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Des locataires indésirables expulsés d'un presbytère de Baie-Comeau

Trois hommes se trouvent près de la porte du palais de justice de Baie-Comeau. L'un deux regardent la caméra.

Dany Émond (à gauche), Ghislain Grenier (au centre) et le curé de la paroisse Nativité-de-Jésus, Joscelyn Vaillancourt (à droite) au palais de justice de Baie-Comeau le 22 août.

Photo : Radio-Canada / Olivier Roy Martin

Radio-Canada

Le Diocèse de Baie-Comeau a ordonné le départ de deux hommes, coupables de possession et de transmission de pornographie juvénile, du presbytère de l'église Saint-Nom-de-Marie. Ghislain Grenier et Dany Émond ont été arrêtés en juillet dernier et y résidaient gratuitement jusqu'à leur expulsion au début du mois de novembre.

Un texte de Olivier Roy Martin

Ghislain Grenier et Dany Émond ont été arrêtés le 18 juillet pour avoir accédé à de la pornographie juvénile, en plus d'en avoir possédé et transmis. Une accusation de production de pornographie juvénile pesait également contre Ghislain Grenier.

Les deux hommes ont perdu leur emploi après la médiatisation des accusations, selon leur avocat Me Yves Langlois. Plus de revenus, plus capables de payer les termes de leurs résidences, donc les créanciers ont fait leur travail, ont pris leur domicile, explique-t-il.

Libérés sous conditions, ils ont signalé leur déménagement au presbytère de l'église Saint-Nom-de-Marie à la Cour le 22 août, mais Dany Émond a admis au juge que son conjoint et lui-même y logeaient déjà depuis quelques semaines.

Des marches d'escalier amènent à l'entrée du presbytère. Une pancarte pointe dans la direction de la chapelle et du secrétariat.

Le presbytère de l'église Saint-Nom-de-Marie.

Photo : Radio-Canada / Olivier Roy Martin

Le curé de la paroisse La-Nativité-de-Jésus, Joscelyn Vaillancourt, dit avoir hébergé gratuitement Dany Émond et Ghislain Grenier dans le presbytère de l'église Saint-Nom-de-Marie parce qu'il les connaissait depuis longtemps et qu'il avait une bonne relation avec eux. 

Le curé Joscelyn Vaillancourt a continué de loger gratuitement les deux hommes après qu'ils aient plaidé coupables à tous les chefs d'accusation qui pesaient contre eux, le 15 octobre.

Il a refusé les demandes d'entrevues de Radio-Canada parce qu'il ne contrôle pas le message.

Des paroissiens mal à l'aise

L'évêque du Diocèse de Baie-Comeau a été informé de la situation vers la mi-septembre. Mgr Jean-Pierre Blais admet qu'il n'a jamais rien vu de tel.

C'est parvenu un peu à mes oreilles, et là [...], c'est des choses un peu inhabituelles, dit Mgr Blais. J'ai reçu des commentaires des gens de la paroisse qui étaient mal à l'aise.

Un homme assis à un bureau devant son ordinateur.

Mgr Jean-Pierre Blais, évêque du Diocèse de Baie-Comeau.

Photo : Radio-Canada / Olivier Roy Martin

Un choix difficile, selon un expert

Le professeur titulaire, chercheur et consultant en éthique professionnelle à l'Université du Québec à Chicoutimi, Marc Jean, remarque que les valeurs que doivent promouvoir le curé Joscelyn Vaillancourt et l'évêque Mgr Jean-Pierre Blais entrent en conflit.

D'une part, la fonction du curé confère à Joscelyn Vaillancourt la mission d'accueillir les personnes dans le besoin comme Dany Émond et Ghislain Grenier, soutient Marc Jean.

Pour l'évêque, il y a aussi une valeur de loyauté qui est en cause, fait-il valoir en précisant que l'évêque doit être solidaire du curé dans ses décisions. En contrepartie, Marc Jean note que, comme évêque, Jean-Pierre Blais a aussi pour mission d'agir en fonction des intérêts plus larges de l'Église catholique, dont les scandales sexuels minent la crédibilité.

Ça devait être très lourd de se positionner.

Marc Jean, professeur responsable du département de recherche et d'intervention en éthique à l'Université du Québec à Chicoutimi
Un homme assis en studios qui porte des lunettes et un veston.

Le professeur titulaire, chercheur et consultant en éthique professionnelle à l'Université du Québec à Chicoutimi, Marc Jean.

Photo : Radio-Canada

La longue réflexion de l'évêque

L'évêque dit avoir pris le temps de consulter des membres d'un comité, de rencontrer le curé et le conseil de la Fabrique avant de prendre une décision.

J'ai rencontré monsieur Joscelyn Vaillancourt, j'ai rencontré d'autres personnes de l'assemblée de Fabrique [...] on a pris le temps de s'expliquer et de voir que ce n'était pas une décision adéquate dans le contexte actuel que nous vivons à l'Église, indique Mgr Jean-Pierre Blais.

Vendredi [le 2 novembre], j'ai écrit un courriel au curé qu'il fallait trouver un autre aménagement et qu'ils quittent le presbytère définitivement, dit Mgr Jean-Pierre Blais. Après avoir réévalué tout ça, rencontré tous les gens, j'ai dit maintenant, c'est la réalité dans laquelle il faut aller.

Dany Émond et Ghislain Grenier ont quitté le presbytère dans les jours suivant le courriel de Mgr Jean-Pierre Blais, comme le confirment les documents obtenus en Cour.

Ce n'était pas une bonne décision de les avoir accueillis.

Mgr Jean-Pierre Blais

Radio-Canada a contacté l'Assemblée des Évêques et l'Archevêché de Québec à la fin du mois d'octobre. Les deux organisations ont déclaré qu'elles n'avaient aucune autorité sur le Diocèse de Baie-Comeau ou la paroisse La-Nativité-de-Jésus et n'ont pas souhaité commenter le dossier.

Dany Émond et Ghislain Grenier ont trouvé un autre logement à Baie-Comeau. Ils doivent comparaître au palais de justice de Baie-Comeau en février prochain pour leurs recommandations sur la peine.

Côte-Nord

Justice et faits divers