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analyse

Surplus de 3 milliards : que faut-il comprendre?

Eric Girard, ministre des Finances du Québec.
Le ministre Eric Girard a averti qu'il ne fallait pas conclure que les revenus allaient soutenir le même rythme sur un horizon de 12 mois. Photo: Radio-Canada
Gérald Fillion

ANALYSE - Le ministre des Finances, Eric Girard, a raison de dire que le Québec n'est pas en surplus de 3 milliards de dollars. Le point sur les finances publiques de vendredi dernier est une photo du moment et non une projection. C'est un constat sur papier et non un coussin, une cagnotte, une réserve. C'est une lecture du passé, qui n'est pas garante, loin de là, de l'avenir.

Tous les mois, Québec diffuse un rapport sur l’état des finances publiques du gouvernement. Généralement, la publication du document est suivie d’une conférence téléphonique du ministre, ce qui a été le cas vendredi dernier.

Le ministère des Finances a annoncé que le surplus pour les cinq premiers mois de l’exercice 2018-2019, qui s’est amorcé le 1er avril dernier, est de 2,988 milliards de dollars après la mise de côté d’une somme consacrée au Fonds des générations. Ce surplus est attribuable à une forte croissance des revenus autonomes de 7,2 % d’avril à août, alors que, pour l’ensemble de l’exercice, on a prévu que la hausse allait être limitée à 2,3 %.

De plus, la croissance des dépenses de programmes a été de 5,2 % durant la même période, alors qu’elle doit atteindre 5,9 % sur les 12 mois de l’exercice.

Une fois qu’on a pris connaissance de ces données, on peut faire deux constats : le premier, bonne nouvelle, l’état des finances publiques est meilleur qu’attendu. Le second, soyons prudent, cette évolution pourrait ne pas durer d’ici la fin de l’exercice.

Donc, dans les circonstances, il est inutile de s’emballer à la lecture d’un rapport mensuel, celui qui porte sur les finances gouvernementales au mois d’août et pour les cinq premiers mois de l’exercice. Le surplus de 3 milliards de dollars est une indication, à un moment précis, de l’évolution des dépenses et des revenus. L’État a des obligations et fait des choix qui peuvent influer sur l’état des choses à n’importe quel moment de l’année.

Les propos d’Eric Girard et de François Legault

C’est ce qu’a dit le ministre Girard d’ailleurs dans sa conférence, vendredi dernier. Comme le rapportait mon collègue de Québec Mathieu Dion, Eric Girard a évoqué un second semestre en 2018 « moins fort », un surplus « temporaire », appelé à « disparaître ». La Presse et Le Journal de Montréal ont cité le ministre qui a dit, notamment, qu’il « ne faut surtout pas conclure que les revenus vont soutenir le même rythme, sur un horizon de 12 mois, qu’ils ont connu sur les cinq premiers mois ».

Il est étonnant, en retour, d’entendre le premier ministre François Legault dire : « On est en train de réviser les méthodes de comptabilisation. Je ne suis pas certain qu’il y ait un surplus de 3 milliards. » Soit il met en doute le travail des fonctionnaires du ministère des Finances, soit il veut changer les méthodes comptables de l’État.

Il est probable, cela dit, que le premier ministre cherche à tempérer les attentes des citoyens sur les réductions fiscales promises par la CAQ durant la campagne électorale et depuis son premier discours au lendemain de l’élection du 1er octobre. À force de dire qu’on va remettre de l’argent dans le portefeuille des Québécois, les citoyens s’attendent à des annonces concrètes et significatives, qui prennent de l’ampleur quand on évoque, au Ministère, un surplus de 3 milliards de dollars au cours des cinq premiers mois.

Des déficits d’ici 10 ans

La réalité, c’est qu’à long terme, le gouvernement du Québec va voir sa marge de manoeuvre s’envoler. Selon une étude de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke, après une décennie en équilibre, les finances publiques vont plonger en déficit à partir de 2028.

« Malgré des hypothèses confiantes en l’avenir et misant sur l’augmentation des taux d’emploi, sur la croissance de la productivité et sur l’évolution de la technologie dans le domaine de la santé, les conclusions demeurent fermes : les finances publiques du Québec seront sous tension à long terme », affirme cette étude.

De 2016 à 2035, le nombre de personnes âgées de 20 à 64 ans va baisser de 2,1 % au Québec, alors qu’il va croître de 6 % ailleurs au Canada. De 2017 à 2038, la croissance économique sera de 1,4 % par année en moyenne, selon les projections, contre 1,9 % de 1981 à 2017. Et la hausse des dépenses annuelles en santé, de 2018 à 2038, sera de 5 %, alors que le PIB nominal s'établira à 3,3 %.

Le déficit budgétaire représentera 0,1 % du PIB en 2028, 1,2 % du PIB en 2038, puis 2,8 % du PIB en 2058.

Alors, cessons d’amplifier l’importance d’une photo très ponctuelle, celle d’un surplus sur papier pour cinq mois d’exercice, et réfléchissons à la pérennité à long terme des finances publiques. C’est ça, le travail du ministre des Finances.

Gérald Fillion

Finances publiques

Économie