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  • Archives
  • Il y a 40 ans, Jean Garon faisait adopter la Loi sur la protection du territoire agricole

    Vue aérienne de champs et de bâtiments de fermes dans la région de Montréal

    Il y a 40 ans Jean Garon commençait le processus d'adoption de la loi sur la protection et le zonage agricole au Québec.

    Photo : Radio-Canada

    Radio-Canada

    Le 9 novembre 1978, le ministre de l'Agriculture du Québec Jean Garon déposait le projet de loi 90 sur la protection et le zonage des terres agricoles de la province. Nos archives expliquent les raisons de cette action et l'évolution de la situation depuis 40 ans.

    Protéger ses « talents »

    Perdre ses terres agricoles pour y mettre de l’asphalte dessus, des maisons par-dessus, c’est un peu détruire ses talents. Je pense qu’il y a une quantité de sols limitée au Québec.

    Jean Garon

    Téléjournal, 22 décembre 1978

    Cette déclaration de Jean Garon a été captée par le correspondant parlementaire James Bamber dans un reportage présenté le 22 décembre 1978 au Téléjournal qu’anime Michel Benoît.

    Le ministre de l’Agriculture avait conclu le jour précédent à l’Assemblée nationale le processus d’adoption de son projet de loi sur la protection et le zonage des terres agricoles du Québec commencé le 9 novembre 1978.

    Cette loi répondait à un besoin de sauvegarde criant du monde agricole.

    Téléjournal, 9 novembre 1978

    Le patrimoine agricole du Québec est minuscule, comme le souligne James Bamber dans un reportage présenté au Téléjournal du 9 novembre 1978 qu'anime Bernard Derome.

    Seulement 2 % de la superficie du Québec est cultivable.

    Ce chiffre minuscule est divisé par quatre quand on considère uniquement les « bonnes terres », c’est-à-dire celles qui sont fertiles et propices à l’agriculture.

    0,5% des terres du Québec est digne de ce qualificatif.

    Le patrimoine agricole québécois est non seulement minuscule; il s’amenuise d’année en année.

    De 1961 à 1976, les terres cultivées au Québec ont chuté en nombre de 12,4 %. À la même période, le Canada dans son ensemble voit croître ses sols cultivables de 12,2 %.

    La raison de cette diminution? Une très grande majorité des endroits cultivables de la province se trouvent dans la plaine du Saint-Laurent.

    L’étalement urbain qui y est apparu depuis les années 1950, surtout près de la région métropolitaine de Montréal, se fait souvent en détruisant les terres agricoles.

    Une révolution dans le monde agricole

    Depuis Maurice Duplessis, les gouvernements du Québec veulent légiférer en matière de protection du territoire agricole.

    Ça a été aussi le cas du gouvernement de Robert Bourassa en 1973. Le projet est resté lettre morte.

    Jean Garon est nommé ministre de l’Agriculture en novembre 1976. Il a alors un objectif : protéger le patrimoine agricole québécois.

    Le projet de loi 90 reflète cette préoccupation.

    Il interdit par exemple le morcellement des propriétés agricoles ou des érablières.

    Il prohibe l’enlèvement de la couche arable des sols agricoles.

    Il cherche aussi à freiner la spéculation immobilière en proposant un zonage qui confirme le statut agricole exclusive de certaines terres.

    Vive opposition

    50 % des activités de construction seront bloquées tant et aussi longtemps qu’on n’aura pas réussi à dégager les zones qui n’ont pas à être agricoles. […] ça risque d’être très coûteux à Laval et à l’ensemble du Québec.

    Lucien Paiement, maire de Laval

    Dans sa démarche, Jean Garon reçoit l’appui inconditionnel du premier ministre René Lévesque.

    Cet appui lui est utile contre certaines collègues au Conseil des ministres qui sont hostiles à son projet de loi. C’est notamment le cas du ministre d’État à l’Aménagement du territoire du Québec Jacques Léonard.

    Jean Garon doit aussi affronter l’opposition du monde municipal. Pour ce dernier, limiter la construction immobilière, c’est le priver d’importants revenus.

    Ce soir, 22 novembre 1978

    La journaliste Danièle Bombardier résume la position des municipalités de banlieue, particulièrement dans la région de Montréal, quant au projet de loi 90 dans un reportage qu’elle présente le 22 novembre 1978 à l’émission Ce soir qu’anime Gaby Drouin.

    Les villes de Saint-Bruno et de Belœil réclament d'être exemptées de zonage agricole.

    Le maire de Laval Lucien Paiement pour sa part fulmine.

    55 % du territoire de sa ville a été zoné agricole. Cela met en péril plusieurs développements immobiliers.

    Le maire Paiement croit que le projet de loi de Jean Garon dans son application menace la croissance économique de Laval et de l’ensemble du Québec.

    Des résultats renversés?

    Peut-on parler de succès du projet de Jean Garon?

    30 ans après son adoption, l’ancien ministre exprime une certaine désillusion.

    « En 2008, on serait revenu à la situation d’avant 1976 », selon Jean Garon. Les successeurs du gouvernement Lévesque ne croyaient pas à la protection du patrimoine agricole.

    Le Téléjournal/Montréal, 28 mai 2007

    Le grignotage est bien illustré dans le reportage du journaliste Vincent Maisonneuve présenté à l’émission Le Téléjournal/Montréal le 28 mai 2007.

    Le journaliste rencontre sur ses terres à Boucherville le producteur de maïs sucré Patrick Van Velzen.

    Le cultivateur sent l’étau de l’étalement urbain se refermer sur sa propriété. Des maisons entourent ses champs. La Ville de Boucherville a l’intention de construire encore plus.

    Patrick Van Velzen n’avait pas tort.

    Entre 1978 et 2008, 32 000 hectares de terres agricoles ont changé de vocation dans la seule communauté métropolitaine de Montréal, selon une évaluation de l'Union des producteurs agricoles.

    Le Québec perdrait 4000 hectares de terres agricoles chaque année.

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