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Revenir à Molenbeek, une communauté étroitement associée aux attentats de Paris

Une place publique de Molenbeek, ville belge reconnue pour l'arrestation de Salah Abdeslam en lien avec les attentats de Paris.

Un jeune garçon joue avec un ballon sur une place publique de Molenbeek en Belgique.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Paris marquera une pause aujourd'hui en mémoire des victimes des attentats commis il y a trois ans au Bataclan et sur plusieurs terrasses. Douloureux anniversaire. Une date qui évoque également de mauvais souvenirs en Belgique, particulièrement dans la commune de Molenbeek, qui s'est retrouvée associée aux extrémistes qui s'y terraient. Visite.

J’écris « revenir à Molenbeek », parce que j’avais l’impression de connaître l'endroit. Je n’y étais jamais allé, comme la plupart d’entre vous. Mais comme vous, probablement, j’ai connu ce nom dans la foulée des horribles attentats de Paris, en 2015.

Molenbeek, c’est une petite communauté de Bruxelles. Trop près du centre pour être considérée comme une banlieue. Pourtant, cela n’a pas empêché plusieurs journalistes d’en parler ainsi. Et très souvent, de manière péjorative, approximative.

La commune a été surnommée la « Banlieue de la terreur », « Molenbeek-sur-djihad » ou encore « Molenbeekistan ». Une réputation inspirée d’un triste bilan. La commune a vu grandir de nombreux terroristes qui ont laissé des traces sanglantes un peu partout sur la planète.

Attentats terroristes à Paris

Il y a ceux qui ont tué 130 innocents à Paris, il y a trois ans. C’est aussi à Molenbeek que l’unique survivant des commandos du 13 novembre, Salah Abdeslam, a été arrêté de façon spectaculaire quelques mois plus tard.

Dans l’imaginaire du monde, donc, Molenbeek est devenu un berceau du terrorisme. Un exemple à ne pas suivre. Un lieu à éviter.

S'y rendre en reportage, c’était y aller avec un mélange de curiosité et d’appréhension. D'autant qu’il fallait réaliser un reportage sur un parti politique qui proposait d’instaurer la charia en Belgique.

La méfiance

Les premiers pas ont été faits dans la méfiance. Molenbeek est une commune pauvre, mal entretenue. Trop souvent, ce qui est mal connu ressemble à un danger.

L’étranger blanc s’y fait remarquer assez rapidement. Dévisager aussi. Compréhensible, vu la réputation que la presse du monde entier a donnée à leur ville.

Un couple m’a suivi puis interpellé dans la rue. Il voulait savoir pourquoi je prenais des photos sur l’une des artères commerçantes. L'une de ces petites rues qui grouillent de monde, où des vitrines affichent des foulards islamiques sur des têtes de mannequins.

Une boutique de Molenbeek, ville belge devenue tristement célèbre après les attentats survenus à Paris il y a trois ans.  Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Une boutique de la ville belge de Molenbeek.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Les noms des commerces, les inscriptions en arabe, les odeurs et les produits offerts : tout cela évoque davantage Beyrouth que Bruxelles. Ce qui ne veut pas dire que ça soit une mauvaise chose.

Le lendemain, un jeune homme insistait : il faut demander la permission avant de photographier les centaines de clients au marché public de Molenbeek. C’est un marché très populaire, coloré, dans lequel on y vend même des friteuses.

Les habitants de Molenbeek se méfient. Et le reste de la Belgique semble bien leur rendre cette méfiance. Révéler qu’on habite la commune peut, trop souvent, vous faire perdre un boulot. À la mention de ce nom, des portes se ferment, m’a-t-on expliqué.

Le marché de Molenbeek.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le marché de Molenbeek.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

La face cachée de Molenbeek

Il y a beaucoup de chômage à Molenbeek. Beaucoup de nouveaux arrivants aussi. On m’a d’ailleurs suggéré de passer devant l’église catholique de la commune. Souvent, des Afghans y jouent au cricket.

Mais, à Molenbeek, il y a aussi des gens fiers d’y habiter. Des gens qui espèrent effacer cette mauvaise réputation, donner un autre sens à ce nom néerlandais. Ces gens occupent des espaces où le visiteur curieux est le bienvenu.

Il y a cette belle place publique, envahie il y a trois ans par les caméras du monde entier. Dans un coin, on a installé un petit monument. Une « flamme de l’espoir » en hommage aux victimes des attentats de Paris et de Bruxelles (32 morts, plus de 300 blessés en 2016).

Il y a aussi les locaux de « MolenGeek », une sorte d’incubateur pour petites entreprises (start-up) où l’on peut aussi apprendre à programmer. Les responsables y sont jeunes, dynamiques. Ils ont attiré l’attention du géant Google.

Non loin, on retrouve les locaux de Ras-el-hanout, installés dans une vieille usine. C’est une petite ONG qui utilise le théâtre comme mode d’action sociale. Elle abrite aussi un centre pour jeunes, un endroit où ils peuvent échanger, débattre, créer.

Les jeunes de Molenbeek sont probablement ceux qui souffrent le plus de la réputation de leur commune. Chez Ras-el-hanout, on tente justement de décoller cette étiquette de « méchant » ou de « dangereux » qui semble les suivre.

Médi Boukyoue, 19 ans, est l’un de ceux qui participent aux ateliers. Au journaliste de passage, il ne formule qu’une seule demande :

Qu'on arrête de mettre l'étiquette de Molenbeek comme étant dangereux, comme étant inquiétant et tous les petits mots désagréables. Qu'on arrête de dire que la nouvelle génération est perdue. On pense ça des jeunes et on dit ça des jeunes, et à force de dire ça, en fait, les jeunes commencent à y croire, forcément.

Une citation de : Médi Boukyoue

Un plaidoyer pour être écouté qui trouve écho dans les commentaires d’autres jeunes rencontrés ce soir-là. Mariam Moulila, par exemple, se sent « chez elle » dans cette commune.

Dans cette salle, comme au petit restaurant irakien où j’ai mangé sous les regards bienveillants du cuistot, il y avait le même désir : celui de se faire connaître un peu mieux. De se faire reconnaître pour autre chose que le terrorisme.

« La première chose », m’avait dit un homme sur la place publique de la commune, le premier message, c’est « qu’il faut venir à Molenbeek ». Le sous-entendu devient évident avec le recul : il faut y aller. Et y retourner.

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