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Droits linguistiques : Robert Gauvin promet de se tenir debout

Robert Gauvin devant l'Assemblée législative du Nouveau-Brunswick.
Robert Gauvin devant l'Assemblée législative du Nouveau-Brunswick. Photo: Radio-Canada / Nicolas Steinbach
Radio-Canada

Tous les yeux sont rivés sur le député de Shippagan-Lamèque-Miscou, Robert Gauvin, depuis l'élection du 24 septembre au Nouveau-Brunswick. La pression est grande sur le seul député acadien du Parti progressiste-conservateur, vu par plusieurs comme le nouveau grand défenseur des droits linguistiques des francophones dans la province.

Un texte de Nicolas Steinbach

C'est le matin du premier caucus des progressistes-conservateurs, après la chute du gouvernement Gallant. Robert Gauvin est fébrile; il passe de l’opposition au gouvernement. L'inconnu c'est toujours surprenant. Ç'a été six semaines incroyables, je n’ai jamais pensé à quelque chose de même, mais maintenant on est de l'autre bord, puis là c'est le temps de travailler.

Robert Gauvin à l'Assemblée législative du Nouveau-Brunswick.Robert Gauvin à l'Assemblée législative du Nouveau-Brunswick. Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Il s'est retrouvé au milieu de la tempête avec, sans s'y attendre, une certaine balance du pouvoir. Pour faire pencher la balance de leur côté, les libéraux du Nouveau-Brunswick ont tenté de séduire Robert Gauvin. Ils lui ont même offert des ministères pour l'inciter à traverser la chambre, offre qu’il a malgré tout refusée.

On vit ça très difficilement, ç'a été dur sur moi-même et sur ma famille. Moi, il faut que je pense à la circonscription en premier. La chose que je ne voulais pas, c'était de placer les gens de Shippagan-Lamèque-Miscou dans l'opposition. Tout ça te passe par la tête, c'est toi qui décides, tu es le seul responsable à la fin parce que c'est toi qui te lèves debout et tu fais ton vote. Mais ça s'est bien terminé.

Robert Gauvin participe au premier caucus du Parti progressiste-conservateur depuis la chute du gouvernement Gallant.Robert Gauvin participe au premier caucus du parti progressiste-conservateur depuis la chute du gouvernement Gallant. Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Gauvin à la défense du français

Les progressistes-conservateurs sont maintenant au pouvoir, mais la pression sur l’ancien comédien du Pays de la Sagouine ne disparaîtra pas de sitôt. Il est le seul Acadien du caucus progressiste-conservateur. Il est également le seul à venir du nord-est du Nouveau-Brunswick. C’est la première fois en 125 ans qu’un gouvernement n’aura qu’un seul député francophone. Ça vient avec des responsabilités, mais je n’ai pas l'intention de changer. Je sais en quoi je crois. Je sais pourquoi on s'est battu.

Dans ce contexte, Robert Gauvin sait qu’il devra se battre contre les perceptions. Les progressistes-conservateurs, avec à leur tête Blaine Higgs, un ancien membre du parti antibilinguisme Confederation of Regions (CoR), sont vus à bien des égards comme une menace aux droits linguistiques des francophones.

La première fois qu'on m'a demandé de me présenter pour le PPC, j'ai répondu "je ne peux pas", à cause de toutes les mêmes raisons, à cause de Blaine Higgs et tout ça.

Robert Gauvin, député du Parti progressiste-conservateur du Nouveau-Brunswick
Robert Gauvin sert la main du premier ministre désigné Blaine Higgs lors de la rencontre du caucus des progressistes-conservateurs.Robert Gauvin sert la main du premier ministre désigné Blaine Higgs lors de la rencontre du caucus des progressistes-conservateurs. Photo : Radio-Canada / Pierre Richard

J'ai été rencontrer Blaine, ajoute-t-il, admettant avoir été méfiant à l'égard du chef du parti, et quand on a parlé, c'est là que j'étais convaincu.

Le député de Shippagan-Lamèque-Miscou assure avoir reçu des garanties de son chef.

Le bilinguisme et la dualité, on n'y touchera pas. Pour moi c'est réglé. L'affaire de la langue, c'est réglé.

Robert Gauvin, député du Parti progressiste-conservateur du Nouveau-Brunswick

Réconcilier les deux solitudes, la mission de Robert Gauvin

Robert Gauvin affirme avoir déjà reçu sa première mission : réconcilier les deux solitudes. Ça va faire partie de mon travail de recréer cette harmonie-là.

M.Higgs m'a répété ce matin "tu vas être instrumental à organiser que la province redevienne plus harmonieuse et on a besoin d'un gars comme toi. Tu as le don de la parole, tu regroupes les gens, ça va faire partie de tes responsabilités".

