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Les républicains perdent la Chambre, Trump tend la main à ses adversaires

Le président Trump tient une conférence de presse au lendemain des élections de mi-mandat. Photo: Reuters / Kevin Lamarque
Radio-Canada

Au lendemain des élections de mi-mandat qui ont vu les démocrates prendre le contrôle de la Chambre des représentants, Donald Trump s'est avancé à jouer la carte de la collaboration lors d'une très longue conférence de presse, mercredi, à la Maison-Blanche. Une invitation qui a été bien reçue par celle qui pourrait présider la Chambre, Nancy Pelosi.

Confronté à la possibilité que les démocrates profitent de leurs nouveaux pouvoirs pour lancer des enquêtes visant son administration, le président américain a préféré tendre une branche d'olivier à ses adversaires. Il est même allé jusqu'à dire qu'il préférait négocier avec une majorité démocrate qu'avec une très courte majorité républicaine.

Ce pourrait être une situation magnifiquement bipartisane. [...] Maintenant est venu le temps pour les membres des deux partis de se rassembler, de mettre la partisanerie de côté et de s'assurer que le miracle de l'économie américaine se poursuive.

Donald Trump

Selon M. Trump, il aurait été plus difficile d'obtenir des résultats si les républicains n'avaient eu qu'une faible minorité de deux, trois ou quatre sièges à la Chambre; dans de tels cas, a-t-il dit, deux ou trois représentants tentent toujours de négocier, d'obtenir quelque chose de plus.

« Maintenant, la voie est beaucoup plus facile, parce que les démocrates vont venir nous voir avec un plan pour les infrastructures, un plan pour les soins de santé qui mettra de l'avant ce qu'ils cherchent, et nous allons négocier », a-t-il fait valoir.

Le président s'attend aussi à ce que les démocrates et lui s'entendent sur une approche qui permettrait de faire baisser le coût des médicaments ainsi que sur des enjeux environnementaux, sans préciser lesquels.

M. Trump a toutefois mis les démocrates en garde. Multiplier les enquêtes à son endroit sera la meilleure façon de mettre fin à toute collaboration, a-t-il clairement indiqué, en menaçant de leur appliquer la même médecine.

Ils peuvent se pencher sur ce qu'on fait, et on peut se pencher sur ce qu'ils font, et ça va être un va-et-vient. [...] Ce pourrait même être extrêmement bon pour moi politiquement, parce que je suis meilleur qu'eux à ce jeu. Nous allons voir. Ou nous pouvons travailler ensemble.

Donald Trump

Le président américain avait ouvert sa conférence de presse en parlant des « gains historiques » réalisés par le Parti républicain, mardi soir. Il est extrêmement rare qu'un président fasse des gains au sénat lors des élections de mi-mandat qui suivent son élection, a-t-il soutenu.

Cela a pu être effectué malgré les sommes colossales versées par des donateurs démocrates et le traitement « très hostile » des médias envers les républicains, a-t-il ajouté. Il a aussi lourdement souligné que les candidats qu'il a appuyés en se rendant dans leur circonscription ont gagné pour la plupart, tandis que ceux qui ont préféré le tenir à distance ont mordu la poussière.

Trump soutient Nancy Pelosi, qui est contestée chez les démocrates

Le président Trump a aussi appuyé sans équivoque la candidature anticipée de Nancy Pelosi à titre de présidente de la Chambre des représentants. Il s’est du coup immiscé dans une lutte pour l’obtention de ce poste prestigieux, puisque la représentante californienne ne fait pas l’unanimité dans les rangs démocrates.

Il a souligné que Mme Pelosi a parlé d'unité et du fait de transcender les lignes partisanes, mardi soir, lors de son discours de victoire. « Elle travaille très fort, et elle le fait depuis longtemps, a-t-il dit. Je lui donne beaucoup de crédit pour ce qu'elle a fait, ce qu'elle a accompli. »

En toute justice, Nancy Pelosi mérite d’être choisie présidente de la Chambre par les démocrates. S'ils lui font la vie dure, peut-être ajouterons-nous des votes républicains [pour la faire élire]. Elle a mérité ce grand honneur.

