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De la politique à la médecine, Amir Khadir retrouve ses « premières amours »

Amir Khadir
Amir Khadir a retrouvé son poste de médecin à l'hôpital Pierre-Le Gardeur. Photo: Radio-Canada / Romain Schué

Après dix ans sur les bancs de l'Assemblée nationale, Amir Khadir a décidé de reprendre à temps plein ses activités de médecin spécialisé en microbiologie-infectiologie. Affirmant être très heureux de sa nouvelle vie, toujours très chargée, le cofondateur de Québec solidaire (QS) jure n'avoir aucun regret et se montre « emballé » pour l'avenir de son parti.

Un texte de Romain Schué, correspondant parlementaire à Québec

Amir Khadir est un homme occupé. Jusque-là, rien n’a changé. Sauf peut-être sa tenue vestimentaire et le lieu du rendez-vous. Bref, une bonne partie de sa vie!

Après une rencontre avec l’équipe du laboratoire de l’hôpital Pierre-Le Gardeur de Terrebonne qui s’est éternisée, le physicien de formation débarque dans la cafétéria de l’établissement, blouse blanche sur les épaules et lunettes sur le nez, pour rejoindre l'auteur de ces lignes.

Il remonte ensuite dans son bureau afin de répondre aux demandes de l’un de ses collègues et de poser son téléavertisseur, qui venait de l’interpeller quelques secondes plus tôt, sur la table.

Entre-temps, une consœur lui montre l’emplacement de sa mallette, qu’Amir Khadir cherchait depuis le début de la matinée. « Ça ne va pas arranger ma réputation », dit-il en souriant.

Amir Khadir Les journées d'Amir Khadir débutent désormais à 9 h et se terminent habituellement vers 21 h, raconte-t-il. Photo : Radio-Canada / Romain Schué

Des consultations en tant que député

« Je suis physiquement exténué, mais moralement, je suis au top », explique l’ancien député, qui a décidé, ce printemps, de remiser sa cravate et ses habits de politicien pour retourner à ses « premières amours ».

« Si vous parlez de la cravate dans l’article, dites que je la recommande à tous ceux qui ont une bronchite virale. Elle permet de garder au chaud la poitrine », ajoute le Dr Khadir, qui alterne ses journées entre les consultations et des recherches en laboratoire.

Ces activités, il ne les avait jamais complètement abandonnées durant ses dix années passées à l’Assemblée nationale. Environ une fois par mois, le lundi ou le vendredi, l’élu de Mercier allait à la rencontre de patients « pour garder la main ». Chaque été durant deux ou trois semaines, rebelote.

« Je ne voulais pas perdre le lien et ne pas être dépendant de la politique. Je devais aussi maintenir la pratique pour être à l’aise et pour que mes collègues aient confiance de me confier des malades », affirme-t-il.

Je suis comme un ancien cycliste ou fondeur qui retrouve son vélo ou ses skis après avoir été absent pendant des années.

Amir Khadir, député de Mercier de 2008 à 2018

D’ailleurs, souligne-t-il, plusieurs députés faisaient régulièrement appel à ses services « pour des conseils et des prescriptions ».

Pianotant sur son ordinateur, Amir Khadir cherche la photo du célèbre tableau d’Eugène Delacroix La Liberté guidant le peuple, détourné durant la grève étudiante de 2012.

Alors que sa fille est arrêtée à domicile en raison d’un saccage, une parodie est retrouvée par les policiers, le montrant, une arme à la main, avec à ses pieds le premier ministre Jean Charest, confie-t-il.

Cet événement, reprend-il, lui a fait prendre conscience qu'il fallait absolument mettre à jour ses formations. « Je me suis dit que si jamais M. Charest a une crise cardiaque et que je ne suis pas capable de le réanimer, on va me suspecter », assure-t-il.

« C’était avant que je ne le traite de suspect numéro 1 pour la corruption au Québec », lâche-t-il en riant.

