créer cette grappe industrielle qui permet un peu de mobilité », a-t-il souligné.

Lors de la période de questions à Ottawa, le député conservateur Gérard Deltell a déploré qu'en dépit du prêt consenti par Ottawa, « Bombardier n’avait aucune obligation de protéger les emplois » au Canada.

Le néo-démocrate Guy Caron a quant à lui pourfendu les dirigeants de Bombardier qui « s’en mettent plein les poches pour ensuite renvoyer des milliers de travailleurs ».

Legault doit faire pression sur Ottawa, argue Anglade

L'ex-ministre québécoise de l'Économie, la libérale Dominique Anglade, presse le gouvernement Legault de faire pression sur Ottawa dans ce dossier.

« Je pense que le gouvernement du Québec, et les Québécois de manière générale, ont fait leur juste part dans tout ça. Les Québécois ont beaucoup investi pour s'assurer qu’on ait le C Series et qu’on ait des travailleurs qui puissent rester avec des emplois dans ce secteur », a-t-elle commenté sur les ondes de RDI.

Il faut absolument qu’il [le gouvernement fédéral] soit à la table. Il faut que le gouvernement Legault force la discussion et soit extrêmement proactif. C’est en étant proactif qu’on arrive à avoir des résultats et à éviter des situations qui ne sont pas positives pour l’économie du Québec.

Dominique Anglade, porte-parole libérale en matière d'Économie

L'ex-ministre continue néanmoins de défendre son l'investissement du gouvernement Couillard dans le programme de la C Series de Bombardier. L'annonce de ce matin, dit-elle, ne donne « absolument pas » raison à la Coalition avenir Québec et au Parti québécois, qui étaient tous deux d'avis, à l'époque, que Québec aurait plutôt dû investir dans la compagnie mère.

PQ et QS vilipendent la direction de Bombardier

« C’est catastrophique pour l’emploi au Québec, et pour le secteur aéronautique », a réagi le chef intérimaire du PQ, Pascal Bérubé, qui somme le premier ministre Legault de forcer les dirigeants de Bombardier à s'expliquer. Ces derniers devraient aussi renoncer à leurs importantes hausses de salaire obtenues depuis deux ans, croit M. Bérubé.

Selon lui, le ministre Fitzgibbon s'est discrédité dans ce dossier en encensant l'investissement du gouvernement Couillard dans la C Series. En agissant de la sorte, il a agi en « actionnaire », plutôt qu'en ministre soucieux de préserver des emplois. Conséquemment, « le dossier doit être confié au premier ministre du Québec », a-t-il plaidé.

« Je demande au premier ministre du Québec qu’il convoque dans son bureau aujourd’hui les cadres de Bombardier. Ils ont des explications à donner aux citoyens du Québec », affirme M. Bérubé. Il demande en outre « aux cadres de Bombardier de renoncer, dans la journée, à toutes les augmentations obtenues en 2018 et en 2017 ».

Je n’ai pas beaucoup de sympathies pour la direction de Bombardier, des gloutons qui se sont enrichis avec l’argent du public, qui ont augmenté leur salaire de 48 % l’an dernier, jusqu’à 30 % cette année, et qui aujourd’hui viennent nous dire qu’ils doivent faire des choix difficiles. Ça ne passe pas avec moi.

Pascal Bérubé, chef intérimaire du Parti québécois

Le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, s'est aussi attaqué à la direction de Bombardier, qui n'a eu aucun scrupule à « s'en mettre plein les poches en s'abreuvant aux fonds publics » au cours des dernières années.

Selon ses calculs, les cinq plus hauts dirigeants de l'entreprise se sont partagé 40 millions de dollars en salaire depuis deux ans. « C’est 20 % ou à peu près des économies qu’ont prétend faire aujourd’hui », soit environ 250 millions de dollars, selon les prétentions de l'avionneur.

Un message inquiétant pour les syndiqués

Pour David Chartand, de l’Association internationale des machinistes et des travailleurs et travailleuse de l’aérospatiale, cette annonce est une source d'incertitude pour l'ensemble de la main-d'oeuvre de Bombardier au Québec. Ces travailleurs devront vivre pendant plusieurs mois dans la crainte de perdre leur emploi, l’avionneur n’ayant pas précisé quels secteurs seront touchés par ces mises à pied.

Il y a 2500 pertes d’emploi, mais les 15 000 employés de la province sont inquiets. Ces gens-là devront vivre avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête, car ils vont seulement savoir dans 15 à 18 mois s’ils perdront leur emploi.

David Chartrand, coordonnateur québécois de l’Association internationale des machinistes et des travailleurs et travailleuse de l’aérospatiale

Bien que l’industrie de l’aérospatiale se porte bien au Québec et que les travailleurs y soient en demande, David Chartrand estime que ces licenciements auront un effet négatif pour l’image de Bombardier et surtout pour la confiance des Québécois en cette industrie qui est encore un fleuron québécois, a-t-il souligné au micro de Midi Info.

Selon David Chartrand, la vraie richesse du Québec en aéronautique est la qualité supérieure de sa main-d’œuvre. Lorsqu’un géant comme Bombardier licencie des milliers d’employés, dit-il, le message envoyé aux jeunes qui voudraient faire carrière dans le domaine est plutôt décourageant.

Le syndicat Unifor-Québec, qui représente plus de 1900 travailleurs du Centre de finition Bombardier ainsi que ceux de Q Series en Ontario, se dit aussi préoccupé par ce développement.

« Cela lance un message inquiétant pour l'avenir de l'industrie, alors même que ce secteur est en pleine pénurie d'emploi », a commenté le directeur québécois, Renaud Gagné. « Globalement, ces annonces nous laissent dans le noir quant à la suite des choses. »

Avec la collaboration de Stéphane Bordeleau

Économie