Tweet du président américain Donald Trump

Mardi après-midi, Mme Pelosi s'est aussi montrée conciliante envers le président. Devant les journalistes, elle a martelé l'importance de la Chambre dans le système de poids et contrepoids du système politique américain, et de sa responsabilité d'exercer une surveillance du pouvoir exécutif. Elle n'a toutefois pas évoqué d'enquête précise visant le président.

Selon elle, les électeurs américains ont notamment voté en faveur de meilleurs soins de santé, et ils veulent un Congrès « qui fera des progrès » à ce sujet. Elle a aussi évoqué la possibilité que les démocrates de la Chambre puissent s'entendre avec le président sur une baisse du coût des médicaments et un programme d'infrastructures.

La représentante de la Californie a par ailleurs confirmé qu'elle briguera le poste de présidente de la Chambre. « Je crois que je suis la meilleure personne pour aller de l'avant, pour faire l'unité, pour négocier. Je suis une bonne négociatrice, comme tout le monde peut le constater », a-t-elle déclaré.

Les propos du président traduisent bien les enjeux auxquels sont confrontés les démocrates, qui reprennent le contrôle de la Chambre huit ans après l’avoir perdu. Cela leur donne un certain contrôle sur l’agenda législatif à Washington.

Les démocrates doivent désormais décider de ce qu’ils feront de cette nouvelle – et courte – majorité. Ils peuvent décider de déclencher de multiples enquêtes concernant le président et son entourage, mais ils peuvent aussi tenter de négocier avec le président Trump sur différents aspects. Chaque option présente des avantages et des inconvénients.

L’appui du président Trump à Nancy Pelosi n’est pas étranger à ce dilemme. Lors de la campagne, Mme Pelosi plaidait pour que les candidats démocrates fassent campagne sur les soins de santé ou sur la création d’emplois par l’entremise de programmes d’infrastructures, et atténuent leur volonté de lancer une procédure de destitution contre le président.

Grâce au contrôle de la Chambre, les démocrates pourraient bel et bien lancer une telle procédure, mais elle serait vouée à l’échec dans la mesure où le Sénat, qui a son mot à dire dans un tel cas, demeure contrôlé par les républicains.

Décision au plus tard le 28 novembre

Dans un discours prononcé mardi soir à Washington, Mme Pelosi, dont le désir de présider la Chambre est bien connu, a assuré que les démocrates « travailleront pour des solutions qui rassembleront ».

La représentante californienne est toutefois contestée à l’intérieur de son propre parti, certains représentants souhaitant ouvertement que les rênes du pouvoir soient confiées à du sang neuf.

Représentant l’un des sièges démocrates les plus sûrs du pays, Mme Pelosi siège à la Chambre depuis 1987. Elle a patiemment gravi les échelons pour devenir leader de la minorité démocrate, en 2002, puis présidente de la Chambre en 2007. Dans les deux cas, il s’agissait d’une première pour une femme.

Après la défaite démocrate de 2010, elle est redevenue leader de la minorité démocrate.

Lors de son discours de victoire, mardi, Mme Pelosi était en outre accompagnée des numéros 2 et 3 du parti à la Chambre, Steny Hoyer et James Clyburn, respectivement âgés de 78 et 79 ans. Cette image illustrait le dilemme qui se dresse devant les représentants démocrates : opter pour l’expérience ou pour un renouveau.

Les démocrates ont trois semaines pour trancher la question. Le choix des leaders du parti doit être décidé lors d’une réunion à huis clos prévue le 28 novembre, soit un peu plus d’un mois avant que le nouveau Congrès issu des élections de mi-mandat ne s’installe, début janvier.

Cinq personnes, dont un enfant, applaudissent et saluent de la main.La leader de la minorité à la Chambre des représentants Nancy Pelosi célèbre la victoire des démocrates aux élections de mi-mandat. Photo : Reuters / Jonathan Ernst
Avec les informations de Reuters

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