Françoise David et Amir KhadirFrançoise David et Amir Khadir ont fondé Québec solidaire en 2006. Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Des discussions politiques à l’hôpital

Depuis « le 2 octobre à 9 h », précise-t-il, soit au lendemain de l'élection de la Coalition avenir Québec, Amir Khadir, 57 ans, a repris ses activités au sein d’un hôpital qu’il fréquente depuis 1997.

Les questions, désormais, ne proviennent plus de cet éloquent orateur, mais de ses collègues, qui le questionnent quotidiennement sur l’actualité politique.

L’entente concernant la hausse de la rémunération des médecins spécialistes, qu’il a vivement décriée ces derniers mois, revient notamment au cœur des discussions.

Félicitant le nouveau premier ministre de s’attaquer à ce texte « qui n’a pas d’allure », Amir Khadir propose l’organisation d’un sondage mené par un organisme indépendant pour prendre le pouls de la profession.

La majorité des médecins, je le sens, n’a pas comme souci principal leur rémunération. Ils veulent une meilleure organisation du travail, engager du personnel, avoir plus de lits dans les hôpitaux, moins de patients dans les couloirs.

Amir Khadir

Pour le reste, dit-il, hors de question de se mêler des affaires se déroulant à Québec ou de l’organisation du parti qu’il a fondé avec Françoise David en 2006, avant de devenir, deux ans plus tard, le premier élu de QS.

Seul l’avenir de Gaétan Barrette, qu’il a appelé à de nombreuses reprises à démissionner, fait encore vivement réagir celui qui continue d’analyser, de temps en temps, l’actualité provinciale. « S’il avait écouté mes conseils, il ne serait pas dans cette situation », glisse-t-il.

« Il a été un boulet toute la campagne électorale pour le parti de M. Couillard, il n’aura aucun soutien dans la course à la chefferie. Il va devoir regarder ses souliers durant 4 ans ou démissionner », mentionne-t-il, reprochant avant tout « la manière » utilisée par l’ex-ministre de la Santé pour réformer ce système.

Amir Khadir , député solidaire de MercierAmir Khadir a souvent réclamé la démission de Gaétan Barrette ces dernières années. Photo : Radio-Canada

Désormais, avoue-t-il avant de rejoindre le laboratoire, QS est entre bonnes mains et l’avenir est « emballant  ». Même s’il « espère voir le Bloc québécois renaître de ses cendres », hors de question, jure-t-il, de revenir sur la scène politique, quel que soit le palier de gouvernement.

Sa décision, mûrement réfléchie, a été facile à prendre, concède celui qui souhaitait initialement s’arrêter après deux mandats. « En 2014, QS n’était pas assez solide. Mais depuis la fin 2017, l’organisation a démontré beaucoup de robustesse et d’agilité politique », avance-t-il en mettant de l’avant l’arrivée de nouveaux militants et de « cadres intermédiaires ».

« Je voulais retourner à la médecine, c’est clair. [Avec Françoise David] on ne voulait pas que le parti repose sur notre notoriété », dit-il.

On ne voulait pas d’un culte de personnalités à QS. On a vu le sort de l’ADQ après le départ de Mario Dumont, qui a permis à François Legault de faire son OPA. Je pense qu’on a réussi le coup.

Amir Khadir

Voyant l'élection de 10 députés solidaires et le poids politique atteint par son parti, a-t-il des regrets? Pas du tout, soutient l'ex-porte-parole, en assurant vouloir rester à son poste pour les prochaines années, tout en comptant « demeurer actif » au sein de QS en tant que « militant ».

« Le système a investi beaucoup sur nous [les médecins] et je n'ai travaillé que 10 ans comme médecin à temps plein. Je dois rendre au minimum 10 à 15 ans de service », admet-il, avant d'évoquer son calendrier chargé.

Le temps lui manque pour écrire un message à ces nouveaux élus, afin de leur dire qu’il reste joignable. « S'ils ont besoin de moi, je suis là, reconnaît-il. C'est tentant, mais je ne leur dirai pas de faire ceci ou cela. Il faut que leur dynamique s'installe. »

De son côté, sa journée n'est pas terminée. Assis sur la chaise de son bureau, Amir Khadir désigne des boîtes entassées qui contiennent des dossiers à trier. Un médecin bien occupé.

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