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Les producteurs de porc traversent une « crise exceptionnelle »

Un porc regarde en direction de l'objectif.
Le prix du porc a chuté de 50 % depuis juin. Photo: Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie
Radio-Canada

Depuis juin, le prix offert par les abattoirs aux producteurs de porc pour leur bétail a diminué de près de 50 %, du jamais vu depuis 20 ans. Les éleveurs lancent un appel à l'aide pour trouver des solutions afin de mieux faire face aux fluctuations du marché.

Un texte de Marc-Antoine Lavoie

« Il y a des producteurs qui se remettent en question quant à leur entreprise. Les producteurs sont insatisfaits et il y a beaucoup d’inquiétude », affirme le président des Éleveurs de porcs des Deux Rives, Louis-Philippe Roy.

Il faut remonter à 1998 pour assister à une chute aussi importante du prix du porc sur le marché. À bout de souffle, les producteurs avaient alors lâché leurs animaux sur l’autoroute 20 près de Drummondville pour capter l’attention des gouvernements.

Des porcs et des policiers sur l'autoroute 20, près de Drummondville.Près de Drummondville, des centaines de producteurs avaient bloqué la voie de l’autoroute 20 en direction de Québec, en septembre 1998. Photo : Radio-Canada

Si un tel coup d’éclat n’est pas envisagé aujourd’hui, les producteurs sollicitent néanmoins l'appui du gouvernement du Québec pour leur venir en aide, notamment par une bonification de l'Assurace stabilisation des revenus agricoles.

« C'est 26 000 emplois au Québec. C'est des retombées de plusieurs milliards. C'est avec des chiffres qu'on se bat maintenant », mentionne le producteur de Saint-Michel-de-Bellechasse.

Le président des Éleveurs de porcs des Deux Rives, Louis-Philippe Roy.Le président des Éleveurs de porcs des Deux Rives, Louis-Philippe Roy. Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

La crise est particulièrement difficile pour les producteurs indépendants qui ne sont pas intégrés dans une filière comme Du Breton ou Olymel, des entreprises possédant leurs propres abattoirs. Les éleveurs ne pourront survivre à long terme au prix que leur offrent les abattoirs en ce moment.

« C'est sûr qu'avec un prix à 110 $ du 100 kilos, les producteurs ne couvrent pas leurs coûts de production. Depuis, le prix a un peu augmenté, mais à un niveau qui laisse les producteurs de porc en difficulté », analyse le professeur en agroéconomie de l’Université Laval, Daniel-Mercier Gouin.

Conflits commerciaux

Depuis 2009, le prix du porc au Québec est annexé à celui des Américains. Deux facteurs expliquent cependant la chute qui s'est entamée en juin.

Le premier est que les abattoirs américains fonctionnent présentement au maximum de leur capacité, ce qui entraîne un déséquilibre de l’offre et de la demande.

Le deuxième est la guerre commerciale qui oppose la Chine et l’administration de Donald Trump. Ce conflit politique a créé de nouvelles barrières tarifaires, notamment dans l’industrie porcine.

C’est un dommage collatéral que subissent les producteurs de porc du Québec.

Daniel-Mercier Gouin, professeur en agroéconomie à l'Université Laval

M. Gouin analyse que les éleveurs de porcs mesurent en ce moment les conséquences de ne pas avoir de système de gestion de l’offre et d’être soumis au marché international.

« De manière générale, les producteurs sont perdants si on regarde le niveau des prix qu'ils vont recevoir et les consommateurs ne sont pas nécessairement gagnants », explique l’agroéconomiste.

Le professeur en agroéconomie à l'Université Laval, Daniel-Mercier Gouin.Le professeur en agroéconomie à l'Université Laval, Daniel-Mercier Gouin. Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

L’établissement d’un tel système dans l’industrie porcine québécoise est toutefois impensable étant donné que 70 % de la production est exportée.

Négociations avec les abattoirs

L’espoir des producteurs repose plutôt sur un meilleur partage des profits entre les abattoirs et les éleveurs.

« Depuis 2 à 3 ans, l'écart entre le prix de gros auquel vendent les abattoirs [aux commerçants] et le prix auquel ils achètent le porc aux producteurs s'est agrandi », précise Daniel-Mercier Gouin.

« Les tarifs qui ont été mis en place ont eu un impact sur les producteurs, mais pas sur les acheteurs. Donc, eux, ils avaient des bénéfices assez importants en période estivale », ajoute Louis-Philippe Roy.

Des cochons dans une porcherie.La guerre commerciale qui oppose la Chine et l’administration de Donald Trump a créé de nouvelles barrières tarifaires, notamment dans l’industrie porcine. Photo : Associated Press / Gerry Broome

Des négociations entre les abattoirs et les producteurs ont récemment eu lieu afin de mieux distribuer la richesse dans la filière porcine québécoise. Elles n'ont toutefois pas permis de trouver un terrain d'entente.

M. Roy croit que la qualité du porc produit au Québec est un argument de taille afin de permettre aux producteurs d’obtenir un meilleur prix.

« On est reconnu mondialement. On exporte dans plus de 100 pays », soulève-t-il.

Des séances d’arbitrage sont prévues au cours des prochaines semaines devant la Régie des marchés agricoles.

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