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La fille d'une réfugiée juive du navire MS Saint Louis se félicite des excuses officielles de Justin Trudeau

Une femme montre des photos.

Annette Wildgoose présente des photos de sa mère Alice Meister qui avait tenté de fuir l'Allemagne

Photo : Radio-Canada / Darren Major

CBC
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le premier ministre Justin Trudeau a présenté mercredi des excuses officielles pour les 907 réfugiés allemands juifs contraints de retourner en Europe après le refus du Canada de les accueillir en 1939. Résidente dans le quartier d'Orléans à Ottawa, Annette Wildgoose a assisté à cette cérémonie très émotive pour cette fille de rescapée.

Depuis son plus jeune âge, Annette Wildgoose se souvient des récits de sa mère. À cette époque, elle n'avait pas osé en demander davantage.

Comme nous sommes une famille, nous avons eu un peu peur d'ouvrir la boîte de Pandore, raconte Annette Wildgoose, âgée de 64 ans et résidente à Ottawa.

Sa mère née Alice Meister à Leipzig, en Allemagne, fait partie des 900 juifs réfugiés à bord du navire MS Saint Louis, fuyant une Europe gagnée par une forte vague d’antisémitisme, à l'aube de la Seconde Guerre mondiale.

Le navire est parti de Hambourg, une ville portuaire du nord de l'Allemagne, le 13 mai 1939. Les passagers se sont d’abord vu refuser l’entrée à Cuba, puis aux États-Unis, avant que les autorités canadiennes ne leur signifient également qu’ils n’étaient pas les bienvenus.

Aînée de cinq enfants, Alice Meister, qui n'avait que 19 ans, voyageait seule. Ses parents avaient réuni juste assez d'argent pour lui acheter une place à bord du navire.

Si elles disposaient de moyens financiers, la plupart des familles juives pouvaient faire sortir un enfant d'Allemagne à l'époque, explique Mme Wildgoose.

N'étant acceptés par aucun pays, les réfugiés ont été contraints de retourner en Europe, où bon nombre d’entre eux ont été envoyés dans des camps de concentration. Environ la moitié des passagers du MS Saint Louis ont trouvé refuge au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, en France et en Belgique. Environ 500 ont dû retourner en Allemagne où 254 d'entre eux ont été assassinés durant l’Holocauste.

Elle n'a jamais vraiment parlé de ça, confie Mme Wildgoose.

Mystérieusement, le nom d'Alice Meister n'apparaît pas sur la liste des passagers du navire, mais Annette Wildgoose a toujours l'étiquette des bagages que sa mère a reçue à son arrivée à Southampton, au Royaume-Uni.

Une étiquette sur laquelle est inscrite le nom d'Alice Meister et la ville de Southampton.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'étiquette de ses bagages d'Alice Meister.

Photo : Radio-Canada / Patrick Louiseize

Le père d'Alice Meister, un tailleur de profession, avait cousu des photographies de famille dans la doublure de sa veste pour être sûr qu'elles ne se perdent pas. Elle a également gardé toutes les lettres qu'elle a reçues de sa famille à Leipzig. Ces photos et ces lettres sont tout ce qui lui reste de cette époque.

« De 1939 à 1942 environ, elle a gardé toute sa correspondance avec sa famille qui n'a malheureusement pas survécue »

— Une citation de  Annette Wildgoose
Un doigt pointe des lettres écrites à la main en allemand.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Mme Wildgoose a gardé toutes les lettres de sa mère à sa famille restée en Allemagne.

Photo : Radio-Canada / Darren Major

Alice Meister a déménagé en Écosse et s'est mariée, mais elle a été la cible de discrimination.

Mon grand-père, qui - je pense - est vraiment le héros méconnu de cette histoire, se portait garant pour ma mère au commissariat, car non seulement elle était juive, mais elle était aussi allemande, explique Mme Wildgoose.

Le couple a fondé une famille dans la petite ville de Shotts, où Annette Wildgoose a grandi.

Une femme avec un sac sur une photo sépia.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Alice Meister, la mère d'Annette Wildgoose en Écosse en 1964.

Photo : Courtoisie : Annette Wildgoose

Et quand vint le moment d'aller à l'université, elle choisit d'étudier au Canada - le pays qui avait jadis refusé sa mère.

Annette Wildgoose se souvient du moment où elle a annoncé cette nouvelle à sa mère.

Je pense qu'elle était heureuse pour moi, mais dans son regard quelque chose disait : "Peut-être que je vais perdre ma fille", croit Annette Wildgoose.

Ce n'est que quand sa mère a eu 70 ans, qu'elle s'est un peu ouverte sur ce qu'elle avait vécu. Puis, elle a écrit ses mémoires.

Je les lis très souvent. Elle écrit à plusieurs reprises qu'elle ne savait pas pourquoi elle avait survécu, a déclaré Wildgoose. Elle avait l'impression que tout se passait comme si une main secrète l'avait guidée toute sa vie.

La mère d'Annette Wildgoose est décédée en 2010 à l'âge de 90 ans.

Mercredi, Annette Wildgoose était dans la galerie publique de la Chambre des communes pour assister aux excuses officielles de Justin Trudeau.

C'est extrêmement important de souligner que ces excuses ne sont pas juste une action, c'est aussi la façon dont on s'engage à se comporter à l'avenir, croit Mme Wildgoose.

« Il ne s'agit pas que d'un navire et des raisons pour lesquelles il a été détourné de nombreux pays, il s'agit d'être plus aimant avec les autres »

— Une citation de  Annette Wildgoose
Des pierres commémoratives incrustées dans la terre.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des pierres commémoratives portant les noms des grands-parents, des tantes et des oncles d'Annette Wildgoose devant leur ancienne demeure à Leipzig, en Allemagne.

Photo : Courtoisie : Annette Wildgoose

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