•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Vaccin contre le VPH : difficile de convaincre les parents à Ottawa et à Gatineau

Une main gantée approche une seringue du bras d'une petite fille habillée en bleu.
Attention, ça va piquer! Photo: iStock / Imgorthand

Les autorités de la santé publique de Gatineau et d'Ottawa peinent à convaincre bon nombre de parents de faire vacciner leurs enfants contre le virus du papillome humain (VPH), une infection transmise sexuellement pourtant très répandue.

Un texte de Laurie Trudel

Au Canada, trois personnes sexuellement actives sur quatre vont contracter au moins une infection liée au VPH dans leur vie, sans nécessairement le savoir.

Afin de prévenir ces infections aux lourdes conséquences, les autorités sanitaires désirent vacciner un maximum d’enfants, avant le début de leurs premières relations sexuelles.

Le vaccin contre le VPH est offert gratuitement aux filles et aux garçons de la 4e année du primaire au Québec et de 7e année en Ontario.

Or, l’Outaouais fait partie des régions de fréquentation scolaire au Québec où le taux de vaccination chez les garçons et les filles est le plus bas.

Qu'est-ce que le VPH?

Le VPH est une infection transmise sexuellement très contagieuse. Elle se transmet au contact peau à peau dans la région vaginale, lors de la pénétration vaginale ou anale, ou lors du sexe oral. Le vaccin protège contre les condylomes et les précancers, de même que contre le cancer de la bouche, de la gorge, du col de l'utérus, du vagin, de la vulve, de l'anus et du pénis.

La cible d'immunisation du Programme national de santé publique (PNSP) est fixée à 90 %. La grande majorité des régions du Québec ne l’atteignent pas, tant chez les filles que les garçons — et l’Outaouais ne fait pas exception.

Dans le cadre du programme de vaccination scolaire gratuit, 73 % des garçons et 77 % des filles de la 4e année du primaire en Outaouais ont reçu leurs deux doses de vaccin contre le VPH l’an dernier.

Le vaccin contre le VPH est disponible depuis 2008 au Québec. Il a d’abord été offert gratuitement aux adolescentes, puis aux filles et aux garçons en 4e année du primaire en 2016.

Une période de rattrapage en milieu scolaire a aussi eu lieu dans les dernières années. Des études ont démontré que c'est entre 9 et 14 ans que le système immunitaire répond le mieux au vaccin contre le VPH.

La principale efficacité pour les garçons est pour ceux qui vont avoir des relations sexuelles avec d'autres garçons, donc pour les garçons homosexuels qui ne bénéficient pas de la protection indirecte offerte par la vaccination des filles, souligne Ève Dubé, docteure en anthropologie et chercheuse à l'Institut national de santé publique du Québec.

Chaque école a son propre calendrier de vaccination contre le VPH. Ce sont les infirmières en milieu scolaire qui vaccinent les élèves, classe par classe. Les enfants reçoivent une dose à l’automne et une deuxième dose au printemps. Les parents doivent remplir un formulaire de consentement afin que leur enfant soit vacciné.

Carol McConnery en entrevue à Radio-Canada dans un bureau.La Dre Carol McConnery est médecin-conseil à la Direction de la santé publique du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais. Photo : Radio-Canada

Au Québec, on permet quand même aux parents de dire : ''ma fille ou mon garçon sont trop jeunes, ils vont aller se faire vacciner quand ils vont être plus vieux ou plus vieilles au CLSC'', raconte la Dre Carol McConnery, médecin-conseil à la Direction de la santé publique du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de l’Outaouais.

On permet ça pour les parents qui ne se sentent pas à l’aise.

Dre Carol McConnery, médecin-conseil à la Direction de la santé publique du CISSS de l’Outaouais

D’où vient cette hésitation à la vaccination contre le VPH ?

L’anthropologue Ève Dubé s’intéresse aux enjeux culturels, sociaux et éthiques entourant la prévention des maladies infectieuses.

Elle a mené plusieurs recherches au Québec, au Canada et ailleurs dans le monde pour mieux comprendre pourquoi les parents hésitent à faire vacciner leurs enfants. Selon elle, le jeune âge de l’enfant au moment du vaccin peut être un frein à la vaccination contre le VPH.

Quand on parle d'un vaccin contre une infection transmise sexuellement, à 9-10 ans [....] c'est certain que c'est jeune et que ça amène une discussion sur la sexualité qui peut être inconfortable pour certains parents.

