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L’inflammation placentaire laisse des séquelles chez beaucoup de prématurés

Une paire de pieds de bébé naissant.
Un bébé qui vient de naître à l'hôpital Photo: Getty Images / Christopher Furlong
Radio-Canada

Au Québec, 8 % des bébés naissent prématurément, soit 6000 enfants par année. La moitié de ces poupons se développent dans un contexte d'inflammation, c'est-à-dire que durant sa grossesse, la mère combat une infection. Un contexte longtemps négligé, mais dont on saisit mieux les conséquences aujourd'hui.

Un texte de Danny Lemieux, de Découverte

On le sait, naître trop tôt peut engendrer des conséquences importantes. « De 40 % à 50 % des grands prématurés vont conserver des séquelles neurologiques, précise le neurologue pédiatrique Guillaume Sébire. On parle ici de paralysie cérébrale, de difficultés d'apprentissage, de déficience intellectuelle et de troubles d'attention. »

On a longtemps considéré la privation d'oxygène comme étant la cause première de ces retards du développement. Or, s’il est vrai que les neurones cérébraux sont sensibles au manque d'oxygène, on sait maintenant que l'asphyxie n’explique pas à elle seule la présence de lésions cérébrales.

« Des mesures extraordinaires ont été prises pour protéger les petits bébés prématurés contre le manque d'oxygénation, mais ça n'a pas vraiment modifié la fréquence des complications neurologiques. Alors, on s'est tourné vers d'autres hypothèses », poursuit le Dr Sébire.

Après des années de recherche, on a montré que le principal facteur de risque de développer des séquelles neurologiques, c'est la naissance dans un contexte inflammatoire.

Guillaume Sébire, neurologue pédiatrique

Le système immunitaire mis en cause

Même si on suspecte que toutes les formes d’inflammation peuvent être dommageables, l’inflammation placentaire est celle qui inquiète davantage. Elle débute souvent par l’exposition de la mère à un streptocoque de groupe B ou à la bactérie E. coli.

On pointe l’inflammation, mais dans les faits, c’est le système immunitaire lui-même qui doit être ciblé.

En présence d’une toxine, le système immunitaire s’active et déploie une panoplie de cellules immunitaires. Une réaction normale et souhaitable. Le problème survient quand il y a excès de cellules immunitaires.

Parmi toutes les cellules de l'immunité, le coupable se cache parmi la grande famille des interleukines. Ces protéines agissent comme des messagers entre les différentes cellules immunitaires. Elles orchestrent la réponse immunitaire. Du groupe, c’est l’interleukine de type 1 qui cause des séquelles neurologiques.

« On a des données qui montrent que, quand on expose des cellules cérébrales, notamment des neurones, à des médiateurs inflammatoires comme l'interleukine 1, certains effets négatifs, à certaines concentrations et pendant une certaine durée d'exposition, peuvent se produire. Certains réseaux de neurones peuvent être affectés, voire partiellement détruits, ou organisés d'une manière un petit peu aberrante sous l'effet de molécules de l'inflammation », explique le Dr Guillaume Sébire.

Il faut savoir que le placenta produit des substances essentielles au cerveau. « On peut facilement comprendre qu'une interférence au niveau de la production d'hormones perturbera le développement du cerveau », ajoute le neurologue.

Cibler l’interleukine de type 1 pour contrecarrer ou prévenir l’inflammation chez la femme enceinte pose problème. D’abord, parce que l’interleukine 1 protège et participe aussi à la naissance des neurones chez l’enfant.

« Tout le défi des traitements qui visent à bloquer sélectivement certaines molécules de l'inflammation qu'on a pu incriminer, c'est de neutraliser la partie excessive, dangereuse [dans] ses effets, sans anéantir leur production », explique le Dr Sébire.

Difficile de diagnostiquer l'inflammation

L’inflammation placentaire est souvent asymptomatique. Le bébé baigne alors dans un environnement inflammatoire, sans que personne ne le soupçonne. On ne dispose pas encore de marqueur biologique permettant de la diagnostiquer, se désole le Dr Sébire. « Il en existe certains, mais ils sont très invasifs comme aller mettre une aiguille dans le placenta, ce qui comporte un risque pour le bébé et la maman. Donc, ce n’est pas tout à fait idéal. »

Dans la famille des prématurés, l’inflammation touche davantage les garçons que les filles. « Pourquoi? C'est une question à laquelle on n’a pas la réponse, avoue le Dr Sébire. Ce qu'on a montré récemment dans notre laboratoire, c’est que leur réponse inflammatoire était différente. Globalement, les placentas reliés au fœtus de sexe masculin ont une réponse inflammatoire de trois à quatre fois plus importante à infection égale, à timing d’infection similaire, que ce qu'on observe dans le placenta des filles. »

Les médicaments anti-inflammatoires permettront-ils de réduire le taux de prématurés et, par le fait même, d’en limiter ses conséquences?

Est-ce que c'est exactement ce qui se passe dans le cerveau des prématurés? Tout cela reste encore à être prouvé.

Mais le Dr Sébire travaille sur la question depuis 20 ans. Chez le modèle animal, ça fonctionne. Mais chez la femme? Nous sommes à l’aube des essais cliniques; quelques mois voire quelques années encore seront nécessaires pour obtenir les réponses.

Le reportage de Danny Lemieux et Geneviève Turcotte est diffusé à l'émission Découverte, dimanche, à 18 h 30, à ICI Radio-Canada Télé.

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