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Des entreprises canadiennes « victimes des choix de Trump » sur l’Iran

Des rouleaux d'aluminium dans une usine.
Les industries canadiennes de l'aluminium pourrait être craintives de faire des affaires avec l'Iran en raison des sanctions imposées par les États-Unis. Photo: iStock

Le retour des sanctions américaines contre l'Iran met des bâtons dans les roues de nombreuses entreprises canadiennes, qui déplorent être ciblées injustement par ces mesures. En Europe, la résistance s'organise contre les sanctions américaines. Mais au Canada, le gouvernement Trudeau n'a pas l'intention d'intervenir pour protéger les entreprises canadiennes.

Un texte de Christian Noël

L'ouverture du marché iranien a été profitable pour l'entreprise Eddyfi, de Québec, qui vend notamment des équipements d'inspection pour l'industrie pétrochimique. « Depuis 2016, ça fonctionnait assez bien. L’infrastructure pétrolière iranienne est en plein développement, et elle avait besoin de notre équipement », confie le PDG d’Eddify, Martin Thériault.

Eddyfi a signé des contrats qui pouvaient atteindre jusqu’à 2 millions de dollars par année. Elle a aussi décelé des débouchés prometteurs pour les prochaines années. Mais le PDG a décidé cette semaine de retirer toutes ses billes de l'Iran, parce que, dit-il, les sanctions américaines lui rendent la vie difficile.

Nos assureurs ne veulent plus nous supporter. Les banques refusent de prendre l’argent iranien. Je ne sais pas s'il y a une banque qui va être capable de rapatrier des fonds depuis l'Iran vers le Canada.

Martin Thériault, PDG d’Eddyfi

Des sanctions qui vont « très loin »

Plusieurs déplorent que les sanctions adoptées unilatéralement par les Américains s'appliquent de façon extraterritoriale aux entreprises canadiennes. C’est le cas de Simon Potter, avocat en droit international chez McCarthy Tétrault.

« Les sanctions secondaires adoptées aux États-Unis touchent toutes compagnies qui font affaire avec les personnes ou les entités ciblées par les Américains », affirme-t-il.

Les compagnies canadiennes sont vulnérables aux sanctions si elles ont des activités aux États-Unis, des actifs, des comptes bancaires, ou si leurs employés y font des voyages d’affaires. Les sanctions secondaires peuvent aller très loin.

Simon Potter, avocat en droit international chez McCarthy Tétrault

« Victimes des choix de Trump »

Selon Me Potter, le gouvernement canadien devrait intervenir. « Le débat est en cours au Canada, mais aussi en Allemagne, en France et en Angleterre. Devrait-il y avoir des lois domestiques [sic] dans ces pays pour protéger les citoyens et entreprises et empêcher que ces pays-là se plient aux sanctions américaines? », demande-t-il.

En Europe, les pays signataires de l'entente sur le nucléaire avec l'Iran, comme la France et le Royaume-Uni, tentent de trouver une façon de contourner les sanctions américaines, parce qu’ils ne veulent pas être « victimes des choix de Trump », disait en juin le ministre français de l'Économie, Bruno Le Maire.

L’Europe refuse de laisser les États-Unis jouer le rôle de police du commerce.

Bruno Le Maire, ministre de l'Économie de la France

Que fait le Canada?

Au Canada, le gouvernement libéral n'a pas l'intention d'adopter de mesures spécifiques pour protéger les entreprises canadiennes contre les sanctions américaines, confie une source gouvernementale.

« Les relations commerciales entre le Canada et l’Iran sont presque inexistantes, et nous n’avons pas d’ambassade à Téhéran, ajoute la source. Malgré l’ouverture partielle du pays entre 2016 et 2018, nous avions encore des sanctions robustes en place. »

C’est vrai que le commerce avec l’Iran représente un minuscule pan de l’économie canadienne. Le Canada a exporté pour 132 millions de dollars en Iran en 2017, soit 0,024 % des exportations totales. Mais le potentiel de développement existe : depuis trois ans, les exportations canadiennes en Iran ont presque doublé.

Dans l’industrie de l’aluminium aussi, on déplore le retour des sanctions américaines contre l’Iran. « Les très grandes entreprises vont éviter de s’exposer à ces situations-là, parce que le jeu n’en vaut pas la chandelle », remarque Jean Simard, PDG de l’Association de l’aluminium du Canada.

Les compagnies canadiennes ne veulent pas s’exposer à perdre le marché énorme des États-Unis, pour un potentiel de développement dans un marché situé dans une zone chargée d’instabilité politique.

Jean Simard, PDG de l’Association de l’aluminium du Canada

« Ce n’est pas dramatique, mais... »

C’est essentiellement ce qui a motivé l'entreprise Eddyfi de Québec à laisser tomber ses investissements en Iran. « Ça représente 1 % de nos ventes, contre 35 % pour le marché américain. Le choix n’est pas trop difficile à faire », remarque Martin Thériault. Il reconnaît que la perte du marché iranien « n’est pas dramatique » pour la rentabilité actuelle de son entreprise.

Le potentiel en Iran était quand même important, en raison de leur industrie pétrolière avancée. Alors, on perd un marché qui est quand même substantiel pour le futur et qui aurait pu devenir un pourcentage intéressant de nos ventes.

Martin Thériault, PDG d’Eddyfi

Comme Cuba?

Selon Mitch Potter, le gouvernement canadien devrait agir pour protéger les entreprises canadiennes, comme il l’a fait dans les années 90 pour contrecarrer les effets de la loi fédérale américaine Helms-Burton qui renforçait l'embargo contre Cuba.

Le gouvernement Chrétien avait alors modifié la Loi sur les mesures extraterritoriales étrangères, selon laquelle « les jugements rendus en vertu de la loi des États-Unis » ne sont « ni reconnus ni exécutoires au Canada ». De plus, il permettait des poursuites contre le gouvernement américain par des entreprises canadiennes qui se sentaient flouées.

Le même type de mesure serait pertinent dans le dossier iranien, selon Me Potter, puisque les États-Unis « isolent l’Iran » et veulent ainsi éviter que « les opportunités d’affaires des compagnies américaines soient abandonnées et reprises par des compagnies canadiennes » ou étrangères.

Une source gouvernementale à Ottawa indique qu’aucune discussion n’a été entamée et aucune action n’a été envisagée dans le dossier.

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