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Trois scénarios proposés pour rendre les éliminatoires du football universitaire plus intéressantes

Pour une sixième année consécutive, le Rouge et Or de l'Université Laval et les Carabins de l'Université de Montréal vont batailler en finale du RSEQ

Pour une sixième année consécutive, le Rouge et Or de l'Université Laval et les Carabins de l'Université de Montréal vont batailler en finale du RSEQ.

Photo : The Canadian Press / Jacques Boissinot

Radio-Canada

Le début des éliminatoires du football universitaire canadien, le week-end dernier, relance le débat sur le format des rencontres d’après-saison. Ses dirigeants disent plancher sur une nouvelle formule pour rendre le parcours jusqu’à la Coupe Vanier plus compétitif et équitable. Mais quel format choisir?

Un texte de Jean-Philippe Martin

Le format actuel est fortement critiqué depuis des années puisqu’il ne permet pas aux meilleures équipes d’avoir une chance égale de se rendre en grande finale canadienne.

Par exemple, ce samedi à Québec, le Rouge et Or de l’Université Laval et les Carabins de l’Université de Montréal vont batailler en finale du RSEQ pour une sixième année d’affilée.

Encore une fois, une de ces deux équipes, qui aspirent aux grands honneurs, verra son parcours stoppé en finale provinciale, alors que les vainqueurs accéderont à la demi-finale canadienne face à un adversaire peu redoutable, issu de la conférence des Maritimes, où le calibre est beaucoup moins relevé.

Observateurs, anciens joueurs et partisans: tous s’entendent pour dire qu’un nouveau système doit être mis en place, au plus vite, par USPORTS, gestionnaire du sport universitaire au pays.


Le spécialiste

Chroniqueur et producteur d’une émission de radio au réseau anglophone TSN, Jim Mullin s’intéresse au football universitaire depuis près de 30 ans.

Jim Mullin aimerait voir un nouveau format éliminatoire à six équipes dans le football universitaire canadien

Jim Mullin aimerait voir un nouveau format éliminatoire à six équipes dans le football universitaire canadien.

Photo : Courtoisie

Depuis quelques années, lui et David Dubé, un homme d’affaires de Saskatoon, proposent une refonte complète du football universitaire canadien.

« Présentement, vous avez 27 équipes au niveau national qui ne compétitionnent pas sur des bases équitables, explique Mullin.

Sur le même terrain, vous avez des équipes de division 1 qui affrontent des équipes de division 3. On le voit au Québec où c’est une conférence à deux équipes (Laval et Montréal).

Jim Mullin, chroniqueur, football universitaire

Pour améliorer le spectacle et éviter les inégalités, leur rapport, soumis à USPORTS une première fois en 2015 et une seconde en 2017, propose un nouveau format éliminatoire à six équipes, comprenant les formations championnes des quatre conférences (Ouest, Ontario, Québec et Maritimes) et deux formations repêchées à travers le pays.

Selon un classement national, les deux meilleures équipes accéderaient directement aux demi-finales de la Coupe Vanier, alors que les quatre autres joueraient une partie de plus et auraient rendez-vous en quart de finale.

« Pour que ce classement national soit représentatif des forces à travers le pays, il faut absolument qu’on présente des matchs inter-conférences, ajoute Jim Mullin. C’est la seule façon de comparer de façon efficace le calibre entre les différentes conférences. Il faut que les équipes s’affrontent pour obtenir une mesure juste et fiable. »

Ces matchs inter-conférences, diffusés d’un océan à l’autre, auraient aussi pour effet de mousser l’intérêt des amateurs envers le produit et la marque du football universitaire.

« Créer un auditoire national est d’une importance capitale pour permettre au sport, non seulement de grandir, mais de survivre », croit-il.

Les parties inter-conférences seraient toutefois jouées sur une base volontaire et n’auraient aucune d’incidence sur le classement des conférences. Ainsi, un duel Laval-Calgary en saison n’aurait pas d'impact au classement de la conférence du Québec ou de l’Ouest.

Dans le concept de Mullin et Dubé, appelé Northern 8, chaque équipe qui dispute un match inter-conférence améliore ses chances de faire partie des équipes repêchées pour le championnat national.

Jim Mullin est conscient que ces matchs inter-conférences, coûteux en raison des frais de déplacements, seront davantage à la portée des équipes plus fortunées.