Ève Dubé, docteure en anthropologie et chercheuse à l'Institut national de santé publique du Québec

C'est un vaccin qui est toujours perçu comme un nouveau vaccin, même s'il est disponible depuis près de 10 ans, ajoute Ève Dubé, qui reconnaît également que le vaccin a eu mauvaise presse pendant plusieurs années.

Les communautés culturelles plus réticentes, selon une étude

La faible couverture vaccinale à l’échelle de la province du Québec a incité l’Alliance des communautés culturelles pour l’égalité dans la santé et les services sociaux (ACCÉSSS) à étudier la question (Nouvelle fenêtre).

Une barrière linguistique — et dans certains cas culturelle ou religieuse — peut être un frein à la vaccination contre le VPH, selon l'organisme.

Des groupes de discussion formés de parents immigrants de pays d’origine variés ont révélé une incompréhension notable de la brochure d’information destinée à la prise de décision des parents.

Ces derniers ont exprimé le besoin d’obtenir davantage d’informations de la part d’un professionnel de la santé et ont demandé à ce que les autorités sanitaires traduisent la documentation en plusieurs autres langues que le français et l’anglais, comme l’espagnol, l’arabe, le punjabi et le mandarin.

La Direction régionale de la santé publique de l’Outaouais n’a pas observé de corrélation directe entre l'appartenance culturelle des familles et le refus d’obtenir le vaccin contre le VPH. Elle a toutefois modifié ses façons de faire afin d’offrir une plus longue période de réflexion aux parents.

Quand les enfants sont en 3e année du primaire, une lettre explicative du vaccin contre le VPH est acheminée aux parents pour les aviser que, l’année suivante, leur enfant pourra se faire vacciner contre cette ITSS. Les autorités de la santé invitent également les parents à consulter des sites internet crédibles, afin de diminuer la désinformation.

Martin Santos en entrevue dans un bureau.Martin Santos est responsable de l’accompagnement des jeunes immigrants dans le réseau scolaire à Accueil parrainage Outaouais. Photo : Radio-Canada

Accueil parrainage Outaouais est membre de l’ACCÉSSS. Son responsable de l’accompagnement des jeunes immigrants dans le réseau scolaire, Martin Santos, croit que les nouveaux arrivants ont à coeur la santé de leur enfant. Il n’a pas l’impression que le vaccin contre le VPH crée des craintes ou des questionnements particuliers chez la population immigrante en Outaouais.

Jamais on a eu une seule inquiétude par rapport à cette sorte de vaccin [...] Probablement qu'il y en a, mais dans mon travail, je n’ai jamais entendu ça, affirme-t-il.

À Ottawa aussi, l’hésitation est bien présente

À Ottawa, 56,3 % des enfants de 12 ans et seulement 59,6 % des filles de 13 ans ont été vaccinés contre le VPH en 2016-2017, d'après un rapport sur l'immunisation en milieu scolaire publié par Santé publique Ontario.

Ces chiffres se situent bien en deçà de la cible nationale de vaccination, qui vise à immuniser 90 % des jeunes avant l'âge de 17 ans. Ottawa fait tout de même bonne figure à l’échelle de l'Ontario, mais le taux de vaccination y est cependant beaucoup plus bas qu’en Outaouais.

Afin de tenter d’augmenter le taux de vaccination dans la capitale fédérale, Santé publique Ottawa (SPO) a développé dans les 10 écoles où le taux de vaccination est au plus bas un nouveau projet pilote de sessions d’informations avec les parents, les enfants et des professionnels de la santé.

La gestionnaire du programme d’immunisation de SPO affirme qu’elle n’a pas observé de différence marquée d’acceptation au vaccin entre les différentes communautés culturelles. Lorette Dupuis reconnaît toutefois qu’il s’agit d’écoles à forte représentation multiculturelle, où la langue d’origine des parents n'est ni l’anglais ni le français.

Lorette Dupuis en entrevue à Radio-Canada dans une clinique.Lorette Dupuis est gestionnaire du programme d'immunisation de Santé publique Ottawa. Photo : Radio-Canada

On fait des sessions vraiment spécifiques pour eux autres, avec un agent de liaison multiculturel, pour que les informations soient transmises dans leur langue, explique-t-elle.

On a eu un gros succès dans quelques-unes de nos écoles avec cette approche.

Lorette Dupuis, gestionnaire du programme d'immunisation de Santé publique Ottawa

Le jeune âge des enfants est également un frein à la vaccination, mais les autorités de la santé misent sur l'argument de la prévention du cancer pour convaincre le plus de familles possible.

Ottawa-Gatineau

Santé publique