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La solitude, mauvaise pour le cerveau

Radio-Canada

L'isolement mène à la modification des cellules nerveuses dans le cerveau des souris, montre une étude américaine.

Un texte d'Alain Labelle

En tant qu'animal social, l’humain dépend des interactions avec les autres. Pourtant, des millions de personnes souffrent d'isolement social chronique, y compris celles qui vivent seules ou dans des établissements de soins infirmiers de longue durée.

Un homme âgé regarde par la fenêtre.Pas moins de 28,2 % des ménages du pays étaient composés d’une seule personne en 2016, selon Statistique Canada. Photo : iStock

Dans leurs travaux, le neuroscientifique Vibol Heng et ses collègues de l’Université Thomas Jefferson de Philadelphie ont arraché des souris à leurs groupes sociaux pour une période d’un mois. Ils ont constaté que les rongeurs présentaient à la fin de leur confinement des cellules nerveuses plus petites dans certaines parties du cerveau.

D'autres changements cérébraux ont suivi, affirment les auteurs, qui ont présenté leur recherche  (Nouvelle fenêtre)lors de la réunion annuelle de la Society for Neuroscience qui se tient actuellement à San Diego en Californie.

L’isolement a des conséquences physiologiques et psychologiques importantes, telles que la dépression, le stress, les déficits cognitifs et les pertes de mémoire et de concentration.

Malgré ces effets bien connus, on savait peu de choses sur l'impact de l'isolement sur le cerveau lui-même.

Le saviez-vous?

En juin dernier, des chercheurs danois avaient montré que le fait de vivre dans la solitude pourrait être un facteur important de décès prématuré, d'une détérioration de la santé mentale et d'une mauvaise qualité de vie chez les personnes atteintes d'une maladie cardiovasculaire.

Chez la souris

Dans cette étude, les chercheurs ont donc développé un modèle où des souris sont nées et ont grandi dans un environnement social riche, puis ont été placées en milieu isolé à l'âge adulte (4 mois).

Ce passage abrupt d'une société complexe à un isolement de 30 jours a provoqué des changements dans leurs cerveaux :

  • La taille globale des cellules nerveuses, ou neurones, a diminué d'environ 20 % après un mois d'isolement.
  • Ce rétrécissement s'est maintenu à peu près au même niveau pendant trois mois d’isolement.

Toutefois, à la surprise de l’équipe de recherche, après un mois d'isolement, les neurones des souris présentaient une densité plus élevée d’épines dendritiques, des structures qui permettent d'établir des connexions entre neurones. Si habituellement une telle augmentation est un changement considéré comme positif, dans ce cas, « c’est presque comme si le cerveau essayait de se sauver tout seul », explique le neurobiologiste Richard Smeyne.

Après trois mois d’isolement, toutefois, la densité des épines dendritiques est revenue à son niveau de départ, ce qui indique, selon M. Smeyne, que « le cerveau a essayé de se rétablir seul, mais qu’il n’y a pas réussi », a dit M. Smeyne.

De plus, les chercheurs ont également noté d'autres signaux inquiétants, dont :

  • la réduction d'une protéine appelée BDNF, qui stimule la croissance neuronale;
  • des niveaux de cortisol, l'hormone du stress, instables;
  • les souris isolées avaient aussi plus d'ADN brisé dans leurs neurones que ceux vivant en groupes.

Il est donc clair pour les auteurs qu’un passage abrupt d'une société complexe à l'isolement provoque des changements importants dans le cerveau.

Les chercheurs ont basé leurs études sur les neurones du cortex sensoriel, une zone du cerveau impliquée dans l'assimilation de l'information, et du cortex moteur, qui aide à contrôler le mouvement.

Ils veulent maintenant étendre leurs travaux à d'autres régions du cerveau. En outre, les scientifiques veulent ramener des souris isolées dans un groupe pour savoir si les changements cérébraux peuvent être inversés.

La solitude au Canada

  • pas moins de 28,2 % des ménages du pays étaient composés d’une seule personne en 2016, selon Statistique Canada;
  • les ménages formés d'une seule personne sont devenus en 2016 le type de ménage le plus répandu au pays, dépassant les couples avec enfants;
  • les femmes âgées sont plus susceptibles de vivre seules que les hommes âgés.

Les présents résultats, s'ils se transposent chez l'humain, pourraient servir à aider à éclairer les politiques publiques, y compris les questions qui touchent la population vieillissante ainsi que celles qui touchent les prisonniers placés en isolement.

Médecine

Science