« Les autres équipes qui opteraient pour ne pas jouer de matchs inter-conférences pourraient toujours se qualifier en gagnant le championnat de leur conférence, comme elles le font présentement, précise Jim Mullin. Les deux repêchées participent en d’autres mots, à une ronde boni. »

Il faut voir les rencontres inter-conférences comme un investissement. Vous jouez un match diffusé partout au pays, mais vous contribuez à faire grandir votre propre programme de football, mais aussi le sport en général.

Jim Mullin, chroniqueur, football universitaire

Jim Mullin croit que ces changements auraient dû survenir il y a quatre ans.

Et bien qu’il soit possible pour USPORTS de mettre un nouveau système en place à temps pour la saison 2019, le commentateur n’est pas très optimiste de voir du changement dès l’an prochain.

« Je pense que USPORTS va prendre son temps. Il y a beaucoup de politique dans tout ça et il est difficile de démêler tout cela. »


L’ancien joueur

Jean-Philippe Bolduc est bien au fait des inégalités du calendrier éliminatoire au football universitaire canadien. L’ancien joueur du Rouge et Or s’est rendu à la finale de la Coupe Vanier en 2012 et 2013 et chaque fois, son équipe l’a emporté.

Laval University Rouge et Or game MVP Maxime Boutin, left, is congratulated by team mate Jean-Philippe Bolduc as F?lix Faubert-Lussier, centre, looks on after winning over Acadia Axemen at the CIS Uteck Bowl Saturday, November 17, 2012 in Quebec City. THE CANADIAN PRESS/Jacques Boissinot

Jean-Philippe Bolduc (à droite) célèbre avec son coéquipier Maxime Boutin au terme de la victoire facile de 42-7 du Rouge et Or de l'Université Laval sur les Axemen de l'Université Acadia en finale de la Coupe Uteck 2012.

Photo : The Canadian Press / Jacques Boissinot

Ces deux années, le Rouge et Or avait facilement disposé des champions des Maritimes en finale de la Coupe Uteck, demi-finale canadienne, grâce à des victoires de 42-7 contre Acadia (2012) et 48-21 contre Mount Allison (2013).

« Je me souviens que c’était le fun d’aller jouer là-bas, sur le petit campus, raconte Jean-Philippe Bolduc au sujet du duel de 2013 contre les Mounties de Mount Allison à Sackville au Nouveau-Brunswick. Mais cette équipe n’était pas de taille face à la nôtre, on marquait des touchés de 80 verges par la course. »

À l’inverse, Jean-Philippe Bolduc n’a pas oublié les défaites subies en finale de la Coupe Dunsmore en 2014 et 2015 face à l’Université de Montréal.

Ces finales de la Coupe Dunsmore contre les Carabins auraient pu être d’excellentes finales de la Coupe Vanier.

Jean-Philippe Bolduc, démi-défensif, Rouge et Or, 2012 à 2015

Selon le demi-défensif qui s’aligne maintenant avec le Rouge et Noir d’Ottawa de la Ligue canadienne de football, le football universitaire canadien doit s’inspirer de ses voisins du sud de la frontière pour trouver un nouveau format éliminatoire.

Pour lui, les huit meilleures équipes, selon le classement national actuel, participeraient aux rencontres éliminatoires. Mais peu importe le nouveau format, le statu quo n’est plus acceptable.

« Je suis rentré à l’Université et on en parlait déjà beaucoup, dit Bolduc qui a fait ses débuts avec le Rouge et Or en 2012. Ça fait trois ans que je suis parti et j’ai l’impression qu’on pose encore les mêmes questions. Mais, avant même de penser à une ligue ou une division pancanadienne, il faut un format différent pour les éliminatoires. ».

Jean-Philippe Bolduc

Jean-Philippe Bolduc, qui a disputé quatre saisons au football universitaire canadien, aimerait voir un format éliminatoire à huit équipes, choisies selon le classement national.

Photo : Rouge et Or de l'Université Laval / Stéphane Gaudreau

L’ancien numéro 7 du Rouge et Or aimerait voir plus de dynamisme chez les dirigeants du sport universitaire.

