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Et si, pour assurer la qualité de l’eau, il suffisait de soigner le sol?

La rivière Yamaska vue des airs et quelques terres agricoles qui la bordent.
La rivière Yamaska vue des airs et quelques terres agricoles qui la bordent. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Les rejets agricoles et l'érosion des sols sont des sources de préoccupations croissantes dans le monde rural. Or, certains spécialistes sont convaincus qu'un des meilleurs outils pour lutter contre la pollution de l'eau en milieu agricole... c'est la pelle!

Un texte d’Aubert Tremblay, de La semaine verte

C’est le cas de Louis Robert, agronome au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ). Avec quelques collègues, il bat la campagne pour inciter les agriculteurs à faire régulièrement un bilan de santé de leurs terres. Son message est simple. Il leur dit : Creusez, allez voir sous la surface, vous obtiendrez de meilleurs rendements et les cours d’eau s’en porteront mieux.

Ça commence à être urgent que les gens prennent conscience que c'est central, qu'il faut agir maintenant sur la qualité des sols.

Louis Robert, agronome au MAPAQ et spécialiste des sols
On voit M. Robert dans un trou creusé dans le champ. Il s'adresse au groupe qui se tient près du trou.L'agronome Louis Robert s'adresse à un groupe lors de la journée « Caravane des sols » du 12 juillet 2018 à la ferme de Martin Berger de Saint-Aimé, près de Sorel. Photo : Radio-Canada

Pour ces spécialistes, un sol en santé est d’abord un sol grouillant de vie, qui nourrit et abreuve efficacement les plantes, avec un minimum d’engrais et de pesticides. Il est aussi moins sujet à l’érosion qu’un sol détérioré et se retrouve moins dans les cours d’eau.

En prime, comme il retient bien l’eau de fonte au printemps, il est le meilleur outil qui soit pour lutter contre les débordements des rivières et l’érosion des rives, et donc contre la pollution de l’eau.

Autrement dit, pour un producteur agricole, soigner son sol, c’est à la fois rentable et environnemental.

C'est dommage qu'on entende trop souvent dire que, pour améliorer la productivité et la rentabilité des entreprises, on n'a pas le choix que de courir de plus grands risques environnementaux, alors que c'est complètement faux. Tout va de pair.

Louis Robert

La quantité d’eau potentiellement retenue par les sols donne le vertige. Augmentez d’un seul point de pourcentage le taux de matière organique de votre sol et il retiendra 150 000 litres d’eau à l’hectare de plus. À l’échelle de tout le Québec agricole, ce serait 500 milliards de litres d’eau retenue, l’équivalent de ce qui coule dans le fleuve Saint-Laurent à la hauteur de Montréal pendant 16 heures.

Autant d’eau douce qui pourrait abreuver les plantes en période de sécheresse et entretenir nos puits, nos sources, tout en contribuant à garder nos rivières plus propres.

Une vue aérienne montre des champs cultivés dans la campagne québécoise.Des champs cultivés dans la campagne québécoise Photo : iStock / Sylvie Bouchard

Des sols qui se détériorent

Malheureusement, les sols du Québec sont de moins en moins en santé. Agriculture Canada rapporte en effet que leur taux de matière organique est en baisse.

Au lieu d'absorber 10 ou 15 centimètres d'eau par jour, certains sols n’en absorbent plus qu’un!

Louis Robert
Carte du Québec, de l'Ontario et des Maritimes.Risque de dégradation des sols dans l'est du pays. En vert, le risque est très faible, en jaune, il est modéré, en orange, il est élevé. Photo : Radio-Canada
Carte de l'ouest du CanadaRisque de dégradation des sols dans l'ouest du pays. En vert, le risque est très faible, en jaune, il est modéré, en orange, il est élevé. Photo : Radio-Canada

Ces cartes montrent le risque de dégradation de la teneur en carbone des sols en 2011 (Source : Agriculture et Agroalimentaire Canada). La version originale de ce document a été modifiée. Pour des raisons techniques, la version interactive de la carte n'est plus disponible.

