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Trump congédie son procureur général Jeff Sessions

Jeff Sessions.
La relation entre Donald Trump et son secrétaire à la Justice, Jeff Sessions (photo), était pour le moins tendue. Photo: Getty Images / Jessica Kourkounis
Radio-Canada

C'était une annonce attendue, au lendemain d'élections de mi-mandat qui ont vu les républicains perdre le contrôle de la Chambre des représentants : Donald Trump a confirmé mercredi le départ de son procureur général, Jeff Sessions.

Le président a annoncé sur Twitter que M. Sessions est remplacé de façon temporaire par son chef de cabinet, Matthew G. Whitaker­. Un « remplaçant permanent » au poste de secrétaire à la Justice sera désigné à une date ultérieure, a-t-il ajouté.

Selon un responsable du département de la Justice, M. Whitaker supervisera à partir de maintenant l'enquête sur l'ingérence russe dans les élections présidentielles de 2016, dirigée par Robert Mueller. Depuis la récusation de Jeff Sessions de cette enquête, il y a un peu plus d'un an et demi, celle-ci était supervisée par le procureur général adjoint, Rod J. Rosenstein.

Ce changement fait craindre que le président Trump n'essaie d'exercer un contrôle sur l'enquête. Nancy Pelosi, qui est la favorite pour obtenir le poste de leader de la Chambre des représentants, a d'ailleurs réclamé mercredi après-midi la récusation de Matthew Whitaker de l'enquête.

Commentateur juridique avant d'entrer au département de la Justice, l'intéressé a déjà écrit que Robert Mueller avait « atteint une ligne rouge dans l'enquête sur l'implication de la Russie dans les élections de 2016, qu'il est dangereusement près de franchir », après que CNN eut rapporté que le conseiller spécial pourrait enquêter sur les liens financiers de Trump et de ses associés avec la Russie.

« Cela soulèverait de sérieuses inquiétudes quant au fait que l'enquête du procureur spécial n'est qu'une simple chasse aux sorcières », avait dit M. Whitaker, adoptant un terme que Donald Trump a lui-même utilisé pour qualifier l'enquête.

La dent de Trump contre Sessions

Jeff Sessions, qui a précisé dans sa lettre de démission qu’il quittait ses fonctions à la demande de Donald Trump, subissait depuis plus d'un an les critiques cinglantes du président, à la suite de sa récusation dans l'enquête sur une éventuelle collusion entre la Russie et l'équipe de campagne de M. Trump lors de l'élection présidentielle de 2016.

C'est en mars 2017 que Jeff Sessions avait annoncé qu'il se récusait de toute enquête présente ou future relative à la campagne électorale, moins de deux mois après l'investiture du président.

M. Sessions se retrouvait alors dans la tourmente à la suite de révélations qui lui attribuaient deux rencontres avec l'ambassadeur russe au cours de la dernière campagne présidentielle américaine, alors qu'il avait prétendu le contraire sous serment.

Donald Trump n'a jamais pardonné à Jeff Sessions ce refus de se porter responsable de l'enquête, ce qu'il considérait comme un acte de déloyauté.

Il estimait que cette récusation lui refusait la protection qu'il pensait mériter de la part de son procureur général, et que celle-ci avait ouvert la porte à la nomination par le ministère de la Justice du procureur spécial Robert Mueller, qui a repris l'enquête sur la Russie et qui, alors que le temps passe, devient de plus en plus menaçant pour le président.

Depuis la récusation de Jeff Sessions, Donald Trump reprochait publiquement et de façon régulière à son procureur général sa décision dans cette affaire.

« Je n'ai pas de procureur général », avait-il dit en septembre.

En août dernier, en entrevue sur la chaîne Fox News, Donald Trump s'était aussi déchaîné contre lui. « Il a accepté le poste et, après, il a dit : "Je dois me récuser". Quel genre d'homme est-ce? », avait entre autres déclaré Trump.

Les démocrates sont vraiment puissants au sein du département de la Justice. [...] Jeff Sessions n'a jamais réellement pris le contrôle du département et c'est quelque chose d'assez incroyable.

Donald Trump, en août dernier

Ces affirmations avaient poussé le procureur général à répliquer, dans un communiqué très inhabituel. « J'ai pris le contrôle du département de la Justice le jour même où j'ai prêté serment. Tant que je serai secrétaire à la Justice, les actions du département ne seront pas indûment influencées par des considérations politiques », avait répondu Jeff Sessions.

Un tweet particulièrement cinglant du président quelques mois plus tôt, en février, dans lequel il avait déclaré que les actions de Jeff Sessions étaient « indignes » avaient également fait réagir M. Sessions : « Tant que je serai procureur général, je continuerai à m'acquitter de mes fonctions avec intégrité et honneur, et ce département continuera à faire son travail de façon juste et impartiale, conformément à la loi et à la Constitution », avait-il alors déclaré.

Un départ qui n’est pas une surprise

À huis clos, Donald Trump a exigé à plusieurs reprises l'éviction de Jeff Sessions, selon le Washington Post. Ses assistants auraient toutefois réussi à le convaincre que son départ aurait provoqué une crise politique au sein du Parti républicain, où de nombreuses personnes restaient fidèles à l'ancien sénateur ultraconservateur.

Au cours des derniers mois, cependant, certains de ces alliés du procureur général avaient manifesté leur volonté de tolérer la destitution de Jeff Sessions après les élections de mi-mandat.

Alors qu'il était sénateur, Jeff Sessions avait été parmi les premiers parlementaires à soutenir Donald Trump lors de la campagne pour les élections présidentielles.

Donald Trump, président des États-Unis
Avec les informations de Associated Press, Reuters, Washington Post, et New York Times

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