Robert Gauvin salue le député conservateur de la circonscription d'Albert, Mike Holland,Robert Gauvin salue le député conservateur de la circonscription d'Albert, Mike Holland, Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

La tâche sera délicate; plusieurs francophones accusent déjà les progressistes-conservateurs de remettre en question l'égalité entre les anglophones et les francophones dans le dossier des ambulanciers. Allez demander à des gens qui ont besoin du service sur le bord du chemin, lâche Robert Gauvin. Face à la pénurie d'ambulanciers, son parti est prêt à accorder des postes bilingues à des unilingues anglophones, quitte à ce qu'ils apprennent le français par la suite.

Robert Gauvin raconte avoir vécu une situation similaire à celle qu'il décrit lorsque son véhicule a fait une sortie de route il y a quelques années. C'était deux ambulanciers anglophones [qui sont venus], j'ai vécu ça. J'étais content, on était dans la neige. Moi je l'ai déjà dit, idéalement il faudrait que ce soit bilingue, mais là tout de suite, il manque de monde.

Il ne faut pas ignorer l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick

Les progressistes-conservateurs ont besoin d’au moins un des tiers partis pour garder le pouvoir. L’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick, un parti qui prône l’abolition du Commissariat aux langues officielles, s’est déjà engagé à les soutenir pour une période de 18 mois.

Robert Gauvin avoue avoir marché sur des oeufs lors de sa rentrée parlementaire. Au début, j'étais très nerveux. [Je me demandais] "est-ce que je peux leur parler?", se rappelle-t-il. Il s'est depuis réconcilié avec l'idée d'entretenir des liens avec les alliancistes.

Je pense qu'ignorer ces gens-là est une grave erreur, ça peut seulement les faire grandir.

Robert Gauvin, député du Parti progressiste-conservateur du Nouveau-Brunswick
Kris Austin se tient debout devant son véhicule de campagne.Kris Austin , chef de l'Alliance des gens du Nouveau-Brunswick, a été élu député de Fredericton-Grand Lac. Deux autres candidats de son parti ont aussi été élus. Photo : Radio-Canada / Michel Corriveau

Il espère même convaincre l’Alliance des gens de changer de position sur le poste de commissaire aux langues officielles. Il va falloir que je fasse prévaloir nos droits des Acadiens et leur faire comprendre.

Mais Robert Gauvin réitère qu’il ne tient pas à s’accrocher au pouvoir à n’importe quel prix et qu’il pourrait très bien démissionner.

Si quelque chose va contre mes principes et ma voix n'est pas entendue lors de ces prises de décision, c'est quelque chose qui pourrait arriver. Absolument, sans aucun doute.

Robert Gauvin, député du Parti progressiste-conservateur du Nouveau-Brunswick

Il estime cependant qu’il aura une influence certaine au sein du caucus, étant le seul député acadien.

Moi j'ai l'impression qu'on ne perdra pas de pouvoir. Après les élections, je me suis fait un devoir d'appeler beaucoup d'organismes francophones. Je serai leur haut-parleur. Il n'y aura pas d'ambiguïté, ça passera par la circonscription de Shippagan-Lamèque-Miscou, parce que je serai le seul.

Sur les traces de son père

Ce n’est pas le premier Gauvin à fouler les marches de l’Assemblée législative.

Jean Gauvin en entrevue dans des archives de Radio-Canada.Jean Gauvin, ancien député et ministre progressiste-conservateur au Nouveau-Brunswick, est le père de Robert Gauvin. Photo : Radio-Canada

Son père, Jean Gauvin, y a siégé comme ministre, il y a une quarantaine d’années.

J'entre en politique à l'âge où lui est sorti. C'est un drôle de sentiment que j'entre dans ses pas et je suis conscient de la responsabilité du travail. C'était très touchant, la première fois que je me suis assis à l'Assemblée législative, j'étais très ému.

Robert Gauvin a d’ailleurs demandé que l’on retrouve le siège de son père qu’il aimerait utiliser en tant que député ou ministre. Il est d'ailleurs très probable qu’il fasse, à son tour, son entrée au Cabinet dès vendredi, lors de l'assermentation des nouveaux ministres. Faites vos mathématiques, dit-il en souriant.

Robert Gauvin sera-t'il nommé ministre ? Le premier ministre désigné, Blaine Higgs, en fera l'annonce vendredi lors de l'assermentation des membres de son Cabinet.Robert Gauvin sera-t'il nommé ministre ? Le premier ministre désigné, Blaine Higgs, en fera l'annonce vendredi lors de l'assermentation des membres de son cabinet. Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Il affirme ne pas savoir encore s’il sera nommé ministre, que l’appel devrait venir jeudi soir. Il dit ne pas avoir de préférence.

Où il voudra me mettre, j'assumerai mon rôle.

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