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Les travailleurs étrangers attendus sont arrivés à Rouyn-Noranda

Deux travailleurs philippins sourient à la caméra dans un atelier de Technosub de Rouyn-Noranda.
Technosub se tourne vers les travailleurs étrangers pour contrer la pénurie de main-d'oeuvre Photo: Radio-Canada / Émilie Parent-Bouchard
Radio-Canada

Attendus depuis des mois, les premiers travailleurs philippins venus aider à atténuer les effets néfastes de la pénurie de main-d'oeuvre sur les entreprises sont débarqués à Rouyn-Noranda au début du mois de novembre.

Un texte d'Émilie Parent-Bouchard

À peine sont-ils arrivés que le fabricant de pompes submersibles et de solutions de dénoyage Technosub parle d'une bouffée d'air frais pour maintenir son rythme de croissance et même fouetter les troupes. Mais, avant d'être une aventure économique, il s'agit surtout d'une aventure humaine, tant pour les dirigeants de l'entreprise que pour ces travailleurs en provenance d'Asie du Sud-Est.

On a besoin d'une vingtaine de machinistes d'habitude et [avant l'arrivée des Philippins], on était à 11. Des machinistes, c'est en voie de disparition. Moreau, il veut avoir 10 mécaniciens de grues. Ça n'existe pas ici. Lui, il les attend avec impatience. Ce sont des travailleurs du métal et aux Philippines et ils sont assez spécialisés. C'est ce qui est intéressant pour les industries en ville. C'est un bon investissement pour nous autres, ça, c'est sûr, lance d'emblée le président-directeur général de Technosub, Éric Beaupré.

Difficile de trouver

Annonces dans les journaux, formation rémunérée, recrutement dans les grands centres : les entreprises ont littéralement tout essayé pour recruter des machinistes avant de se tourner vers l'international. Cependant, dans le contexte actuel de pénurie de main-d'oeuvre, c'était mission impossible, estime Éric Beaupré.

Photo du président-directeur général de Technosub, Éric Beaupré, assis à son bureau.Le président-directeur général de Technosub, Éric Beaupré, dit avoir tout essayer pour recruter des machinistes. Photo : Radio-Canada / Émilie Parent-Bouchard

Malgré les 18 000 $ investis pour chacun de ces six travailleurs, le jeu en vaut la chandelle.

Tu sépares ça en trois ans, c'est 6000 $ par gars. [C'est] ce que ça nous coûte en frais de journaux, de formation, de pertes de jobs [auxquelles on devait dire] non parce qu'on n’était pas capables de fournir, poursuit M. Beaupré, déjà séduit par l'expérience.

Des travailleurs compétents

Le contremaître Philippe Mainville est allé rencontrer et sélectionner ces travailleurs directement aux Philippines au début de 2018. D'abord inquiet des aspects santé et sécurité au travail, il est agréablement surpris du travail consciencieux, précis et sécuritaire de ses nouveaux protégés.

Ça va très bien, je suis super content, assure-t-il. On a des éléments de sécurité qu'ils n'ont pas là-bas, mais ils font très bien avec, poursuit celui qui craignait que ces nouvelles recrues ne travaillent un peu comme ils conduisent, c'est-à-dire de manière aussi désordonnée que la circulation anarchique qui caractérise la capitale, Manille.

Il ajoute que même s'ils sont en ville depuis un mois à peine, les Philippins dynamisent déjà les équipes de travail. Il y a plusieurs travailleurs qui sont intéressés à eux autres, qui viennent leur jaser, juste un bonjour le matin, c'est important. Je vois qu'il y a déjà une chimie qui s'installe et les gars prennent ça du bon côté, fait-il valoir.

La grande séduction

Un travailleur philippins s'affaire sur une machine de Technosub à Rouyn-Noranda. Aux prises avec une importante pénurie de main-d'oeuvre, plusieurs entreprises se sont tournées vers le recrutement international Photo : Radio-Canada / Émilie Parent-Bouchard

Tout est mis en oeuvre pour que les travailleurs se plaisent à Rouyn-Noranda. Les six Philippins - cinq d'entre eux sont présentement arrivés - logent ensemble dans un appartement meublé, chauffé et branché « pour les premiers mois, jusqu'à ce qu'ils retombent sur leurs pieds. Ils suivent des cours de français deux fois par semaine. On les a emmenés à la chasse, voir un match des Huskie et même manger de la poutine! Et on a trouvé des gens qui parlent tagalog pour les aider à s'acclimater ».

C'était important pour nous l'accueil, d'amener les gars faire le tour, lance Philippe Mainville. On est une entreprise comme ça. Si j'ai des préoccupations, je viens m'asseoir n'importe quand dans le bureau de mon patron, on veut qu'ils retrouvent les valeurs familiales qu'ils apprécient.

Ils ont été surpris de pouvoir rencontrer les patrons et le fondateur de l'entreprise, Yvan Blais, qu'il s'adresse à eux, renchérit Éric Beaupré. Le vice-président les a aussi invités à manger à son chalet et ils étaient surpris de voir que c'était lui qui cuisinait!

La filière philippine

Le PDG croit fermement que cet esprit de communauté est gage de succès pour l'initiative.

Il faut qu'ils s'aident. Moi, je suis un true believer de la communauté qui va s'installer ici, indique M. Beaupré, qui croit qu'il ne faut pas avoir peur qu'un "ghetto culturel" prenne forme. Tu travailles la semaine, tu écoutes ta tv le soir et si tu peux te retrouver entre amis la fin de semaine, c'est ce qui importe, je pense que c'est ça qui va arriver. En Beauce, ils nous ont dit : ''Vous êtes en retard, moi j'en ai 50, et ça a dynamisé ma shop''. On va regarder pour faire venir leur famille quand on va pouvoir, il faut s'informer là-dessus dès maintenant.

Le nom du commerce, Technosub, est inscrit en grosses lettres sur la devanture de l'entreprise. L'appel aux travailleurs étrangers est la solution pour plusieurs entreprises. Photo : Radio-Canada / Émilie Parent-Bouchard

Parrainage des familles?

Technosub s'affaire aux démarches pour que ces travailleurs puissent rester au-delà des trois ans de leur permis de travail. Ils entament aussi des démarches pour faire venir les familles rapprochées des travailleurs, tous pères de famille, à l’exception de l'un d'entre eux. Tous voient cette expérience comme une possibilité d'immigrer de manière permanente. Outre le salaire - ils gagnent ici en une heure plus que l'équivalent d'une journée de travail entière aux Philippines -, le Canada rime pour eux avec monde de possibilités pour leurs proches.

Pour nous, travailleurs qualifiés, travailler à l'étranger est une opportunité pour nos familles, pour une meilleure vie. Je me sens bienvenu. Je ne m'attendais à rien - je n'aime pas avoir d'attentes - mais quand j'ai vu l'appartement, c'est définitivement au-dessus de mes attentes. On espère tous rester ici pour de bon. On espère faire venir nos familles. Pour nous, c'est une opportunité d'avoir une vie meilleure, explique Emmanuel Eusebio « Mani » Suerte-Felipe, qui compte 25 ans de métier et qui a laissé sa femme et ses cinq enfants derrière.

Ma famille me manque, mais les communications sont faciles avec les nouvelles technologies. Ma femme a hâte de venir ici, mes enfants aussi. On va travailler pour ça

Michael De la Cruz Ileto, travailleur philippin

M. De la Cruz Ileto communique régulièrement avec sa femme, ses deux enfants, ses frères et soeurs.

Abitibi–Témiscamingue

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