Il faut dire qu’on offre souvent aux agriculteurs des solutions rapides aux problèmes de rendement ou d’égouttement : mettre plus d’engrais, aplanir le sol ou ajouter des tuyaux de drain à ceux déjà existants. Or, souvent, ces actions sont inutiles ou, pire, elles aggravent le problème.

La solution proposée par Louis Robert et ses collègues est plus lente, mais beaucoup moins coûteuse et surtout bien plus durable : écouter le sol et diagnostiquer avant de soigner.

On voit un tracteur sur lequel est chargé un long tuyau de drain enroulé. Des hommes procèdent à son installation.Des tuyaux de drain sont installés dans un champ. Photo : Radio-Canada

Un sol bien fait contient assez d’eau et d’oxygène pour nourrir les microorganismes qui, eux, rendent les éléments chimiques disponibles aux plantes. Bref, le physique influence directement la biologie et la chimie. Or, c’est sur la condition physique de son sol que l’agriculteur a le plus de prise : il n’a qu’à modifier ses pratiques pour que tout change.

On voit en contre-plongée un homme muni d'une pelle qui marche sur les résidus de maïs dans un champ.Laisser les résidus de cultures à la surface protège le sol contre l’érosion et contribue à l’apport de matières organiques. Photo : Radio-Canada

Si le sol est un organisme vivant, bien sa santé dépend d'abord et avant tout de sa condition physique.

Louis Robert

Faire le diagnostic de son sol est à la portée de tous. Il faut prendre le temps de creuser, palper, examiner, réfléchir.

Le sol idéal est fait de petites boulettes, des agrégats, qui retiennent une partie de l’eau et laissent passer l’excédent.

On voit une main qui tient un échantillon de sol.La texture et la couleur du sol servent à déterminer s'il est en santé. Photo : Radio-Canada

Si, sous l’effet d’un couteau, la terre se détache en blocs plutôt qu’en granules, c’est que le sol est trop compact, il manque d’oxygène et les microorganismes étouffent. Si la terre tombe en poussière, c’est qu’au contraire ses particules ne se sont pas assez soudées et ne retiennent pas l’eau, les microorganismes ont soif.

Dans les deux cas, la vie du sol ne peut pas nourrir ni protéger les plantes. Si on ajoute des engrais, ils iront en grande partie dans le fossé, avec la terre que l’eau y entraînera.

Même la couleur du sol parle : s’il est gris, c’est peut-être qu’il étouffe parce qu’en présence d’air, le fer devrait s’oxyder et la terre devenir plus rouge.

Les solutions pour améliorer la santé des sols passent par des techniques comme le travail minimum du sol et le semis direct (qui consiste à introduire des semences directement dans le sol sans passer par le labour), la culture de céréales d’automne, qui gardent un couvert vivant jusqu’à l’été suivant, ou encore l'utilisation de cultures intercalaires (par exemple, semer des plantes fourragères entre les rangs de maïs).

Rangs de maïs entre lesquels le producteur a semé une autre graminée.Les plantes intercalaires. semées entre les rangs, permettent d'améliorer la santé du sol. Photo : Radio-Canada

Le fait de laisser les résidus de cultures à la surface des champs est une autre méthode privilégiée.

Prises ensemble, ces techniques permettent de réduire l’érosion, d’améliorer l’activité microbienne du sol et de diminuer le recours aux produits chimiques.

Bref, la santé des cours d’eau passe par celle des sols. La santé financière des fermes aussi. Mais encore faut-il que les agriculteurs en soient conscients, ce qui est loin d’être toujours le cas.

Des pousses de blé encore vert à travers la neige dans un champ.En hiver, le blé d'automne reste en santé, bien protégé par la couche de neige; et s'il n'y a pas de neige, le blé protège le sol de l'érosion. Photo : Radio-Canada

Le reportage d'Aubert Tremblay et Michel Poirier est diffusé à l'émission La semaine verte, samedi, à 17 h, à ICI Radio-Canada Télé.

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