« Il faut essayer quelque chose. On dirait qu’on a peur du changement. On pourrait essayer un nouveau format et si ça ne fonctionne pas après deux ou trois ans, on peut toujours revenir en arrière ou essayer autre chose. »

Selon lui, les joueurs méritent un système plus juste et les spectateurs, des rencontres plus divertissantes.

« Le football, c’est le seul sport-spectacle de USPORTS. Si tu payes pour venir voir jouer Hugo Richard, tu ne veux pas qu’il s'asseoit après deux quarts », a t-il rappelé, en référence à ces matchs où le Rouge et Or, fort d’une avance à la demie, a retiré ses joueurs partants de la rencontre en préparation pour le duel de la semaine suivante.


Le partisan

Sylvain Arbour et son fils Marc-Antoine sont des partisans des Carabins de l’Université de Montréal.

Comme bien des partisans, Sylvain Arbour attend avec impatience une refonte des matchs éliminatoires au football universitaire canadien.

Comme bien des partisans, Sylvain Arbour attend avec impatience une refonte des matchs éliminatoires au football universitaire canadien.

Photo : Courtoisie / Dominique Bernier

Ensemble, ils ont lancé il y a 10 ans le blogue Deux fans, dédié surtout aux activités de la formation montréalaise, qui traite des sujets chauds du circuit de football universitaire.

Sylvain Arbour constate que football universitaire est en perte de vitesse au Québec.

« J’aimerais voir les chiffres de la télé, dit-il. Les matchs de 53-0, ça ne doit pas faire beaucoup de cotes d’écoute. D’instinct, j’ai l’impression que l’intérêt diminue, mais je ne peux pas dire si les chiffres me donnent raison là-dessus. »

Pour ce qui est des assistances dans les estrades, il n’a pas besoin de voir les chiffres. À l’exception du Rouge et Or et des Carabins, l’engouement des partisans diminue selon lui.

« L’intérêt [des partisans] pour Montréal et Québec est resté au même niveau. Mais, les autres programmes, c’est une autre histoire. Sherbrooke, il y a cinq ans, les bancs étaient pleins à moitié ou au deux tiers, maintenant, c’est juste des sièges vides. Les Carabins ont fait deux demi-finales contre les Stingers de Concordia, le stade était plein. Là, c’est à moitié plein. »

Pour raviver la passion des amateurs, Sylvain Arbour croit que la solution passe par une division 1 qui regroupe les meilleures équipes au pays qui s’affrontent en saison et en éliminatoires.

En attendant que cela ne se produise, il aimerait au moins voir un nouveau format de matchs éliminatoires mis en place rapidement pour reconquérir les amateurs blasés.

Les États-Unis ont tout chamboulé leur système pour s’assurer que les deux meilleures équipes s’affrontent en finale. Ç’a pris du courage politique parce qu’ils avaient de vieilles structures qui existent depuis longtemps.

Sylvain Arbour, partisan et blogueur, football universitaire

Dans le modèle de Sylvain Arbour, un panel formé de journalistes et d’entraîneurs établirait le classement national et les huit meilleures équipes au classement participeraient au championnat de fin de saison.

« Les positions 1 à 5, ça va bien. Choisir les trois autres équipes qui vont au championnat national, ça laisse place à la discussion. Il y aurait du monde content et d’autre pas content, mais ce serait bien, je pense. »

Surtout, Sylvain Arbour y voit un scénario où le Rouge et Or et les Carabins ne seraient pas obligés de s’éliminer en finale québécoise.

« Il y aurait un autre chemin et peut-être que les gens se diraient que les finales sont le fun finalement. Ce serait une façon de bouleverser le calendrier. »

Finale de la Coupe Dunsmore 2014

Les partisans de football universitaire aimeraient que les deux meilleures équipes au Québec, Laval et Montréal, aient la chance de s'affronter un jour en finale de la Coupe Vanier.

Photo : The Canadian Press / Jacques Boissinot

Avec cette une formule, les partisans au Québec pourraient même espérer une finale de la Coupe Vanier entre le Rouge et Or et les Carabins ou la présence de trois équipes du RSEQ en demi-finales canadiennes.

« Ça donnerait de l’espoir aux équipes et peut-être que ça encouragerait des jeunes à jouer à Sherbrooke. En ce moment, pour gagner la Coupe Dunsmore, ils doivent battre Laval et Montréal. Je ne crois pas que c’est possible en ce moment. »

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